Que pouvons-nous apprendre des webdesigners ?

Le livre numérique, c’est «  juste  » un fichier…

À la jonction entre les deux significations du terme “livre” (livre en tant qu’œuvre de l’esprit ou livre en tant qu’objet matériel), se situent des opérations de mise en forme qui sont transformées radicalement dès lors qu’il s’agit de produire un livre numérique : ces opérations à la fois intellectuelles et artistiques qui participent au sens et au propos du livre conditionnent également sa matérialité, son aspect. Contrairement à ce que certains imaginent, la fabrication d’un livre numérique est tout sauf triviale. Comment ça ? L’édition ne s’est elle pas déjà informatisée depuis de longues années ? N’est-ce pas déjà un fichier informatique qui est aujourd’hui adressé à l’imprimeur ? Qu’il n’y aurait plus qu’à mettre à disposition des e-libraires ?  En réalité,  le fichier destiné à l’imprimeur n’est en aucun cas utilisable tel quel pour la lecture numérique. Il a été mis en forme en vue d’une impression, et non d’un affichage sur des terminaux de différentes tailles, disposant de différents moteurs de lecture, supportant différents formats. La production de fichiers numériques susceptibles d’offrir  une expérience de lecture numérique satisfaisante nécessite le recours à des savoir-faire particuliers ainsi que la mise en place d’un process de production itératif (produire, tester sur différents terminaux, corriger, tester etc.) jusqu’à obtention d’un fichier, en réalité de plusieurs fichiers,  de la qualité requise. Que certaines de ces opérations soient ou non sous-traitées à des sociétés extérieures ne change rien à l’affaire : c’est l’éditeur qui est responsable, en particulier devant l’auteur, de la qualité du fichier qui va être mis en circulation. C’est lui qui signe le “bon à publier”.

Ça ressemble au web…

La réalisation d’un livre numérique n’est-elle pas, de ce fait, plus proche dans les compétences qu’elle requiert, de l’activité d’un webdesigner que de celles des maquettistes et des compositeurs du monde de l’imprimé ? Le webdesign est né dans dans un milieu technique très contraint : faible bande passante, performances médiocres et disparité dans l’interprétation des standards des navigateurs, outils frustes, écrans faiblement définis, affichages lents, nombre de polices de caractères limité. Même si les performances des écrans et de la bande passante ont évolué, le talent du webdesigner réside encore aujourd’hui dans sa capacité à intégrer des contraintes qui demeurent fortes pour créer des sites beaux et agréables à consulter, d’une navigation aisée, mais également  faciles à mettre à jour et à faire évoluer. Une séparation radicale a aussi eu lieu en ce qui concerne le webdesign : on a rapidement cessé de mélanger dans un même fichier la description et l’expression du contenu des instructions concernant sa mise en forme. Ce qui permet, en modifiant un fichier, de modifier l’aspect de tout un site web. Ce qui offre aussi la possibilité de faire circuler les éléments de contenu et de les afficher dans des environnements graphiques très différents les uns des autres.

À celui qui réalise des livres numériques, le webdesigner pourra enseigner une certaine humilité  :  ni l’un ni l’autre n’ont sur le résultat final de leur travail le même contrôle absolu que celui dont dispose le maquettiste dans le monde de l’imprimé. Cette philosophie du webdesigner, qui, ayant accepté une certaine perte de contrôle, met tout son talent à proposer cependant la meilleure expérience de lecture et de navigation possible, est très utile au e-book designer. Et les deux métiers ont ceci de commun que pour les pratiquer avec succès, il faut marier une grande sensibilité visuelle avec un intérêt pour la dimension “computationnelle”, le goût de l’image et celui du code.

…mais ce n’est pas le web.

Le webdesign ignore cependant presque tout de ce qu’est un livre, et apporte rarement des solutions satisfaisantes aux problèmes spécifiques posés au ebook designer. Comment  permettre le confort d’une lecture immersive ?  Cela passe par la réponse à une infinité de questions du type : “Comment gérer les notes en bas de pages ?” “ Comment obtenir un affichage convenable des lettrines ?”  “Quel repère dans l’avancement d’un texte si le numéro de page n’est plus attaché, selon la taille de l’écran utilisé pour le lire, à la même portion de texte ?”… Les réponses à ces questions ne sont pas toutes du ressort de celui qui travaille à produire le fichier numérique : certaines sont apportées au niveau du logiciel de lecture, d’autres au niveau du format de fichier. La personne en charge de la production du fichier  doit cependant être consciente de la latitude dont elle dispose, afin de l’exploiter au maximum. Les subtiles différences entre les plateformes de vente de livres numériques dans la manière d’accommoder les formats débouchent sur des différences dans l’affichage d’un même livre selon qu’il est acquis sur une ou l’autre plateforme, consulté sur l’un ou l’autre terminal. Le travail de préparation des fichiers ressemble fort aux tests que les développeurs web doivent accomplir sur les différents navigateurs (internet explorer, safari, firefox etc.) dont la plupart ne respectent qu’imparfaitement les spécifications publiées par le w3c. L’utilisation d’un unique fichier, qui procurerait une expérience de lecture parfaitement satisfaisante sur l’ensemble des plateformes et la totalité des dispositifs de lecture est aujourd’hui illusoire, ou bien oblige à s’aligner sur le moteur de lecture le moins performant. Pour qui reste attaché à la qualité, pour qui ne s’en remet pas au hasard pour décider de la forme d’un texte, plusieurs variantes numériques d’un même titre doivent être produites, chacune prenant en compte les spécificités de chaque plateforme.

Je suis loin d’avoir fait le tour de la question, et les modes d’organisation diffèrent grandement selon la taille des maisons d’édition, le nombre et le type de livres produits. Certains secteurs d’édition (guides de voyage par exemple) se prêtent plus que d’autres à la mise en place de process de production quasi automatisés, la structuration des textes se faisant dès l’amont (XML first), les auteurs appelés à  travailler directement sur des outils effectuant cette structuration de manière transparente.

J’aurai plaisir à lire vos réactions et témoignages sur ces questions dans les commentaires…

12 réflexions au sujet de « Que pouvons-nous apprendre des webdesigners ? »

  1. Aymeric Vincent

    Bonsoir,

    Merci pour ce texte qui souligne à quel point, dans l’édition comme ailleurs, il est important pour chacun de partager ses compétences et connaissances avec celles et ceux qui n’exercent pas son métier.

    Encore plus aujourd’hui qu’hier, il ne peut avoir de cloisonnement entre les métiers, il ne peut y avoir d’ignorance des travaux effectués en amont ou en aval du sien.

    Chacun fait partie d’une chaîne aussi bien dans son entreprise qu’avec ses parties prenantes externes…et ce blog y contribue avec talent.

    Aymeric Vincent

  2. Jean-Basile Boutak

    Billet très pertinent sur l’ebook design, d’un point de vue quasi philosophique. Venant du développement web et codant aujourd’hui beaucoup d’ePubs aujourd’hui, je ne peux qu’être d’accord et me retrouver dans ce texte.

    D’une certaine manière, on reproduit les mêmes erreurs (chaque constructeur veut apporter sa couche maison à l’ePub, un format prévu pour être un standard) avec les mêmes technologies (celles du web, l’ePub n’étant que du html et du css). C’est affligeant.

    Si encore Kobo, Amazon, Apple, Adobe, etc. proposaient des outils de développement et de prévisualisation. Mais non. C’est Amazon qui en fait le plus, mais Kindle Previewer n’est pas infaillible, loin s’en faut.

    Enfin, il est vrai que certains éditeurs n’ont pas honte des fichiers qu’ils proposent… Gallimard notamment. J’ai récemment lu un titre de la série sur Kindle : juste scandaleux.

  3. antoine

    Une petite remarque : la majorité des livres numériques au format ePub sont des livres de texte – de labeur – et il y a encore très peu de livres numériques graphiquement complexes (mise en page, agencement textes-images, recherches typographiques, lettrines), la plupart des éditeurs ne prennent que peu de risques (ce qui est compréhensible), et rares sont ceux qui proposent des formes compliquées en dehors du PDF ou de l’application.
    Peut-être que le virage amorcé avec l’IDPF permettra d’arriver plus vite à une *vraie* standardisation – et donc à une potentielle interropérabilité – que le Web peine à atteindre dans sa totalité. Technologiquement je pense que c’est une chance pour le livre numérique d’arriver à la fois après et avec le Web.

  4. Pan

    À propos des livres de labeur, je regrette quand même que l’édition anglo-saxonne, qui a pour coutume de porter un soin extrêmement détaillé à la typographie et au design même pour les grands classiques, a perdu cette habitude, ayant semble-t-il subi l’impact du format mobi7 d’Amazon, très peu capable de ce point de vue là.

    Les versions numériques de livres tels que 1984, tous les Hunter S. Thompson, Fahrenheit 451 font vraiment peine à voir alors que l’on trouve, dans la version papier, une atmosphère visuelle (polices, construction et placement des titres par exemple), une différenciation fonctionnelle selon la nature du contenu (police et/ou réglages typographiques différenciés pour documents officiels par exemple), etc.
    Personnellement, je suis sensible à ce genre de choses parce que ça m’aide. Je souffre de troubles de la concentration et il m’arrive souvent de lire de façon passive, c’est à dire sans assimiler et de ressentir comme un grand vide une fois le chapitre terminé. Or ces petites choses me permettent de la retrouver car elles attirent inconsciemment mon attention. D’ailleurs, j’ai toujours eu énormément de problèmes à lire en français, et ai retrouvé le plaisir de lire lorsque je me suis mis à lire en anglais. Là aussi, j’ai remarqué que quand ce genre de choses ne sont pas faites dans les publications anglo-saxonnes, j’avais beaucoup de mal. Ne me demandez pas une explication scientifique, c’est évidemment un ressenti personnel.

    Je dois admettre que j’accorde donc une importance aux possibles difficultés de lecture et me débrouille pour les intégrer dans mes réflexions d’ebook design. L’idée est bien sûr que le tout soit fonctionnel, ait un sens, avant d’être joli à l’oeil. De ce côté-là, nous avons énormément à apprendre des designers de magazines, tout en adaptant leurs usages au livre.

    Ensuite, je pense qu’il est théoriquement très bien que nous dépendions des fabricants pour certaines choses (césures, etc.) mais ils ne semblent finalement que très peu s’intéresser à la typographie en général et l’expérience de lecture peut se révéler catastrophique parfois. Il est vraiment temps que des efforts soient faits à ce sujet et que les fabricants prennent conscience de l’importance de la chose. Personnellement, ça ne me dérangerai pas d’avoir des fichiers sans styles de présentation sur lesquels les utilisateurs pourraient appliquer un thème prédéfini (avant d’effectuer des réglages personnels pour un surplus de confort si nécessaire). Un peu comme des thèmes de blogs en somme. Mais là encore, aucun fabricant ou développeur d’app ne creuse de ce côté-là.

    Cela pourrait pourtant servir les intérêts des lecteurs. Ils pourraient choisir la présentation de leur choix, donc porter un intérêt supplémentaire au livre et évacuer tout facteur parasite, pourraient même charger des thèmes supplémentaires (trouvés sur des sites) sur leur machine, pourraient utiliser des thèmes prévus pour aider aux troubles type dyslexie, etc.

    N’en déplaise aux fabricants mais devoir régler l’interlignage, la taille de police, choisir la police, etc. sur un fichier sans réglages préalables après avoir lu un ou deux paragraphes, c’est une expérience utilisateur catastrophique. Et en règle générale, tous les fabricants ou presque négligent cette expérience utilisateur (désolé mais devoir aller chercher la table des matières dans un sous-sous-menu lorsque je lis un guide ou une collection d’essais par exemple, ça m’irrite au plus haut point et ça me donne envie de poser ma liseuse. J’aimerai qu’elle soit accessible en un clic/tap et sans avoir à passer en revue l’arborescence de la table des matières et devoir revenir en arrière si je me suis trompé.

    Aussi longtemps que les fabricants et développeurs ne feront rien pour faciliter la lecture, alors ce sont les développeurs de livres numériques qui devront rattraper leur négligence et porter un soin particulier à des choses normalement triviales dans le domaine du livre… malheureusement.

  5. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Aymeric, merci d’être passé !
    @Jean Basile Boutak : merci à vous aussi. Dans le cas du manque d’outils offerts par Amazon Kobo et autres à destination des éditeurs pour les aider à tester leur fichiers, il ne s’agit pas d’une erreur… C’est une simple question de priorité, ces sociétés hiérarchisent les investissements, et le message est clair : la qualité des fichiers n’est pas une priorité. Le «  good enough  » suffit, le «  du moment qu’on en vend  »…

    Concernant un fichier «  pas top  » produit par Gallimard, on trouvera encore probablement pendant quelque temps quelques fichiers insatisfaisants chez tous les éditeurs, mais ne pas croire que ceux-ci s’en fichent… Tout ceci s’est mis en place en quelques années, il faut avancer vite, on apprend en marchant, et on doit marcher vite.

    @antoine tout à fait d’accord avec vous.

    @Pan Merci pour ce long commentaire. D’accord sur l’idée que l’on devrait se poser plus souvent la question de la relation entre la beauté des objets que l’on propose et le désir de lecture.

    Sur les tensions fabricants / développeurs de livres numériques : c’est pourquoi il est important d’être représentés dans des instances comme l’IDPF, d’avoir des échanges avec les fabricants et les développeurs, ce à quoi nombre d’éditeurs s’emploient, parfois au sein de leurs instances communes tellement décriées et si souvent moquées sur le web qu’on n’ose même plus écrire leur sigle :)

  6. Jean-Basile Boutak

    @Virgine : Je ne pointais pas particulièrement Gallimard. Nous-mêmes (Numériklivres) « apprenons en marchant  », comme vous le dites joliment. On s’améliore petit à petit, même si on est encore loin de la qualité des fichiers de @Pan. Je sais que sa réédition à venir de son guide l’auto-édition est une pure merveille :-)
    Mais les grosses maisons auraient les moyens d’employer des gens plus capables, et pas pour plus chers…
    L’IPDF, c’est très bien, mais il y avait le W3C, et ça n’a pas empêché Microsoft (notamment) de vouloir s’approprier le web (avec l’Active X, et avec pendant longtemps un support absolument scandaleux des standards).

  7. Philippe

    Bonsoir Virginie,
    merci pour cet article qui ouvre de nombreuses pistes de réflexions. J’y trouve des correspondances avec certaines idées évoquées par Craig Mod sur son blog, par exemple là : http://craigmod.com/journal/ebooks/
    ou encore là : http://craigmod.com/journal/post_artifact/

    Le sujet est passionnant, et c’est à mon sens un enjeu majeur. Malheureusement on s’inquiète plus souvent d’apposer des DRM sur les livres numériques que de réfléchir à leur design et à l’expérience de lecture qu’ils procurent.

  8. Laurence Zaysser

    Bonjour Virginie,

    Merci pour cet article qui pose très bien le problème.

    Notre communauté doit peser de tout son poids pour que les standards soient complets, finalisés et respectés. Les trois sont indissociables.

    Sans la couverture de besoins avérés (comme la mise en page d’un livre numérique qui manquait en ePub 2.0), un standard incomplet ouvre tout grand la porte aux formats propriétaires qui viennent pallier ses lacunes (comme le format ePub fixed layout d’Apple pour ne citer que lui).

    La définition d’un format standard passe par différents statuts (Working Draft -> Last Call -> Candidate Recommendation -> Proposed Recommendation -> Recommendation). Tant que le format n’est pas stabilisé, il est coûteux et risqué de créer des livres numériques et de développer des logiciels de lecture, car des ajustements seront nécessaires. Les contenus sont particulièrement sensibles à cela, puisque de manière rétroactive, tous les titres produits dans une version non finalisée du standard devront potentiellement être retouchés. C’est pourquoi il nous appartient, plus qu’à d’autres, de nous impliquer dans la définition des standards pour qu’ils répondent mieux et plus tôt aux besoins de nos lecteurs.

    A ce titre, je voudrais dire que nous avons un vrai souci avec le format ePub3. Il s’appuie sur deux standards non finalisés : HTML5 et CSS3, tous deux en statut working draft. Sic ! Personnellement, je m’étrangle devant ce type de situation.

    Enfin, sans le respect des standards finalisés par les éditeurs de contenu et par les éditeurs de logiciels de lecture, il est impossible de garantir l’interopérabilité de nos livres numériques à nos lecteurs, ni leur rendu. La communauté des éditeurs numériques a le besoin impérieux d’un organisme indépendant (IDPF, W3C, autre?) pour qu’il fournisse des bancs de tests aux logiciels de lecture et pour qu’il certifie ces mêmes logiciels. L’auto-certification n’a aucune valeur, cela va sans dire…

    Lorsque les standards ne sont ni complets, ni finalisés, ni respectés, on assiste à une explosion de formats propriétaires qui tirent partie de la situation en espérant capter le marché au détriment de leurs concurrents. Cela se fait au détriment du lecteur, mais aussi au détriment de l’éditeur, qui doit décliner ses titres numériques en plusieurs formats (ePub2, ePub3, ePub fixed layout, mobi), là où il aurait pu n’en avoir qu’un à gérer (ePub3).

    Investissons au bon endroit… Investissons l’IDPF et le W3C !

    Laurence Z.

  9. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Merci Laurence, c’est un grand plaisir de te lire ici !
    D’accord avec toi, et malheureusement, même lorsque les standards sont disponibles, cela n’empêche pas certains acteurs de les ignorer délibérément, et d’opter pour des solutions propriétaires, dans le but tenir captifs les lecteurs qu’ils équipent. On en reparle bientôt autour d’un déjeuner ?

  10. Alain Pierrot

    Toujours une bonne idée de renvoyer vers les travaux et préconisations de Bill Hill, en matière de lecture numérique, de maquette…

    http://billhillsblog.blogspot.fr/

    Pour la part, je pense qu’une action commune des éditeurs, des écoles de typographie et design auprès des industriels, développeurs et acteurs de la standardisation serait bienvenue. Une lettre ouverte, une charte…

    Une tâche de plus pour la commission numérique du SNE ? — avec l’UIE, l’École Estienne, les Gobelins…

  11. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Bill Hill, qui a disparu au mois de septembre, je ne sais si tu l’as appris… http://www.forbes.com/sites/anthonykosner/2012/10/19/rip-microsoft-cleartype-inventor-bill-hill/
    Depuis quelque temps le SNE ainsi que plusieurs groupes d’édition français sont membres de l’IDPF. Mais comme je l’indiquais à Laurence, la meilleure volonté du monde ne suffit pas, si quelques acteurs se tiennent à l’écart des standards. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras, au contraire, car il arrive que ces acteurs, si le standard s’améliore, et est largement adopté, finissent par s’y rallier car leur position est tenable dans un premier temps mais ne peut être maintenue si une grande partie des usages de la part d’un grand nombre d’acteurs se développent dans le respect des standards et qu’ils sont les seuls à imposer un système différent.
    Plus ça va, plus je crois qu’il faudra être «  bi-culturel  » en matière d’édition : capable de transposer en numérique les arts de la lisibilité issus du monde de l’imprimé, et capable aussi d’explorer les voies de l’édition nativement numérique. C’est à cela que devraient s’attacher les écoles que tu cites. Loin des absurdes querelles, former des professionnels susceptibles de comprendre et d’intégrer les propositions de la conférence «  Books in Browsers  » et capables de gérer du bi-média, sans jeter par dessus bord tout ce qui nous manquera lorsqu’il sera trop tard.

    Ce qui est difficile à supporter, c’est l’idée de régression, l’idée de se contenter de moins, de s’accoutumer au laid, au mal fait, au «  good enough  ». Les auteurs ont droit à l’excellence dans la présentation de leurs textes, et les lecteurs aussi. Mais l’excellence va rarement immédiatement de pair avec l’innovation, il y a une courbe d’apprentissage obligatoire, et on pardonne à l’innovation son imperfection, on supporte d’elle la «  beta permanente  », parce que l’on sait que c’est vraiment difficile d’innover, et qu’il faut du temps pour parfaire une technologie, une interface, et l’emmener à son degré d’excellence. L’innovation fait oublier la perfection, (jusqu’à un certain point, que l’on trouve assez facilement, en se demandant : à quoi suis-je prêt à renoncer pour accéder à quelque chose de vraiment nouveau et intéressant ? )

    L’incapacité à supporter le «  pas tout à fait parfait dans l’immédiat  » peut aussi avoir des conséquences dramatiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles on parle aussi mal les langues étrangère en France, parce qu’il nous est difficile de nous lancer si nous ne sommes pas certains que la phrase que nous allons dire n’est pas impeccable du point de vue grammatical tout comme du point de vue de la prononciation. Résultat, on ne parle pas, donc on ne progresse pas, donc on reste mauvais. Il faut combattre la peur de rater, tout comme il faut maintenir l’exigence de la qualité, et assumer la complexité de positions mesurées tout comme l’absence de brillant d’une attitude patiente.

  12. Ping : Sélection de la semaine 40 : ebook designer et webdesigner | gris-typo

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