Archives mensuelles : décembre 2007

publie.net, l’édition en réseau

François Bon pratique depuis bien longtemps le web en tant qu’écrivain, il y a déjà ouvert son atelier, chacun peut passer devant, voir de la lumière, entrer. Il ne s’arrête pas d’écrire, il marmonne un «  bonjour  » et nous laisse nous promener, feuilleter les carnets qui traînent ici et là, regarder les photos. Si nous voulons, nous pouvons attraper une feuille volante et écrire nous aussi quelques mots avant de repartir sans bruit.

Avec publie.net, on change d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de laisser entrer le passant dans son atelier, mais de proposer à d’autres écrivains de faire comme lui, de créer un espace commun, d’y mettre en circulation des œuvres. Pas des «  sites compagnons  » complétant un ouvrage pour mieux le vendre. Non. Un lieu autonome, diffusant des œuvres inédites sous forme électronique.

Ce faisant, François Bon fait acte d’éditeur, éditeur au sens de «  publisher«  . Il confirme cela par l’énergie avec laquelle il s’empoigne rapidement avec des questions familières aux éditeurs : réglementation, prix du livre, TVA, ISBN… et dont on discute ferme aujourd’hui sur Nouvolivr’actu.
Internet rend possible la mise en circulation des biens d’une façon inédite, on l’a observé avec l’immense succès d’un site comme eBay : Internet permet le «  many to many  » (beaucoup de gens peuvent entrer en communication avec beaucoup de gens), et on a encore du mal à en réaliser toutes les conséquences. Cela déstabilise forcément un peu les happy fews nostalgiques de l’époque du «  few to many  » (peu de gens peuvent entrer en contact avec beaucoup de gens). Je trouve heureux et logique que des écrivains s’emparent de ces nouvelles possibilités, qu’ils soient parmi les premiers à sauter le pas. Loin d’une logique de «  business model  », mais dans un élan d’expérimentation qui va bien : tous les mots sont adultes, et le web est à tout le monde…

La notoriété de tiers-livre sur le web fait cependant de publie.net un «  many  » pas tout à fait comme les autres : il existe déjà un grand nombre de plate-formes de publication, ouvertes par de complets inconnus, certaines proposant des textes à la vente… sans grand succès. Mais il n’en est pas des textes comme des appareils photos ou des canapés-lits. Ce qui inquiète le lecteur ce n’est pas que l’ouvrage qu’il commande soit en bon état, c’est qu’il présente de l’intérêt. Et qui peut lui garantir cela, sinon quelqu’un en qui il a confiance ? Quelqu’un dont il a suivi pendant des mois ou des années les commentaires de lecture, les récits de déplacements, les mouvements d’humeur ? Quelqu’un qui sait de quoi il parle, puisqu’il est lui même un auteur ?

Publie.net est particulièrement intéressant parce qu’il est ancré à tiers-livre, lui même inscrit dans plusieurs réseaux, réseaux sociaux et réseaux de blogs. Une inscription qui ne peut ni s’improviser ni s’acheter, mais seulement être obtenue à l’issue de longues heures de conversation et de partage. Question : les instances de légitimation des textes numériques seront-elles des maisons d’édition 100% numériques ? Les éditeurs traditionnels devront-ils effectuer leur propre numérisation (non pas uniquement la numérisation de leur fonds ou de leurs nouveautés, mais la leur, c’est à dire le déploiement de leur existence sur le web) ?

Plonger et plonger encore

Jean-Michel Salaün distingue deux manières de forcer notre attention : l’une qui consiste à pointer du doigt, l’autre qui pointe également du doigt mais s’autorise également à nous taper sur l’épaule.

Pointer du doigt, c’est diriger l’attention vers un lieu précis, proposer que cette chose désignée, à l’exclusion de toute autre, soit considérée pendant un moment déterminé.
Taper sur l’épaule implique plus de proximité, quelque chose comme de la familiarité. C’est faire irruption dans le monde de l’autre, l’interrompre, lui suggérer de changer l’objet de son attention. Pour oser faire cela sans encourir sa colère, il faut avoir des raisons de penser que l’autre sera satisfait de ce changement qu’on lui propose de façon un peu cavalière.

Le livre a le pouvoir de capturer notre attention. Jean-Michel Salaün le décrit comme un dispositif dans lequel l’auteur pointerait en permanence du doigt le texte qu’il a écrit. Est-ce bien le cas de tous les livres ? C’est avec évidence celui de la fiction : Shéhérazade en sait quelque chose, qui captive celui qui veut la mettre à mort par ses récits, remettant sans cesse au lendemain le moment du châtiment. Mais on peut aussi être plongé dans un livre qui ne nous raconte aucune histoire : plongé dans l’étude et la réflexion, plongé dans une rêverie ou des méditations.

Être plongé dans un livre, c’est oublier le livre, oublier le temps qui passe, oublier la page, oublier le texte, c’est vivre sa lecture avec une telle force que le support qui la rend possible disparaît. Dès lors, le livre n’a pas besoin d’être très beau. Il n’a nullement besoin de comporter des images, des vidéos, des sons, des zones interactives. Il doit au contraire se faire oublier. Le gris des caractères doit être régulier. Nous remercions la monotonie des pages, les règles du jeu très simples du feuilletage, ce geste qui peut ainsi devenir complètement machinal. Parce que l’essentiel se passe ailleurs. L’essentiel est invisible. Il se passe dans notre imagination. Les personnages s’y animent. Les paysages s’y peignent. La peur ou l’inquiétude, la tristesse ou la colère, l’impatience ou la curiosité s’y succèdent. Il se passe dans notre intelligence : les questions s’y pressent, les hypothèses s’y bousculent, les notions y sont dévoilées, les définitions s’y déroulent, la compréhension y installe ses quartiers.

Qu’on ne vienne pas, c’est vrai, à ce moment là, nous taper sur l’épaule.

Sur le web, les choses sont bien différentes. Il est possible, mais rare, de s’y plonger dans la lecture continue d’un très long texte. Cependant, nous avons tous fait l’expérience de longues séquences de surf, si longues que des heures ont passé et que la courbature nous guette. Nous sommes plongés, alors, aussi, dans quelque chose, mais sur un mode très différent. Nous naviguons parmi des informations très variées, avec la conscience aigüe et permanente de la concurrence de ces «  autres  » informations tout autour de celle dont nous sommes en train de prendre connaissance. Mieux, les informations ne sont pas nécessairement concurrentes les unes des autres, mais peuvent parfaitement s’imbriquer, se compléter, et d’un lien hypertexte à un autre notre attention à la fois s’éparpille mais en même temps peut nous permettre de construire du sens, de faire des liens entre différentes informations, voire ajouter des liens dans le réseau parcouru. Et si nous ne plongeons pas vers les mêmes profondeurs, nous plongeons et émergeons, et replongeons, joyeusement, comme des dauphins…

Le bonheur, c’est que ces deux modes de fixation de notre attention coexistent. Mais il n’est pas certain que cela reste le cas très longtemps… et là on va bifurquer vers le précédent article de J.M. Salaün, «  génération ou âge connecté  ?  »
(Voir aussi à propos de l’attention cet article de Piotrr sur Blogo Numéricus.)

Pendant ce temps-là

Pendant que je me promenais dans le MQ (Museums Quartier) de Vienne, une discussion intéressante sur Nouvolivr’actu. Plusieurs questions concernant le statut du texte électronique y sont soulevées : la TVA (actuellement 19,6% pour un eBook contre 5.5% pour un livre imprimé), le dépôt légal et l’ISBN, le droit d’auteur applicable selon que l’on est dans le cas d’un ouvrage faisant déjà l’objet d’un contrat d’édtion pour sa version papier ou d’une première publication. François Bon qui lance publie.net est directement confronté à ces questions.

La TVA à 19,6%, les quelques auteurs et éditeurs qui ont vécu l’aventure du cédérom l’ont découverte dès les années 90. Mais un cédérom pouvait sans problème disposer d’un ISBN : c’était rassurant, le cédérom, du numérique, certes, mais inscrit sur un support, identifiable, stocké et distribué, quelque chose d’assez proche du livre, finalement. On pouvait même espérer le protéger (souvenons-nous des protections hard de l’Encyclopédie Universalis sur cédérom, qui ne fonctionnait que si on enfonçait une clé SCSI dans l’entrée du même nom de l’ordinateur…)
L’approche juridique des questions liées au numérique est toujours intéressante, car elle oblige à poser des définitions, et à se référer aux textes antérieurs. On l’a vu avec l’industrie du disque : la reproductibilité sans perte de qualité et sans effort d’un fichier numérique aboutit à des changements dans les représentations et dans les pratiques d’acquisition, d’échange, de partage. Les modèles juridiques et économiques seront nécessairement revisités. Tout ceux qui inaugurent dans ce monde qui s’invente font les frais de cette transition : ils doivent tâtonner, ils épongent les plâtres, mais il est possible aussi qu’ils inventent des modèles dont certains sauront s’imposer. À suivre…

Personne ne voudra l’acheter

Vous voyez ce livre , «  Diary of a Wimpy Kid  » ? Avant d’être imprimé et vendu, il a été et est toujours accessible sur internet à cette adresse. Quel éditeur a pris le risque de publier un livre par ailleurs accessible gratuitement sur le web ? Comment, la version gratuite en ligne n’a-t-elle pas cannibalisé le livre payant ?
C’est dans le New York Times :

«  En dépit des lamentations sur le fait que les plus jeunes passent trop de temps sur le Web et pas assez à lire des livres, il apparaît que nombre d’entre eux ont encore envie de posséder de bons vieux livres papier avec une couverture. Depuis que «  Diary of o Wimpy Kid  » a été publié en avril par Amulet, un éditeur de chez Harry N. Abrams, il s’en est vendu 140 000 exemplaires, selon Nielsen BookScan (…). Le livre, écrit et dessiné par Jeff Kinney a passé 33 semaines dans la liste des best sellers du New York Times. Ce dimanche, il sera n°1 dans la liste des livres pour enfants.  »

La suite de l’article recense d’autres success-stories de double publication web / print, et le journaliste termine en citant les propos d’un acheteur du livre ( une phrase qu’on a tous déjà entendue quelque part ) : «  There’s nothing like holding the weight and smelling the paper.  » Curieusement, la même page du NYT accueille une publicité pour le Kindle. On vit décidément une époque de transition…

(via Joe Wikert)

Vers une approche de type « plateforme » dans l’édition scolaire ?

PersonaNonData décrit le changement de paradigme (passage de l’impression d’un volume à une plateforme intégrée de mise à disposition de contenus ) déjà en œuvre chez l’éditeur d’ouvrages professionnels Reed Elsevier. L’article se conclut par un paragraphe plus prospectif :

«  L’éducation est le prochain domaine de l’édition qui va adopter une approche de type «  plateforme  », et c’est Pearson qui va conduire cette transition. Je l’ai déjà évoqué précédemment, cette société a systématiquement fait l’acquisition de sociétés qui lui permettent aujourd’hui de dispenser un large éventail de services et de produits à la communauté éducative. La frontière entre fournisseur de contenu et fournisseur de solutions est floue et Pearson peu fournir non seulement des contenus, mais des évaluations, de la remédiation, des applications de gestion scolaire, et des espaces collaboratifs à ses clients. Il est admis que le processus de vente s’en trouve complexifié : cependant, le marché pour les produits de Pearson est maintenant bien plus vaste, sa saisonnalité est moindre, et ses produits peuvent être intégrés dans des flux et des infrastructures.  »

Qui sera le Pearson ici ? Personne ? Ou bien… Pearson ?

Chloé Delaume invite

J’ai assisté l’été dernier à la BNF à des leçons de littérature données par Chloé Delaume et Michel Butor, Oliver Rohe et Antoine Volodine, tous invités par Cécile Wasjbrot. Je n’avais lu de Chloé Delaume que son site web, beau et riche, lorsque je suis allée l’écouter, et c’était une curieuse expérience que de commencer par entendre parler un écrivain de son travail, puis de découvir ensuite certains de ses livres. Lors de son intervention, elle a ouvert grand les portes de son antre de sorcière, nous révélant le contenu de certains de ses grimoires, quelques unes des recettes de ses potions, et la richesse de son univers m’a donné immédiatement envie de lire ses livres.

Auparavant, je n’avais jamais cherché à rencontrer ou entendre des écrivains. Leurs livres me suffisaient, et d’ignorer leur visage et leur voix ne me gênait pas. Peut-être est-ce à cause de cette première expérience réjouissante à la BNF ? Depuis, je vais assez régulièrement à des lectures. Je l’ai fait hier soir, rejoignant la galerie Mycroft à Paris, où Chloé Delaume avait convié des auteurs de la collection Déplacements, (Le Seuil), dirigée par François Bon.

Un lieu minuscule et bondé, des visiteurs assis par terre, chaque auteur lisant un extrait de son livre, publié ou à paraître. J’ai retrouvé Jérôme Mauche, dont je suis de temps en temps les séances publiques de l’encyclopédie de la parole à Aubervilliers, lisant plusieurs extraits de «  La loi des rendements décroissants«  , textes jubilatoires qui subvertissent la langue de l’entreprise et du marketing, dans une joyeuse et incisive entreprise poétique de déconstruction / reconstruction.

J’ai pu découvrir également Pascale Petit, qui nous a ouvert ses jardins, et fait entrer dans l’intimité du Roi, de la Reine et du Coiffeur. J’ai attendu avec Arnaud Maïsetti la tombée de la nuit, me tenant avec lui près de la fenêtre d’une chambre tapissée de voix, j’ai hésité à faire du feu dans la cheminée de la maison de mon père disparu avec Lise Beninca, Hugo Bon m’a fait rouler dans les vagues, m’a projetée violemment sur les galets disposés par Michèle Dujardin, et j’ai oublié de respirer, soudain, avec Béatrice Rilos, en peu de mots : violents, dérangeants, que j’ai voulu prologer ce matin ici. (F. Bon publie également photos et enregistrements de la soirée ici.)

Rassurons ceux qui déplorent la montée en puissance du virtuel et des simulacres : je réalise que le type de socabilité permise par le web me conduit plutôt à multiplier et densifier les rencontres réelles, les facilite, les prolonge. J’ai d’ailleurs eu le plaisir de croiser dans cette soirée quelques personnes rencontrées via la bouquinosphère ainsi que des «  friends  » de Facebook.

Et vous, vos activités virtuelles se prolongent elles parfois dans la vraie vie, ou êtes vous plutôt de ceux qui numérisent une partie de leur existence ?

Et si on jouait à Digg ? Ou alors à Facebook ?

Et si les sites comme Digg, Facebook ou YouTube étaient aussi des jeux ? Pas de boss à battre, pas de vies supplémentaires à gagner, mais des quêtes, des stratégies, des méthodes, des gagnants, des perdants. C’est ce qu’affirment les auteurs de «  The Web : Hidden Games  », qui se sont fait repérer par l’un de leurs commentaires sur Read/Write Web. Leur livre est téléchargeable gratuitement sur lulu.com.

Extrait : (traduction maison)

«  Alors en quoi exactement Digg est il un jeu caché ? Certainement il ne comporte aucun héros muni d’une épée qui va sauver un monde imaginaire de l’emprise de prédateurs maléfiques, mais il inclut plus de personnages qu’aucun autre jeu vidéo. Avec ses millions d’utilisateurs, Digg possède un très large éventail de personnalités, qui toutes contribuent à la communauté.

Cela fait de lui un jeu de rôles massivement multi-joueurs en ligne, sans qu’il soit besoin d’avoir recours à des monstres. Il y a un but très clair : apparaître sur la première page, et il y a des obstacles : ne pas être correctement référencé sur Digg, et avoir à recommencer de nombreuses fois. Il y a une compétition féroce entre tous les «  Diggers  » pour apparaître dans la top liste.
Parfois ils essaient même de discréditer les articles des concurrents en postant sur leurs blogs des comentaires grammaticalement pauvres, et des informations dupliquées. Des stratégies sont utilisées pour faire perdre les autres joueurs et elles sont nombreuses. Aussi nombreuses que celles utilisées pour gagner, qui utilisent, depuis qu’elle a été ajoutée, la fonction «  add a friend  ». Déclarer comme ami le plus possible d’utilisateurs est la méthode la plus populaire et la plus payante. En fin de compte, le succès arrive lorsqu’un billet obtient des centaines de signalements dans Digg, sans considération de la manière dont ces signalements ont été obtenus. Chacun a envie d’être le meilleur dans ce qu’il fait, et cela fait revenir sans cesse les utilisateurs vers Digg, pour toujours faire mieux.  »

Et Facebook, alors ? Facebook serait ausi un jeu caché, mais plus un «  Sim’s like  » :

«  Le principe du jeu est de diriger et de guider des personnages dans leur vie quotidienne plus que de gagner quelque chose. Il n’y a pas un but unique, mais tout est dans le processus de jeu.  »

J’apprécie ce vocable de «  hidden game  ». Il me plaît d’avantage que celui de «  serious game  ». Parce qu’il est toujours possible de trouver des «  hidden games  », et de rendre ludiques des choses qui n’ont pas été pensées comme telles. «  Vous pensez que je renseigne consciencieusement mon status dans Facebook pour améliorer la qualité de mon réseau social ? Pas du tout, je m’amuse juste comme une petite folle..  ». C’est l’utilisateur qui détourne le programme pour en faire un jeu. Alors que les «  serious games  » me semblent au contraire en quelque sorte des pièges : «  Vous croyez que vous vous amusez ? Non, en fait, vous apprenez.  » C’est le concepteur du programme qui détourne le jeu pour en faire un outil d’apprentissage. Je préfère être celui qui détourne, que celui qui est victime du détournement…

Tourner les pages d’un M@nuscrit

On peut depuis quelques jours accéder sur le site des éditions Léo Scheer, à un nouvel espace de publication en ligne joliment nommé M@nuscrits. L’idée, publier sur le site, pour une durée limitée, des manuscrits «  bruts  », tels que leurs auteurs les ont voulus, et sur lesquels aucun travail éditorial n’a été effectué, et ouvrir ces textes aux commentaires.
Aucun ? Aucune correction, pas de relecture, pas de réécriture de la part de l’auteur après des remarques de son éditeur, certes. Mais malgré tout, une «  publication  » dans une forme particulière. Une publication, c’est à dire un dévoilement, le fait de rendre public un texte, non pas dans une quelconque aiguille perdue dans la meule de foin du web, non : sur le site d’un éditeur, un éditeur indépendant et reconnu, ayant pignon sur rue et… «  pignon sur web  ».

La forme prise par cette publication est intéressante aussi. Les m@nuscrits «  bruts de décoffrage  » auraient pu être mis en ligne tout simplement avec une mise en page de type «  blog  » ou «  site web  » : une colonne de la largeur qui rend confortable la lecture, des hauteurs de pages qui demandent un peu de défilement vertical aux écrans de portables et très peu aux écrans d’ordinateurs fixes, la possibilité en haut comme en bas de la page de passer à la page suivante, de revenir à la précédente, et l’affichage des numéros de pages suivantes. (comme dans Google).

Un autre choix a été fait, celui de l’interface qui simule le livre papier, avec ce petit effet de tourne page toujours assez bluffant, un artefact de page qui s’enroule légèrement en bas de l’écran à droite, vous indiquant «  cliquez par là, il est bien possible que cela me fasse tourner  ».

Si les manuscrits ne font l’objet d’aucune correction, ils auront cependant affaire à ce traitement qui consiste à les présenter sous la forme du livre que la plupart d’entre eux ont une faible de chance de devenir.

Pourquoi le choix de cette forme ? Il est assez efficace en ce qu’il donne justement à ces textes un statut particulier, reconnaissable, distinct des milliards de textes présents sur le web. Il pourrait paraître cruel s’il était interprété comme une sorte de «  lot de consolation  » : non je ne vous aiderai pas à faire de votre texte un objet publiable, mais je vous offre la possibilité de le rendre accessible aux lecteurs sous une forme intermédiaire, simulons en ligne son existence en tant que pseudo-livre, dans une sorte de «  librairie virtuelle des refusés  »…

Il est intéressant de mettre cette expérience des éditions Léo Scheer dans son contexte : cette première publication s’est effectuée à la suite d’un vif débat entamé sur le blog des éditions L.S. entre Léo et des «  Wannabes  », soit des auteurs «  désireux d’être publiés  », dont certains sont d’actifs blogueurs et partagent leurs expériences avec (ou sans / contre…) les éditeurs.

Une façon pour cet éditeur de dire : je ne peux pas transformer en «  livre papier  » et envoyer tenter leur chance sur les tables des libraires les centaines de manuscrits que je reçois chaque année, c’est impossible. Mais pourquoi ne pas offrir à ces textes que leur auteur à mené suffisament loin pour souhaiter les adresser à un éditeur, un espace de publication ? Pourquoi ne pas permettre une rencontre avec le public ?

L’expérience est intéressante, et j’aime la vivacité de la démarche. On pourrait presque parler d’  »édition agile  » : derrière ce nouvel espace, je ne crois pas qu’il y ait eu 6 mois d’études marketing, un cahier des charges de 120 pages, des tests utilisateurs. Non : simplement une idée, un éditeur familier de la culture web, un auteur, Géraldine Barbe, qui accepte de tenter l’aventure, un développeur efficace, et un «  écosystème  » (dont ce blog, tout comme le tiers livre, Aldus, La piqûre, la petite île, Ce métier de dormir, Poétiques en cours et d’autres font partie) pour accueillir et commenter l’initiative. À suivre !