Livres d’occasion plus chers que livres neufs

Oh la la, est-ce que Joe Wikert est tombé sur la tête ? Parmi tous les traquenards que le décollage anoncé du livre électronique semble tendre au monde de l’édition, il en ajoute un nouveau, qui a le mérite de faire réfléchir, sur le thème «  pourquoi essayer de vouloir faire fonctionner les anciens modèles dans l’enivronnement numérique ?  ». (Oui, hein, pourquoi ?)

Il écrit :

Dans le modèle actuel, les livres scolaires d’occasion sont vendus à un prix inférieur à celui des livres neufs. Cela me semble plein de bon sens, mais pourquoi les livres scolaires d’occasion devraient-ils disparaître dans l’environnement électronique ? Je peux démontrer que non seulement ils peuvent exister, mais qu’ils pourraient même être vendus plus cher que les livres scolaires «  neufs  ».

Imaginons que vous commencez votre année scolaire et que vous venez d’acheter votre livre scolaire au format électronique X €.  Au fur et à mesure de votre utilisation, vous allez l’enrichir d’annotations prises en classe,  de conseils  et d’astuces que vous apprendrez en cours de route, et vous y adjoindrez peut-être des extraits audio des cours donnés par votre prof. Bref, vous aurez fabriqué votre mashup du e-manuel  original. (La version 1.0 du Kindle ne l’autorise pas, mais j’espère qu’une prochaîne version le permettra.)

Et hop, voilà Joe parti pour décrire le modèle économique : le livrel scolaire «  usagé  » ou plutôt «  enrichi par l’usager  » revendu plus cher que le pauvre livrel tout nu proposé par l’éditeur…

Bon, on s’inquiétait déjà du «  pire tout pire  ». Voilà maintenant que les livres tout gribouillés et écrits dessus par les étudiants vont valoir plus cher que les neufs…

Vous savez quoi ? Je suis d’accord avec Joe. Il faut repenser les modèles, sortir du cadre, «  think different  »,  et c’est en allant  hardiment au bout de ce type de description comme il le fait dans cet article, que je vous engage à lire en entier dans le texte, que l’on peut avancer vraiment.

Si ce ne sont pas des éditeurs qui le font, d’autres s’en chargeront à leur place. Non ?

16 réflexions au sujet de « Livres d’occasion plus chers que livres neufs »

  1. Aldus

    excellent virginie,
    à voir l’état des livres dans les écoles, ils renferment des véritables fortunes ! seul bémol, si l’élève est un as, c’est du tout bon, mais si c’est un cancre… sur les bancs de la fac, les notes de cours des élèves studieux circulent en copie déjà largement dans les rangs, cela doit déjà se monnayer par des petits malins, non ?

  2. Antoine

    Je suis complétement d’accord avec cette analyse.

    Je lance ce mois-ci Wodooo.com, un site de petites annonces classées par Campus pour Etudiants. Wodooo permet notamment aux étudiants d’acheter et revendre leurs manuels scolaires directement entre eux.
    Un clic sur son campus et on visualise toutes les annonces mises en ligne par les autres étudiants de l’établissement.

    Actuellement les étudiants revendent des livres physiques mais il n’y bien évidemment aucune limite à la revente de livres au format éléctronique enrichi de notes et analyses personnelles dans un avenir proche ;)

    Ce sera peut-être çà le livre 2.0…

  3. vivikéa

    Est-ce que Joe Wikert ne serait pas le Joe Wickert qui a écrit l’essai «  Merci pour les assiettes  »… ???!!!

  4. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Aldus : je crois que le propos de Joe Wikert est d’attirer l’attention sur la remise en cause de la frontière auteur / lecteur, et aussi que cet effacement est lié aux évolutions technologiques mais aussi à des changements profonds dans notre façon d’utiliser les documents et notre relation avec eux. En même temps, je ne crois pas tellement à un livre augmenté par un seul élève, surtout au lycée. Ils ont bien du mal déjà à les ouvrir, je pense qu’ils ne seront pas nombreux à les «  augmenter  ». Par contre, collectivement, et soutenus par l’enseignant, je vois ça d’un oeil plus optimiste. Mais là on s’éloigne de la question du «  livre d’occase  » revendu individuellement. Ou bien alors, c’est aux profs qu’on s’adresse, et ce qui acquiert de la valeur, c’est un manuel enrichi et personnalisé par un ou des profs. C’est déjà le cas virtuellement sur certains sites collboratifs, qu’ils soient gérés par les enseignants etux-mêmes ou par des éditeurs, et il est probable que cela va prendre de l’importance.

  5. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @ Antoine : bonne chance avec Woodoo (tous ces «  o  » dans le titre sonnent un peu année 99, non :) ?
    @vivikéa : vive Ikea ! (désolée, private joke…)

  6. Antoine

    @ Virginie : Merci ! L’idée initiale doit effectivement dater de 99 lorsque j’étais encore lycéen. Notes qu’avec 3 o, le nom du site ne passe pas inaperçu ;)

  7. Hubert Guillaud

    L’idée est délicieusement farfelue, mais j’aime ce qu’elle véhicule : dire que les ajouts que les lecteurs peuvent faire à un livre l’augmentent en qualité comme en prix. J’adore.

  8. Bruno Rives

    J’ai quelque part la video d’une conférence passionnante de Frédéric Kaplan (alors chez Sony Lab). Il y défendait l’idée que dans sa version électronique, l’historique du livre (ce que vous décrivez, plus les commentaires et compléments éventuels d’autres lecteurs) pourrait constituer progressivement l’essentiel de la valeur du livre. Le temps manque toujours de mettre ces contenus en ligne, ce sera l’occasion.

  9. Jean-Claude Moissinac

    L’idée est surement bonne, mais surement assez délicate à mettre en oeuvre. Trouver le modèle économique aussi.
    Quand je prend des notes sur un livre (je le fais régulièrement), ces notes seraient bien inutiles à quiconque : elles sont éliptiques et évocatrices pour moi et surement pour moi seul. Je crois qu’il en est souvent ainsi des notes prises en complément d’un autre support.
    Il faudra donc des mécanismes pour distinguer les notes utiles de celles qui sont inutilisables… Un travail d’édition ?

  10. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Il me semble que Wikert imagine un contenu ajouté par l’utilisateur qui aille au delà de notes prises dans la marge. Le fait d’adjoindre à un chapitre le fichier audio d’un cours ou d’une conférence, par exemple. Cela ne peut se concevoir que dans un univers pleinement «  read/write  », qui permette justement une forte intrication entre le contenu fourni et le contenu ajouté par l’utilisateur.

  11. Alain Pierrot

    Avec un nom comme Wikert, on peut avoir des affinités électives pour les wiki, non ?

    Un peu d’édition et de qualification des éléments me paraissent plutôt utiles, comme le suggère J.-C. Moissinac. Je ne suis pas sûr que je mettrais beaucoup d’argent pour acheter de enregistrements de performances de karaoké…

  12. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Alain : comme te voilà polémique, tout à coup, à parler de «  performances de karaoke  »… On dirait Assouline quand il s’en prend à wikipedia… Je ne tiens pas à défendre mordicus l’idée avancée par Wikert, d’un livre d’occasion vendu plus cher que le neuf. Elle a le mérite des idées un peu provocantes, qui font bouger les cadres, et obligent à envisager des choses qui semblaient intangibles sous un autre angle. Je l’ai déjà dit, je ne crois pas qu’un élève de collège ou de lycée, travaillant dans le contexte scolaire d’aujourd’hui, en ayant simplement un manuel électronique au lieu d’un manuel papier, serait en mesure, même en étant un excellent et très créatif élève, d’enrichir son propre manuel de manière telle que celui-ci ait acquis en fin d’année scolaire une valeur marchande supérieure à un manuel «  neuf  ». Mais il ne me semble pas absurde de considérer qu’un produit électronique, mis à disposition d’une communauté éducative dans un contexte d’enseignement qui aurait évolué significativement, ne pourrait pas s’enrichir au fil de l’année de liens et de contributions, individuelles ou collectives, susceptibles de présenter de l’intérêt pour autrui, et d’ajouter effectivement de la valeur au contenu initial. Un peu comme vos commentaires ajoutent de la valeur à mon modeste blog (euh, pardon, ajoutent des accords de guitare jazzy à mon modeste karaoke :)

  13. Alain Pierrot

    Il n’y avait pas de polémique, mais un rapprochement induit par l’idée de collage multimédia…
    Reste que le statut du document produit peut aller du document d’expression personnelle (les adeptes du karaoke comme les vidéastes amateurs évoqués par A. Gunthert) qui n’a de valeur que pour son auteur (et ne prétend généralement pas à une valorisation), au témoignage d’une rencontre entre une œuvre et un (ou des) commentateur(s) qualifié(s), intéressant(s) ou intriguant(s) (à la manière de Bouvard et Pécuchet), qui prend valeur en fonction de la qualité du commentateur telle que perçue par le (ou utile au) nouveau lecteur, jusqu’à l’ouvrage composite, entre travail collaboratif et création collective, qui bénéficie des espaces read/write (wiki, mais aussi commentaires et suivi des corrections sur un traitement de texte, ou blog).
    A noter que ces espaces, quand ils sont publics, dessinent clairement une organisation des responsabilités d’édition et de publication, ce qui permet peut-être de distinguer le résultat d’un «  dossier documentaire  » cumulatif.

  14. Dominique Hasselmann

    L’idée est intéressante : le livre enrichi, pour enrichir celui qui l’a utilisé. Evidemment, cela créerait des distorsions sur le marché du «  prix unique  » (mais il s’agit d’occasion), dans la courte période où il existera encore…

    Mais ce que j’ajoute plaira-t-il forcément à celui qui achètera mon exemplaire déjà utilisé (il lui suffit bien sûr d’effacer ce qui est inutile, redondant, à côté de la plaque) ?

    En fait, l’exemplaire d’occasion serait toujours plus intéressant que l’original : pauvre auteur qui n’aurait pas pensé à tous ces liens, ces vidéos mises en ligne juste après que son livre électronique soit vendu !

    Une solution : la mise à jour automatique (comme pour les logiciels de mon MacBook), par un Google malin (comme pour le projet de petites annonces publicitaires de certains blogs…), du livre original avec tous les documents multimédias qui peuvent s’y rapporter.

    Mais ce serait fait par un serveur et on perdrait la patte du lecteur précédent, qui n’a pourtant pas forcément le grand filet qui permettrait de multiplier l’épaisseur du livre électronique original par 10 ou 20, et de concurrencer définitivement le livre d’occasion du simple amateur.

    Pourtant, le programmateur du système est toujours un être humain (à quand la programmation automatique ?) et cela nous rassure quelque peu !

    Gibert Jeune a donc encore quelques mois ou années de tranquillité boulevard Saint-Michel et Saint-Denis : il est d’ailleurs sous la haute protection religieuse voulue par notre bien-aimé Président.

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