Archives mensuelles : novembre 2009

book, vook, nook…

Je suis en train de préparer une courte intervention que je dois faire le 26 novembre prochain à une journée d’études organisée à la BNF sur l’avenir du livre de jeunesse.

C’est en recherchant des exemples de livres numériques destinés aux enfants que j’ai redécouvert le site de l’ICDL, ou «  International Children’s digital library«  , une bibliothèque numérique mondiale de livres pour la jeunesse. Un projet financé par plusieurs institutions publiques et des sociétés privées américaines ( National Science Foundation, Institute of Museum and Library Services,  Microsoft,  Adobe). l’ICDL permet d’accéder, en 11 langues à des livres issus de  42 pays. Livres anciens du domaine public (dont ce délicieux Bébé sait lire), ou livres plus récents dont les ayants-droit ont autorisé la numérisation et la publication en ligne, comme cette version hongroise et toute en images du Petit Chaperon Rouge. Extrait de la lettre du directeur, publiée sur le site :

«  De tout ce que la Bibliothèque accomplit, ce qui nous donne le plus de fierté est le fait que nous avons des centaines de volontaires tout autour du monde qui forment la véritable équipe de la Bibliothèque. Ils identifient de merveilleux livres pour la Collection, ils s’occupent des droits, ils envoient les livres physiques ou les fichiers des livres scannés. Ils donnent la parole aux utilisateurs. Bref, ils sont la Bibliothèque. Pas un jour ne passe sans qu’ici, à la Fondation, nous ne soyons émerveillés par leur bonne volonté et leur patient acharnement.  »

Le design est un peu rustique, mais on trouve très vite comment naviguer parmi les livres, et la consultation est agréable. (Tiens, à propos de consultation et de feuilletage,  cela me permet de rebondir au passage, comme l’a déjà fait Hubert, sur le passionnant article à propos de Calameo paru sur NT2).

Lorsque  je travaillais pour les enfants, avec l’équipe de Tralalère et avant, lorsque je participais à la réalisation de cédéroms interactifs jeune public, le livre était tout à fait en dehors du champ de mes préoccupations (professionnelles, car à la maison je hissais mes enfants encore petits sur mes genoux pour leur raconter les aventures de Biboundé ). Livre et numérique étaient deux mondes bien distincts. Je n’avais  pas vraiment été  fan du livre de Lulu, qui déjà simulait – de manière très réussie d’aileurs -  à l’écran  un livre dont les pages se tournent. Au premier plan de toutes nos réflexions de l’époque : l’interactivité, l’ergonomie des interfaces, le graphisme, l’ajout de sons, d’animations, et le fait de profiter à fond des possibilités offertes par un ordinateur. Les livres étaient en papier, tous ces trucs qu’on faisait avec le numérique, ce n’étaient pas des livres. On ne pensait pas aux livres. Et même, le fait d’imiter un livre me semblait une absurdité, un anachronisme. Rien ne se faisait «  contre  » le livre. On n’évoquait pas Gutenberg à chaque instant, ni  la bonne-odeur-de-l’encre-et-du-papier. On apprivoisait ces drôles de machines, encore bien poussives, chères, et pas encore massivement  connectées à Internet en train d’apparaitre.

Aujourd’hui, on ne dit plus un enfant, on dit un digital native. On fabrique  quand-même des dessins animés pour leur apprendre à bien se servir du web, aux digital natives.  On donne des tas de conseils aux parents sur le moyen de donner à leurs enfants le goût de lire. On réfléchit à ce que sont les lectures industrielles.  Est-ce qu’ils vont s’acheter des nook, les digital natives ?  Est-ce qu’ils voudront lire/regarder des  vook ?

Et moi,  il va bien falloir que je poursuive cette réflexion et y mettre un peu d’ordre d’ici le 26 novembre…

Petite planète

C’est une banalité, je sais , mais pardonnez-moi, je suis un peu rouillée, à force de NE PAS bloguer, et j’ai perdu un peu la forme : nous vivons sur une petite planète… Ainsi, un peu par hasard, en l’espace d’une semaine, j’ai eu l’occasion de rencontrer des éditeurs américains, la semaine dernière, et australiens, aujourd’hui, pour parler boutique avec eux. Boutique, c’est à dire : édition, numérique et tutti quanti.

Petite planète ? Certainement pour mes interlocuteurs australiens, venus de Lonely Planet (Melbourne), et pour qui Paris était une étape dans un véritable tour du monde (normal pour des éditeurs de guide de voyage) qu’ils faisaient afin de rencontrer des éditeurs, éditeurs de livres mais aussi de l’univers de la presse. Ils s’étaient arrêtés à Singapour et à l’heure qu’il est doivent déjà être arrivés à Londres, avant de partir pour les Etats-Unis.

Petite planète : le contact s’établit immédiatement. Leurs questions sont les mêmes que les nôtres, leurs approches très similaires. A des milliers de kilomètres les uns des autres, nous avons imaginé les mêmes solutions aux mêmes problèmes. Nous échangeons nos cartes de visites, nous promettons aussi de nous envoyer mutuellement les URL de nos blogs, parce qu’ils bloguent aussi, et prennent avec leur iPhone les photos qui vont illustrer leurs prochains posts relatant leur voyage (je donnerai le lien lorsque je l’aurai reçu.)

Eux aussi doivent gérer une double approche «  print / digital  », continuer de produire des livres, commencer à les produire en numérique, considérer leur clients autrement, changer leur manière de communiquer avec eux, intégrer progressivement le numérique dans les process en associant les éditeurs et les auteurs, imaginer le voyageur de demain, anticiper sur ses besoins, proposer des accès diversifiés aux informations, permettre à ces mêmes voyageurs de participer à la mise à jour des informations, réfléchir à l’impression à la demande (pas toujours de réseau ou d’élcectricité dans les régions que leurs clients parcourent), répondre à des questions apparemment (mais seulement apparemment) simples sur la manière d’identifier et de gérer des éléments de contenu plus petits que le livre (un ISBN par chapitre ? ) etc. etc.

La semaine dernière, j’ai dialogué deux heures avec une délégation d’éditeurs américains, venus passer, grâce à un programme organisé par la Maison des Cultures du Monde pour une semaine à Paris pour rencontrer des éditeurs et différents autres acteurs du monde de l’édition. Parmi eux, Chad Post, que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer à Francfort lors de la journée TOC organisée par O’Reilly. Nous étions côte à côte lors d’une table ronde modérée par Richard Nash. Chad dirige Open Letter Books, une maison d’édition universitaire (Université de Rochester), entièrement consacrée à la littérature étrangère, dans une université qui forme des traducteurs.

Chad anime aussi un blog, Three Percent, (j’aimerais bien lui demander 3% de quoi  mais je me doute que c’est un chiffre qui doit démontrer la difficulté de diffuser aux Etats-Unis la littérature étrangère…), dans lequel il relate dans de longs billets détaillés et très agréables à lire le détail de son voyage à Paris.

Petit planète : parmi les éditeurs se trouve Julia Cheiffetz, de chez Harper Studio, dont je suis régulièrement le blog. Non que Harper Studio soit une maison d’édition spécialement orientée vers la production de livres numériques, mais c’est une maison récemment créé qui sert un peu de laboratoire au groupe Harper Collins pour essayer de nouveaux modèles : utilisation de médias sociaux pour le promotion des livres, et pour instaurer une nouvelle relation avec les lecteurs, pas d’avance aux auteurs mais des royalties plus importantes, des ventes fermes aux libraires (sans retour possible), entre autres. Et comme toujours, cette impression de retrouver quelqu’un que l’on suivait déjà en ligne depuis un moment  quand on le rencontre IRL pour la première fois. Julia aussi a chroniqué son voyage, dans un billet titré «  The Sans-Culottes of the Digital Revolution and What We Can Learn From Them«  , citant au passage François Bon et Léo Scheer.

Ça me donne envie de voyager moi aussi, tiens. Être celle qui découvre, pose les questions, prend des photos, et les publie sur son blog…