Que mille claviers…

«  Comme un YouTube pour le texte  », nous dit Francis Pisani. «  Pour les lecteurs et les auteurs de nouvelles  » (short stories) nous dit le site. Avec ces informations, c’est assez facile d’imaginer le fonctionnement de 1000Keyboards.com : Vous écrivez ? Chargez votre texte sur 1000Keyboards. Les visiteurs pourront le lire, donner une appréciation, y ajouter des tags.

Sur la home apparaissent les textes et les auteurs les plus cotés, des onglets par genre, ainsi qu’un nuage de tags qui fait apparaitre en gros les mots : romance, love, fantasy, horror, life, death, personification, children…

C’est une idée tellement simple qu’on se demande pourquoi ça n’existe pas depuis longtemps. Voilà qui pourrait aussi alimenter feedbooks : on imagine qu’une fois repéré un auteur qui nous plait, on aura envie de disposer de ses textes sur notre lecteur d’eBook, notre téléphone ou notre PDA…

On est là dans un modèle très différent des sites que nous connaissons, (et aimons) et qui publient des textes littéraires. Le plus connu en France est bien sur remue.net. Il y eut aussi le joli Pleut-il ?, toujours en ligne mais qui n’est plus mis à jour depuis plus d’un an. Ces sites sont en fait des revues, avec un comité de rédaction, une sélection des textes. Très peu de choses en commun avec 1000 Keyboards… à part peut-être le clavier, utilisé dans les deux cas par les auteurs. En parcourant remue.net, il est impossible d’imaginer un seul instant qu’on puisse s’y inscrire pour laisser son appréciation sur les textes, une, deux, trois ou quatre étoiles… L’idée même paraît inconvenante. On est sur une autre planète…

1000Keyboards a plus avoir avec YouTube, c’est vrai, avec le «  toi aussi tu peux  », et avec le «  pas besoin d’éditeur, pas besoin de producteur, pas besoin d’intermédiaire, upload, download  ». Cela laisse craindre beaucoup de très mauvais textes… Et, espérons-le, quelques pépites.
Alors, 1000Keybords.com en français, ça vous dirait, vous ?

13 réflexions au sujet de « Que mille claviers… »

  1. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    J’aimerais bien que ce site existe en version française, bien sûr. J’aime bien l’idée que s’ouvrent des espaces d’échange et de création. J’aimerais observer ce que peuvent donner le foisonnement et les folksonomies dans ce domaine. Ce sera l’occasion d’entendre vitupérer ceux qui vitupèrent à chaque fois que des gens ordinaires s’autorisent à faire ce pour quoi ils n’ont pas eu la formation ad hoc. Ceux qui soutiennent qu’il faut avoir fait 10 ans de conservatoire pour oser soulever le couvercle d’un piano, sortir de Normale Sup pour oser aligner trois paragraphes et les publier en ligne, avoir fait les Beaux-Arts pour acheter un tube d’acrylique.
    J’aime l’idée du «  Read/Write web  », cette idée que chacun peut lire ET écrire sur Internet. Cela ne signifie pas que le talent vient automatiquement à celui qui se décide à écrire. Cela donne à chacun la possibilité d’essayer. De trouver lecteur. De rencontrer le commentaire. Cela ne fait pas de chacun un écrivain potentiel. Cela offre à chacun la possibilité d’écrire et d’être lu.

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Personnage 1
    Moi, je ne peins pas à cause de Manet, je ne joue pas de piano à cause de Richter, je n’écris pas à cause de Proust, je ne sculpte pas à cause de Rodin, je ne danse pas à cause de Nijinski, je ne raconte pas d’histoires drôles à cause de Desproges, je ne fais pas la cuisine à cause de Ducasse…

    Personnage 2
    C’est con. En fait, il faut peindre pour faire plaisir à Manet, Richter adore quand quelqu’un joue du Piano, Proust espère toujours que quelq’un va préférer s’enfermer pour écrire qu’aller assister à un match de foot, Nijinski s’enchante de nos pirouettes, Desproges aimerait bien que tu en racontes une bien bonne, Ducasse est prêt à humer la bonne odeur au dessus de nos casseroles. Il y a de la place, il y a de l’air, de la bienveillance, on peut être plus ou moins habile et talentueux, bien sûr, mais la seule chose que nous pouvons contrôler, c’est notre travail et notre exigence, pas notre talent. Le désir fait office de talent tant que celui-ci reste un mystère, et cela peut durer longtemps, et il peut n’y avoir, toute une vie, que le désir et le plaisir sans que le talent soit au rendez-vous. Pense aux peintres du dimanche, gens heureux qui infligent leurs expositions de bouquets de fleurs dans les galeries tenues par un copain à Fécamp. Pourquoi n’y aurait-il pas des écrivains du dimanche ?

  3. Hadrien GARDEUR

    Mais des écrivains du dimanche, il y en a déjà et même par milliers !
    Un petit phénomène nommé fan-fiction fait des ravages : http://www.fanfiction.net/

    Quand à Feedbooks vu qu’on va en gros avoir plus de temps libre avec tous les éléments de la partie «  domaine public  » en place, l’aspect «  écriture du dimanche  » va revenir sur le devant de la scène côté développement.

    On peut à terme très bien s’intégrer autant avec un 1000Keyboards qu’un Fanfiction.net, il suffit juste que ces sites utilisent un format XML en sortie sur lequel on travaille.
    Mais je crois surtout à l’écrivain ayant son espace d’expression plutôt qu’un phénomène Youtube pour le livre. Il y a un bon exemple en la matière d’un auteur qui a mis ainsi son livre chez nous : http://mortalghost.blogspot.com/

  4. Lee

    I’m commenting in English because my written French is very poor, though I can – mostly – read it reasonably well.

    Thanks for the information on the sites you mention.

    I agree that the problem can be one of quality, and it’s often argued that without selection and editing, a piece of fiction is bound to be of low (or lower) standard. This is undoubtedly true in many, perhaps even most, cases. However, we all know of so-called ‘Sunday painters’ who were autodidactic and/or not taken seriously by the Academy, only to become very influential later on. Think Henri Rousseau. And there are many amateur musicians who play as well as professionals, though they’ve not chosen to make it their livelihood. In other words, a ‘Sunday author’ can be very serious about their work indeed.

    I’m often asked why I’m not interested in conventional publication. It’s really very simple : I prefer the simplicity and independence of online publishing. There is no one to whom I’m answerable except myself, and I don’t have to play the usual career games like book signings, interviews, etc. I don’t criticise anyone else who prefers the conventional route ; it’s just not for me. But I am very serious indeed about what I do, and I intend to – or at least hope to – keep learning to write better.

    That said, there is still the problem of gatekeeping (and marketing, even if the ‘product’ is not being sold) : how does a reader find their way to your work amongst the thousands and thousands of online offerings ?

  5. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Merci pour ton commentaire, Lee. L’un des moyens de n’être pas une «  aiguille dans une meule de foin  » est justement de… poster un commentaire sur un blog, et je suis ravie que tu l’aies fait sur teXtes… Plus sérieusement, je suis d’accord avec toi, si les moyens techniques pour publier en ligne sont là et suppriment les anciens obstacles de la reproduction et de la distribution, le problème de la diffusion demeure : comment exister parmi des milliers d’autres ? Comment rencontrer son lectorat ? C’est là que la puissance des réseaux sociaux (j’ai vu que tu as un site sur MySpace) intervient. On sort de la communication «  one to many  » pour aller vers le «  many to many  », ce qui était impossible sans internet. C’est intéressant, cela bouscule nos repères et nos représentations…

    Je viens juste de voir que c’est le commentaire d’Hadrien, et le lien qu’il indique à la fin vers le site de Lee, qui l’a guidée jusqu’à ce blog…

    @Hadrien : je crois que 1000Keybords.com d’une part et les sites dédiés à chaque écriviain d’autre part sont complémentaires : je cherche et trouve sur 1000Keyboards, j’approfondis sur le site de l’auteur. Non ?

  6. Hadrien GARDEUR

    Oui le modèle est complémentaire en effet, mais à l’heure actuelle, les aggrégateurs de contenus sont avantagés encore.

    Reprenons l’exemple d’une critique littéraire d’un amateur. A l’heure actuelle, soit on fait cela dans son coin avec un blog, soit on passe son temps sur Amazon/Fnac/Chapitre.com… à critiquer des livres.
    L’information qu’on met sur son blog n’est pas repercutée dans l’un de ces sites, et inversement les critiques qu’on met sur un site commercial ne se retrouvent pas sur son blog.

    Pour les sociétés, ce qui est important c’est d’être capable d’utiliser l’information pour en faire quelque chose (par exemple donner une note globale à un livre). Leur outil est fait sur mesure pour faciliter cela quand on met une critique chez eux, mais ils ne sont pas capables de récupérer l’information sur le blog d’un de ces critiques littéraire amateur, donc ils optent au maximum pour une centralisation de l’information, au lieu de faire circuler le visiteur sur d’autres sites.

    Pour donner plus d’importance à cette sphère d’expression privée qu’est le blog, il faudrait donner plus de sens à l’information. Un blog c’est bien, mais quelques billets, catégories et tags c’est un peu léger quand au sens de l’information.
    Ce qu’il faut, c’est des outils moins génériques que des simples blogs, plus adaptés à un type d’expression précis. Ainsi au lieu de mettre son texte sur 1000Keyboards, on pourrait le mettre sur son blog et automatiquement celui ci serait disponible sur 1000Keyboards et un ensemble de sites du même genre.
    Actuellement on se contente d’intégrer sous forme de petit widget ou de ce genre la, l’information type «  crowdsourcing  » qu’on fournit aux aggrégateurs de contenu.

    Ce qu’il faut c’est véritablement décentraliser l’information tout en donnant du sens à celle-ci (un web plus sémantique). On pourrait généraliser cela à n’importe quel autre exemple. Un podcasteur vidéo pourrait ainsi avoir un type de blog spécialisé, qui automatiquement transformerait ses vidéos dans tous les formats et résolutions les plus courantes, et irait communiquer ces vidéos aussi à Youtube/Dailymotion etc…

    Beaucoup plus qu’à cette «  sagesse des foules  » dont on nous rabat les oreilles, je pense que ces «  nouveaux experts  » avec des technologies adaptées à leurs besoins ont de l’avenir devant eux.

    C’est un des points principaux de réflexion sur lequel je travaille via Feedbooks, et ça aura une répercussion assez importante sur ce qu’on va développer dans le futur.

  7. ledocteurk

    J’ai posé la question à 1000keyboard à propos del a disponibilité du site pour des auteurs écrivant en français. Voici leur réponse…
    (En résumé, pour ceux pour qui l’anglias est difficile, les textes francophonnes sont bienvenus.)

    Réponse de 1000keyboard :

    Hello !

    Thanks for your interest and your suggestion. In the near future we’ll
    have the ability to categorise a submission by language, and
    appropriate filters and search options. In the long term we may
    internationalise the site entirely.

    At the moment though, there should be nothing preventing the
    submission of stories in any languages, the only exception being that
    the title of the story must be in the latin alphabet for technical
    reasons.

    We welcome submissions in French, and apologise for the lack of a
    French localised version of the site !

    Kind regards,
    - 1kk

  8. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Merci Docteur K pour cette précision.
    @Hadrien : je suis globalement d’accord avec toi, il y a besoin d’experts, mais de plus en plus, on peut «  encapsuler  » de l’expertise dans du logiciel et permettre à des non experts de faire ce qui autrefois leur était inaccessible, ce que tu as fait d’ailleurs avec feedbooks.
    Je crois par contre qu’il est très difficile de faire des prévisions sur le type d’expertise exact dont on va avoir besoin à partir de maintenant. Les discours vont différer fortement selon les acteurs, forcément. Il me semble que l’essentiel réside du côté de l’éducation, et que plus chaque utilisateur sera lui-même expert, plus il aura une utilisation pertinente de cette «  expertise encapsulée  », et plus les experts auront des choses intéressantes à faire…

  9. Hubert Guillaud

    En attendant le web sémantique Hadrien, voici un exemple pour compléter ton idée. Vidmetrix permet de publier une vidéo sur différentes plateformes et de suivre les statistiques de toutes afin de les optimisées et de les promouvoir. Un tel compteur de publication, qui permettrait de connaître depuis un fichier source, comment il est perçu partout où il est distribué pourrait répondre en parti à ta demande.

    En attendant, j’ai bien peur que, pour longtemps, l’agrégation et ses limites ne nous dictent beaucoup de nos comportements. Concrètement, il vaut 200 fois mieux écrire une critique sur Amazon que sur un blog lambda. C’est peut-être moins gratifiant directement, mais ça a peut-être plus d’impact.

    http://www.vidmetrix.com

  10. F

    réflexion complémentaire de celle sur createspace, dans la mesure où effectivement le travail collectif en amont, publier ou pas, demander à tel ou tel, préparer l’extrait, le chapeau etc, même en ligne c’est un vrai travail

    on avait essayé un temps les commentaires, sur remue, peut-être trop tôt (il y a 2 ans, mais ces appréciations au jour le jour étaient rarement en osmose avec la démarche qui nous avait amené à présenter le texte

    tout ça bien sûr est ouvert – récemment une auteur amie affrontait le pb d’un «  lambda  » (comme dit HG) qui systématiquement plaçait des messages dépréciatifs, voire injurieux, sur fnac et amazon, dans seule intention de nuire – ce qui confirme ta réflexion sur «  l’expertise  »

    il me semble qu’il y a place sur le Net pour les 2 modèles (remue et inventaire/invention comme typiques du 1er, il y en a d’autres), mais personnellement suis bien moins attiré par ces expériences 1000keyboards que la curiosité à découvrir, via tel blog, une écriture, une voix singulière…

  11. Hadrien GARDEUR

    Sauf si on fait entrer Amazon aussi dans la danse…
    Le principe derrière par exemple un blog modifié pour les besoins de quelqu’un critiquant de la littérature, pourrait être de renvoyer une information vers un aggrégateur de contenu unique. Celui-ci aurait ensuite une API ouverte, un service REST, des flux adaptables etc… pour que par un maximum de moyens on puisse en récupérer les données.
    De l’autre côté, le blogger pourrait aussi afficher les critiques sur un même livre, ou bien encore monétiser son travail via des liens vers divers revendeurs (en touchant un %).

    Ainsi on pourrait suivre son critique favoris, mais aussi bénéficier du côté centralisé des gros revendeurs en ligne. Un bon équilibre entre une sphère publique et une sphère plus privée.

  12. Ulried

    Bonjour,

    Je suis le webmaster de Scribeos.com, LE portail (français) social des écrivains en herbe !

    Scribeos permet aux lecteurs de lire, télécharger, imprimer et même écouter des textes le tout gratuitement ; les auteurs, eux, peuvent publier leurs livres, nouvelles, poèmes ou romans (etc …) et recevoir l’avis des lecteurs par un sytème de commentaires. Afin d’assurer la qualité des textes du site chaque mois, le top 10 des meilleurs auteurs se verra récompenser par une somme d’argent dépendant du montant reçu par la pub.

    Scribeos possède aussi un forum littéraire qui permettra au visiteur d’échanger des idées, de faire découvrir des livres et d’en débattre.

    Voici le lien menant à Scribeos : http://www.scribeos.com

    J’espere que vous apprecirez notre création.

    A très bientot.

    Cordialement,

    Ulric Musset.

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