à c’t'âge-là

Les digital natives, ceux pour qui les livres, depuis leur plus tendre enfance, sont des modes d’accès parmi d’autres à la culture, à la connaissance, ou au divertissement, ont avec le livre imprimé une relation bien différente de celle qu’entretiennent les digital immigrants qui, certes, ont connu l’arrivée des objets concurrençant le livre, mais pour qui le livre a longtemps été et reste souvent le lien privilégié avec la culture. Nos (oui, je l’avoue, je suis née un peu pas mal longtemps avant 1985… mais vous pouvez continuer à lire quand même…), nos «  heures de lecture  » (comme on parlerait des «  heures de vol  » d’un pilote), ont comme «  engrammé  » chez nous depuis nos premiers Club des Cinq une relation physique et émotionnelle avec le livre, dont il nous est très difficile de nous dégager.

Je n’observe pas chez les adolescents d’aujourd’hui cette tendresse particulière pour les livres en tant qu’objets, même quand ils sont lecteurs. Depuis leur plus jeune âge, ils passent de l’écran à la page, du grand écran au petit. On les dit «  zappeurs  » et on a raison, mais ils sont meilleurs zappeurs que nous. Ils tiennent autant, voire plus, aux quelques centaines de morceaux qui passent de l’ordinateur à leur baladeur mp3 qu’aux livres qui commencent à s’aligner sur les rayonnages de leur bibliothèque. Déclarez à un ado que le disque dur familial est fichu, et vous verrez sa réaction… ( Je parle des ados qui vivent du bon côté de la fracture numérique… )

Je n’aime pas tellement les prédictions concernant l’avenir du livre, les discussions sans fin pour décider si les liseuses vont «  prendre  » ou non… Ce qui est certain, qui n’est pas une prédiction, mais va compter beaucoup dans les années qui viennent, c’est que les comportements de la génération qui arrive à l’âge adulte aujourd’hui sont très différents de ceux de leurs parents : si leur relation au livre imprimé semble beaucoup moins viscérale, on dirait parfois que leur téléphone portable est le prolongement naturel de leur bras, qu’un voyage en voiture sans lecteur mp3 devient à peine envisageable, et qu’une panne d’ADSL est presque aussi grave qu’une panne de chauffage (z ont jamais froid à c’t âge là…).

4 réflexions au sujet de « à c’t'âge-là »

  1. Piero de Belleville

    bonjour je vois qu’on est baby boom plus ou moins alors : mais je voudrais savoir ce que «  bon  » côté de la fracture numérique représenterait pour vous ? euh c’est parce qu’on parle sur votre blog, on est du «  bon  » ou du «  mauvais  » côté ? quant aux jeunes gens, frachement, il y a du souci à se faire, un gros souci, c’est leur appétence pour les marques, la «  conso  », la télé, l’aveuglement devant la honte de l’indignité devant ce que la télé bassine ; pour ma part, même si j’apparais -ils me le font savoir, ne vous faites pas de bile – comme un vieux con, j’interdis – j’interdis – de regarder la télé hors de ma présence, tout autant que l’écran ordinaireteur ; c’est tout ; comme dit l’une des ados «  locataire  » ici : point barre. mais on peut toujours en parler, ce qui va sans dire : si on veut absolument regarder docteur folamour ou même shining (là, il va falloir se planquer quand même hein) ou orange mécanique (j’aime kubrick, il ne faut pas m’en vouloir)je verrais ce que je peux faire. Et pour le reste («  se payer  » ou mieux «  prendre  » un mp3 de cette marque-ci ou de cet autre, les bottes d’ici ou là, les trucs et les machins : chacun sa vie… bonjour le boulot.) on discute, on s’embrasse aux anniversaire – et aux deuils, vous avez vu comme ça tombe, ces temps-ci ? peut-être pas pour vous ? – et on se fait des cadeaux et des remarques… vive la vie !

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Le «  bon  » côté de la fracture numérique, c’est le côté du choix. C’est quand tout n’est pas simplément décidé par l’absence de moyens : un ordinateur, un abonnement ADSL, un lecteur mp3, ça coûte cher.
    Après, chacun règle l’accès à tout cela chez lui comme il l’entend, et c’est je crois sagesse que d’être vigilant. Nous ne donnons pas n’importe quoi à manger à nos enfants, ne leur donnons pas non plus n’importe quoi à regarder, lire, écouter etc… En même temps, je préfère tenter d’essayer de développer chez eux la curiosité et le sens critique, le goût des belles choses, plutôt que leur interdire d’approcher absolument toute médiocrité, qui fait souvent l’objet des conversations à la récré… C’est difficile, et je ne détiens aucune solution particulière… Et aussi, je ne crois pas que j’aime l’idée de me sentir du «  bon côté  » de quoique ce soit… Je préfère, avec Lou Reed «  take a walk on the wild side  » ;-), question de génération peut-être aussi…

  3. Piero de Belleville

    oui oui les belles chose voilà, c’est ça.
    mais lorsque vous vpous entendez répondre à la question «  tu n nais le sébasto ?  » -avec jean roger caussimon, paris la seine l’horreur aussi de saint denis ou les coiffeurs cheveux frisés ou lisses gare de l’est – la réponse c’est «  la rue à coté de chez zara ?  » c’est pas que ça fasse mal, non, mais c’est un changement de référence, si on peut dire, et puis quoi répondre ? pour télé je m’en fous il n’y a rien de bien sauf parfois, très rarement, entre les pubs… ? ça ne fait rien, en même temps chacun sa vie, si on préfèrera «  terry pratchett  » au «  père goriot  » ou «  rue des boutiques obscures  » pourquoi pas ? on verra bien, on ne verra pas sans doute puisque on sera loin aussi, quand ces lectures recommandées auront un écho : mais qui va écouter l’écho ? ah la jeunesse..le bel âge !!!

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