Calligraphie sur Periscope

Tongdosa_temple

Temple de Tongdosa – photo Damien Gabrielson – cc

 Avant de me lever ce matin, j’ai assisté à une séance de calligraphie dans le temple de Tangdosa, à Pusan, en Corée du Sud. Non, je n’ai pas repris mon balai de sorcière, et non, je ne suis pas en Corée, mais à Paris, dans mon treizième arrondissement en chantier.

Et si j’ai bel et bien assisté à cette séance, c’est via l’application Periscope installée sur mon téléphone. C’est ce veinard de Craig Mod qui était à Pusan. Et qui filmait. Parce que maintenant, c’est comme ça. N’importe qui, vous, lui, moi, peut actionner la vidéo de son smartphone et diffuser en direct ce qu’il filme avec le son. Ça bouge souvent pas mal, c’est parfois fugace, instable, le contexte manque, et on se demande, comme on s’est demandé dans nos premiers Tweets   : «  à quoi ça sert ce truc ?  ».

Je ne sais pas ce que cela va devenir. J’entends déjà les critiques, les inquiétudes, les mises en garde, on va tout de suite entendre parler de dérives, de dangers, de risques, d’un danger de risque sur les dérives, de la dérive des risques de danger.

Bien sûr. Mais moi, je pense à cette chanson de Patti Smith, et je rêve à ce qui peut surgir de fort et de beau d’une technologie comme celle-ci. Je pense à Dziga Vertov et à la caméra stylo :

«  Je suis le cinéoeil, l’oeil mécanique, la machine qui déchiffre d’une manière nouvelle un monde inconnu. En tâtonnant dans le chaos des événements visibles, je crée un homme nouveau, parfait.  »

Pas très rassurée à l’idée d’un «  homme parfait  », je vagabonde sur le web à partir de cette citation de Vertov (qui finit par être empêché de travailler, car accusé de cosmopolitisme),  jusqu’à trouver un texte  de Maurizio Lazzarato à propos de Vertov, qui se conclut ainsi :

«  Pour sauvegarder toutes les promesses qu’elles semblent périodiquement annoncer, ces machines à voir et à penser doivent rester ouvertes sur toutes les autres sémiotiques et sur toutes les autres formes de subjectivité et les temporalités que la multitude et le cosmos expriment.  »

Et ce matin, voyant ce calligraphe tracer ses caractères paisiblement, tranquillement filmé par Craig, lisant les questions posées par la trentaine de personnes qui visionnaient la séquence en direct, je n’ai pas trouvé le monde pire qu’avant. Je l’ai même trouvé un tout petit peu meilleur. 

sourire        IMG_5962

3 réflexions au sujet de « Calligraphie sur Periscope »

  1. Alain Pierrot

    Dans le genre

    nos premiers Tweets : « à quoi ça sert ce truc ? ».

    blogs

    merci WordPress pour un stimulant éditeur de pages personnelles

    SecondLife

    C’est pas écrit en html5 et ajax, si je me souviens bien ?

    agrégateur

    les algorithmes de PageRanking à facette personnalisée, c’était déjà en germe dans le génôme d’une société californienne, non ?

    page personnelle

    cf. blog

    portail

    pfff ! le siècle dernier n’avait pas les concepts du web 2.0, n’est-ce pas ?

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Alain Il y avait bien sûr des pages personnelles, des «  portails  », de la vidéo, et des tas de trucs fantastiques sur le web avant Twitter, Facebook etc. Mais pas ce joujou qui vibre dans ta poche, et te propose de jeter un coup d’œil au bout du monde, si tu en as envie, comme ça, tout de suite.

  3. Clayssen

    «  l’avenir du film si tu veux savoir -un jour, davantage de bande passante, davantage de fichiers vidéo sur internet, tout le monde filmera tout, il y aura bien trop de trucs à regarder, rien n’aura plus de sens. Telle est ma prophétie. rappelle -t-en.  » Thomas Pynchon in Bleeding eyes.

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