téléphone portable, romans et cinéma

Dans «  the Economist«  , à propos d’un phénomène observé au Japon (via O’Reilly Radar) :

«  Les ventes de livres déclinent, mais un nouveau marché se développe, véritable aubaine pour les éditeurs. La vente de romans lisibles sur téléphone portable – livres que vous téléchargez et lisez, généralement des chapitres en avant-première, sur l’écran de votre «  ketai  », votre téléphone mobile – a grimpé en cinq ans de 0 à 10 milliards de yens (82 millions de dollars) il y a un an, et continue de se développer à grande vitesse.  »

Tim O’Reilly ajoute :

«  Les romans existants ne marchent pas bien sur ce support. Un nouveau type de roman est apparu, adapté à ce nouveau média et à son audience.  »

Certains best-sellers sur «  ketai  » font cependant l’objet, à posteriori, d’une publication traditionnelle sous forme de livre imprimé, ou se voient adaptés au cinéma.

Cette information pose différentes questions : O’Reilly en pointe une, l’adaptation du contenu au média, déjà constatée avec YouTube, qui a généré des types de vidéos qui n’existaient tout simplement pas avant son existence.

Quelques autres :

1 – l’élection du téléphone portable comme support de lecture de romans, ou de «  ketai-romans  ». Il va falloir se décider à cesser d’appeler un téléphone un objet qui a des usages aussi multiples. Jean-Michel Salaün l’avait indiqué sur son bloc-notes : L’Atelier a publié un dossier sur le téléphone mobile au Japon.
Extrait :

Le mobile y est déjà un outil à tout faire, capable de remplacer un grand nombre d’objets de la vie quotidienne : porte monnaie électronique, carte bancaire, clés d’appartement, carte scolaire des enfants, badge d’entreprise, PDA, télévision mobile, radio, baladeur MP3, appareil photo, carte de transport, carte de crédits, coupon de réduction, billet de train ou d’avion, système de navigation GPS, etc.

2 – l’avenir des eBooks reader
Pourquoi avoir deux machines, si le confort de lecture sur mon téléphone portable est suffisant pour lire un roman ? (Mmm, est-ce bien raisonnable de rouvrir un débat sur cette question ?)

3 – la lecture à l’écran
Beaucoup affirment qu’il est affreusement désagréable voire impossible de lire de longs textes sur un écran, pire encore sur un petit écran. Je ne suis pas certaine qu’ils aient tous essayé. J’ai lu sur mon Palm (un plutôt vieux modèle) un certain nombre d’ouvrages de genres différents, essais, romans, poésie, théâtre.

Quand j’ai le choix, je préfère lire un bon gros bouquin, mais mon Palm a un avantage sur ma bibliothèque traditionnelle : il est toujours dans mon sac, (bon je sais vous autres les garçons vous n’avez même pas de sac, je ne sais pas comment vous faites…) disponible, avec plusieurs livres chargés qui m’attendent, je peux l’attraper dans le métro, dans une file ou une salle d’attente, à un moment ou j’aurai le choix entre lire un vieux numéro de Paris Match ou m’ennuyer…

Cela me fait penser à l’un des films courts composés pour «  Chacun son cinéma  » à l’occasion du 60ème anniversaire du festival de Cannes. 35 réalisateurs avaient carte blanche pour réaliser un film de 3 mn sur le thème «  la salle de cinéma  ». Celui d’Atom Egoyan intitulé «  Artaud Double Bill  », montrait deux copines dans deux salles différentes échangeant via leur portable des SMS à propos des films qu’elles voyaient chacune, avec une confrontation visuelle très habile écran du portable/écran de cinéma. D’ailleurs, ça serait bien si ces 35 films était téléchargeable sur le web : j’aurais bien revu celui d’Egoyan pour en parler plus en détail… Leur durée n’en fait-elle pas des «  contenus adaptés au media  » selon O’Reilly ?

Et vous, vous imaginez-vous lire un roman sur votre portable (non, pas votre vieux Nokia de 1999, un beau, récent, avec un grand écran comme celui des filles dans le film d’Egoyan…) ?

5 réflexions au sujet de « téléphone portable, romans et cinéma »

  1. Alain Pierrot

    l’adaptation du contenu au media

    Est-ce que ça pourrait donner lieu à un métier, une fonction analogue à celle d’arrangeur dans le domaine de la musique ?
    Ou bien la notion de rewriter serait-elle plus adaptée ? La «  Sélection du Reader’s digest  », horresco referens !?
    Au sens de la création initiale, il me semble que le rôle de l’éditeur qui aide le créateur à adapter ou finaliser son projet en vue d’une publication sur un media donné n’est pas fondamentalement étranger, non ?

  2. virginie.clayssen Auteur de l’article

    Pour l’arrangeur, je ne crois pas, puisque plutôt que de susciter l’adaptation (arrangement) d’écrits existants, le support de diffusion génère un nouveau type de romans, dédié au support. Il faudrait accéder à ces romans, et donc comprendre le japonais, pour savoir ce qu’ils ont de différent des autres…
    Quant au rôle de l’éditeur, il ne me semble pas fondamentalement bouleversé dans ce schéma, si ce n’est qu’il doit acquérir une bonne connaissance du support, effectivement. On a constaté déjà combien l’ensemble des caratéristiques du livre imprimé imprègne en profondeur le métier d’éditeur.

  3. Alain Pierrot

    Des remarques et commentaires, déjà un peu anciens (12 mars) mais bien pertinents, sur le blog de Patrick Bazin, à propos de l’interférence entre genre romanesque, livre et écran.
    Livre ou écran ?
    A mettre en perspective avec les discussions en cours autour de l’initiative des Echos et les différents modèles de liseuses, plus ou moins contraignants quant aux mises en page et fonctionnalités de lecture, donc à la nature même des œuvres qui pourront y être publiées ?

  4. Virginie

    Bon, ça fait déjà un adoptant pour ma proposition de nom féminin à donner pour désigner l’objet permettant de lire des e-books… C’est gentil, Alain !
    Et merci pour le lien. Et aussi, est-ce qu’on ne vit pas dans une drôle d’époque, non, pour considérer que quelque chose écrit il y a deux mois et demie (le 12 mars) est déjà un peu ancien… Peut-être qu’en 2016 on écrira, «  excuse-moi, mon info date un peu, elle a été publiée il y a déjà 7 minutes…  » :)

    Et à propos de l’intiative des Echos, il y avait une présentation hier au Syndicat National de l’Edition à laquelle je n’ai pas pu aller. A-t-on vu ou entendu du nouveau sur le sujet ?

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