New York day one

8 février 2010

nyCette semaine : New York.  J’ai le bonheur de participer à un voyage d’études organisé par le Ministère de la Culture et la French-American Fondation sur le mode de l’échange : des professionnels de l’édition américains sont venus à Paris en octobre dernier, et j’avais eu l’occasion alors de les rencontrer.

Je vais essayer de bloguer l’affaire, mais je ne vous promets rien : notre programme est vraiment très dense, et je ne sais si j’aurai le temps (et le courage) d’écrire quelques billets pour ce blog qui en a bien besoin…

Je ferai mon possible…  Les participants au voyage : Marion Mazauric (le Diable Vauvert), Jean-Christophe Delpierre (Mediatoon), François Maillot (Librairies La Procure), Nicolas Roche (Editions du Centre Pompidou).

Demain, nous rencontrons entre autres Bob Stein, le directeur de l’Institute for the future of the book, que j’ai déjà eu l’occasion d’entendre à Paris où le Motif l’avait invité.

C’est un bon moment pour rencontrer de nombreux acteurs de l’édition ici : l’actualité du numérique est très chargée, entre l’annonce de l’iPad, les négociations serrées entre les Big Six et Amazon, la prochaine audience à propos du Règlement Google version II… On va avoir quelques sujets… mais pas seulement sur le numérique. On parlera aussi, si j’en crois le programme, littérature, traduction et pas seulement de ebooks, de nooks, et de vooks…

Amazon : bras de fer avec Macmillan

31 janvier 2010

Généralement, Twitter est plutôt calme le samedi. On y jette un coup d’œil distrait, pour apprendre qu’un tel se lance dans une recette compliquée, que tel autre a commencé à lire tel livre, on découvre quelques liens vers un article de blog qui ne risque pas de se retrouver sur son fil RSS, parce qu’il ne parle ni de livres, ni de numérique, ni de l’iPad, ni de liseuse…

Mais aujourd’hui, voilà que quelqu’un remarque que la plupart des livres de l’éditeur Macmillan sont devenus inaccessibles sur Amazon. On ne peut plus les acheter qu’en passant par des tiers, mais Amazon ne le vend plus en direct. Pourquoi donc ?

Bien sûr, ni Macmillan ni Amazon ne commentent l’événement, aussi les supputations vont bon train. (Voir mises à jour ci-dessous). Les sujets de discorde entre les groupes d’édition américains et Amazon sont nombreux. Et ce n’est pas la première fois qu’Amazon supprime le bouton acheter aux titres d’un éditeur, pour exercer sur lui une pression bien réelle. Amazon représente aux USA une part bien plus importante du marché que celle qu’il occupe en France.

Le blog “Bits“, un blog lié au New York Times, a mis à jour son billet en fin d’après-midi, confirmant que l’action d’Amazon était bien liée à la décision de Macmillan de décaler dans le temps la mise à disposition des versions numériques de ses livres :

“Ma collègue Motoko Rich a parlé avec quelqu’un ayant eu une conversation directe avec une personne de chez Macmillan, familière des conversations avec Amazon. Macmillan offrait à Amazon l’opportunité d’acheter les versions numériques (destinées au Kindle) de ses livres sur le même modèle de type “agence” que celui proposé par Apple pour le iPad. Selon ce modèle, l’éditeur fixe le prix du livre et garde 70% de chaque vente, laissant 30% au revendeur. Macmillan dit qu’Amazon pourrait continuer à acheter les ebooks selon son modèle courant de commercialisation, en payant à l’édituer 50% du prix de la version imprimée grand format et en fixant librement le prix de vente au public., mais que dans ce cas Macmillant  décalerait dans le temps la disponibilité des versions numérique de 7 mois après la mise en vente des versions grand format. Le fait de supprimer la mise en vente des titres de Macmillan apparaît comme une réaction directe à cela.”

Les éditeurs, mécontents des prix bas pratiqués pour le livre numérique par Amazon, ont été nombreux à commencer à différer la sortie des versions numériques de leurs livres à fort potentiel commercial. Le prix du livre est libre aux Etats-Unis, où il n’existe pas d’équivalent de la loi Lang, et cette décision de différer la vente de la version numérique est une façon comme une autre pour les éditeurs de chercher à contrarier Amazon, qui n’hésite pas à vendre à perte pour conquérir des parts de marché, et diffuser le plus possible son Kindle, qui, une fois vendu à un acheteur de livres, rend celui-ci totalement dépendant d’Amazon pour s’approvisionner en lecture. Il ne sera pas très difficile à Amazon, une fois que le Kindle aura trouvé sa place dans des millions de foyers américains, de changer les règles du jeu aux dépens de l’éditeur. Et si celui-ci refuse ? Alors,  plus d’accès pour ses livres aux millions de e-lecteurs scotchés chez Amazon. Et toc !

La sortie du iPad, et la politique de prix annoncée pour les “iBooks” doit jouer son rôle dans tout cela. Apple ne vend pas de livres imprimés, et ne dispose pas de ce levier qu’Amazon actionne de temps en temps pour rappeler aux éditeurs qui leur donne accès aux clients. Apple, dit-on,  laisserait les éditeurs vendre leurs livres numériques plus cher qu’Amazon, avec des prix de 12;99 et 14,99 $…  Alors, Amazon se réveille, et  frappe directement Macmillan, pour rappeler à tous que c’est lui qui commande…

Le fait de maintenir une grande diversité de canaux de vente est, on le voit, crucial pour les éditeurs. Lorsqu’à la concentration s’ajoutent des dispositifs d’exclusivité avec des modèles propriétaires, un seul acteur, devenu dominant, prive de  toute liberté à la fois les lecteurs, qui ne peuvent s’approvisionner chez le revendeur de leur choix, et les éditeurs, soumis aux diktats d’un revendeur devenu tout puissant.

On pourra lire également le point de vue d’un auteur publié chez Macmillan, John Scalzi.

- Mises à jour :

30/01 - 23h : John Sargent, CEO de Macmillan, adresse un message aux auteurs et illustrateurs édités dans les maisons de son groupe, publié sous forme de publicité payante sur Publishers Lunch, qui confirme les propos rapportés par Motoko Rich.

31/01 - 23h30 : Lettre d’Amazon à ses clients : Amazon cède et accepte les conditions de Macmillan, et explique pourquoi.

Mangez vos livres !

15 janvier 2010

cellphonekitchenC’est la traduction du nom d’un nouveau site web, eatyourbooks.com. S’il est un secteur de l’édition qui sait tirer parti du numérique, c’est bien celui des livres de cuisines. J’avais déjà signalé les sites permettant d’assembler soi-même son propre livre de cuisine, et d’en obtenir un exemplaire imprimé à la demande. On connaît aussi le succès des sites et des blogs proposant des recettes de cuisine. Il est très facile d’y effectuer des recherches selon différents critères : les ingrédients, le temps dont on dispose, le coût de la recette, son origine géographique etc. Beaucoup moins facile : trouver aussi facilement, parmi ses propres livres de cuisine, une recette selon différents critères. Alors l’idée est toute simple, comme l’explique la présentation faite sur le site :

Eat Your Books est un site web pour les gens qui aiment cuisiner avec des livres de cuisine. Ce n’est pas un site de recettes - les recettes sont dans vos livres de cuisine, ceux de vos auteurs favoris.  Cependant, s’il vous est arrivé d’utiliser un site de recettes, vous savez combien il est aisé d’y trouver une recette. Alors voilà, maintenant, vous pouvez trouvez des recettes aussi facilement dans vos propres livres de cuisine. Eat Your Books a indexé plus de 600 des principaux livres de cuisines, ce qui correspond à plus de 200 000 recettes.

En tant que membre de Eat Your Books, vous pouvez créer votre étagère virtuelle de livres de cuisine, intitulée “mon étagère”, en choisissant les livres que vous possédez dans la Bibliothèque EYB, qui compte plus de 16 000 livres. Si vous constatez que l’un de vos livres favoris n’a pas été indexé, vous pouvez faire en faire la demande.

Le fait qu’un livre est indexé signifie que vous pouvez chercher des recettes par nom, par ingrédients, par titre de livre, par auteur. Nous avons également catégorisé les recettes par origine, type de recette, type de repas, régimes spéciaux, occasions. Ainsi vous pouvez trouver, en quelques secondes, si vous avez dans vos livres de cuisine une recette de Bœuf à la Grecque en casserole.

Eat Your Books vous aidera également à concevoir des menus, créer des listes de courses, tagger vos recettes préférées, et organiser vos recettes d’une manière qui fait sens pour vous. Tout ceci parmi votre bibliothèque personnelle de livres de cuisine.

Il est bien sûr possible d’acheter en ligne les livres présentés sur le site, avec une affiliation avec Jessica’s Biscuit®/ecookbooks.com, qui n’est pas un site consacré aux biscuits, mais une librairie spécialisée dans la vente à distance de livres de cuisine. Je vous invite à lire l’historique de Jessica’s Biscuit, une classique success story qui a commencé non pas dans un garage mais dans un salon par une discussion entre amis.

J’aime bien ce mariage entre le livre imprimé et le réseau : c’est la possibilité de combiner les avantages de l’objet livre, le plaisir de le feuilleter, sa présence rassurante non loin de la plaque de cuisson et de l’étagère à épices, avec la malice de l’algorithme, qui se plie en quatre pour trouver en un clin d’œil des réponses pertinentes à la moindre de vos demandes, et avec la puissance de mutualisation d’un site social, dont les membres sont des contributeurs, avec leurs commentaires, leurs appréciations, leurs suggestions. (Merci pour le repérage à Neelan Choksi.)

Tableau des prédictions

4 janvier 2010

Au moment du nouvel an fleurissent bilans et prédictions. En pleine mutation, l’édition se prête très bien à cet exercice. C’est le moment pour les consultants, gourous, spécialistes, futurologues, prospectivistes, de faire briller la boule de cristal… Georges Walkley, directeur du numérique chez Hachette UK, s’est donné la peine de récapituler les prédictions de quatre personnalités qui se sont aventurées sur ce terrain mouvant. Et moi, plutôt que de me lancer dans l’exercice, je me contente de traduire son tableau :

Martyn
Daniels
Bob
Miller
Mike
Shatzkin
Joe
Wikert
Le contenu enrichi sera quelque chose qui va compter de plus en plus Yes Yes Yes
Les éditeurs vont ignorer les contenus enrichis Yes
Une meilleure intégration des livres numériques avec d’autres produits et services Yes
Les éditeurs seront dans la confusion sur “quel est le produit qu’ils produisent” Yes
Changements dans la forme, comme par exemple des livres numériques pour des textes plus courts Yes Yes
Les liseuses perdent du terrain par rapport aux terminaux multi-fonctions Yes
Les livres se vendent de plus en plus dans des magasins physiques qui ne sont pas des librairies Yes
Le numérique met la pression sur les librairies physiques Yes
Les libraires indépendants doivent se spécialiser pour survivre Yes
Les livres numériques vont donner lieu à la création d’un répertoire professionnel de référence spécifique Yes
Besoin de standards pour remonter les informations concernant les ventes en numérique Yes
Les ventes de livres numériques vont augmenter et constitueront une contribution importante aux revenus pour de nombreux titres Yes Yes
Des prix bas pour les consommateurs seront considérés comme la norme Yes Yes
Les canaux de vente des livres numériques vont proliférer Yes
Les éditeurs vont réorienter le développement de leur catalogue, en fonction de leurs possibilités en terme de marketing Yes
Tendance à produire des livres imprimés de grande qualité pour contrebalancer les livres numériques peu chers Yes
La petite édition prospère Yes
L’auto-édition se développe Yes
Les gros éditeurs restructurent Yes Yes
Les gros éditeurs se concentrent sur les auteurs “brandés”, et/ou réduisent le nombre de nouveautés Yes
Apparition de  nouveaux modèles pour les achats de droits et les avances. Yes
Le fait de décaler dans le temps la date de sortie des versions numériques (’windowing”) va vite être dépassé par les événements Yes
Les consommateurs voudront une disponibilité simultannée des versions imprimées et numériques Yes
La gestion de l’information concernant les droits va acquérir toujours plus d’importance Yes
Les droits territoriaux seront sous pression Yes Yes
Google changera tout Yes
Les auteurs capables de développer avec succès leur propres plateformes vont commencer à se comporter comme des éditeurs,ce qui conduira à une désintermédiation Yes Yes
La carrière d’un auteur nécessitera une gestion permanente, et non uniquement centrée sur chaque sortie de livre. Yes
Les bibliothèques devront se définir un rôle numérique Yes
L’importance des contenus numériques dans le marketing de tous les livres va s’accroître. Yes

Et vous, vous voyez des choses dans votre boule de cristal pour 2010 ? Et que pensez-vous des prévisions des quatre qui sont cités ici ?

Bonnier + Berg : R&D efficace

26 décembre 2009

La division R&D du groupe d’édition suédois Bonnier publie une vidéo montrant un prototype de lecteur de magazine. Bonnier s’est allié avec une agence de design spécialisée, Berg, pour effectuer ces recherches. Je crois beaucoup à l’intérêt pour les éditeurs de se rapprocher des designers : le succès de nombreux produits high tech vient en partie du fait que les sociétés qui les inventent considèrent le design non comme une question uniquement esthétique (comment faire des jolis produits) mais comme un axe essentiel dans la conception des produits, introduit tout à fait en amont des processus de création, en intégrant l’ensemble des problématiques que les designers sont entraînés à associer : fonctionnelles, ergonomiques, formelles, techniques etc.

Cette vidéo est particulièrement bien faite, partant de l’expérience de lecture d’un magazine imprimé, et montrant clairement les choix faits, non pour imiter cette expérience avec un lecteur électronique, mais pour retrouver une expérience de qualité. Exemple qui m’enchante, l’idée de simuler le fait  de “tourner la page” a été (enfin !) abandonnée, et la question a été posée plus en amont : comment parcourir simplement et agréablement les éléments textuels et visuels, et comment adjoindre à la consultation et à la lecture les fonctionnalités qu’un lecteur attend aujourd’hui d’un magazine numérique.

Inspirant !

(signalé par Jeremy Ettinghausen sur le blog Penguin.)

Mag+ from Bonnier on Vimeo.

Lire sans écrire, ça suffit maintenant

22 décembre 2009

Oh la la, mais ça sent le renfermé ici, il va falloir ouvrir les fenêtres, allez, un peu d’air, enfin pas trop non plus, l’air est glacé, faire plutôt du feu dans la cheminée pour réchauffer l’atmosphère. Plusieurs semaines sans bloguer : du ménage s’impose, il y a des toiles d’araignées sur le dernier post, tellement il est resté longtemps en haut de la page d’accueil…

Mais vous êtes-là, et c’est l’essentiel. Essayons de reprendre le fil (RSS) de la conversation, ou plutôt, de reprendre place doucement dans les conversations qui ont continué ici et là, pendant que teXtes dormait.

Pendant que teXtes dormait  s’est poursuivie à partir d’un billet sur La Feuille la discussion concernant le livre numérique et son avenir, discussion qui n’a pas fini de rebondir, et interroge à la fois ce que devient un livre lorsqu’il est disponible sous forme numérique, et les manières de publier et de lire sur le web.

Pendant que teXtes dormait, le juge a rendu son verdict dans le procès Google / La Martinière et Google a aussitôt fait appel.  Ce jugement est commenté de façon très détaillée sur Si.lex, ainsi que sur Diner’s room. En attendant un de ces longs billets d’analyse et de mise en perspective dont il a le secret, annoncé pour janvier, Olivier Ertzscheid répond à André Gunthert sur Affordances.

Pendant que teXtes dormait, j’ai lu aussi avec grand intérêt la série de quatre billets publiés sous le titre “une société de la requête” à la fois sur Internet Actu et dans Le Monde en ligne, concernant Google. Les inquiétudes de Geert Lovink ont bien peu en commun avec celles des traditionnels  contempteurs du net : il s’agit d’une critique faite “de l’intérieur”, d’autant plus pertinente que l’auteur connaît bien son objet.

Pendant que teXtes dormait, j’ai suivi attentivement les annonces des groupes d’édition américains, mobilisés contre la politique de prix d’Amazon, et pratiquement tous d’accord pour différer de quelques mois la disponibilité de la version numérique de certains de leurs ouvrages, par rapport à la date de parution en grand format, et les réactions suscitées par ces annonces.

Me suis projetée, avec François Gèze, P.D.G. des éditions La Découverte, en 2019, grâce à cet enregistrement vidéo de son intervention récente à l’ENSSIB.

Ai découvert deux tags nouveaux dans Twitter : l’un qui me laisse songeuse, #lazyweb , que vous ajoutez à un message que vous postez sur Twitter lorsque celui-ci est une question que vous posez à vos followers, alors que vous pourriez trouver la réponse à cette question en effectuant une recherche sur le web. On peut même démarrer la question par la formule “dear #lazyweb…” Un échange assez nouveau : on échange un moment de paresse passager contre un instant de bonne volonté et de disponibilité, sachant que peut-être que demain, les rôles seront inversés…

Un autre est tout simple, et francophone : #twitlivre , à ajouter dans un message où l’on indique quel livre on est en train de lire, et pour chercher des idées de lecture en regardant virtuellement par dessus l’épaule de vos following pendant qu’ils lisent…

Bon, je vais pouvoir ranger mes chiffons, mon plumeau, hmm, ça fait du bien, ça sent le propre, et bien voilà, c’est reparti, finalement, c’était pas si difficile de recommencer à bloguer…

book, vook, nook…

10 novembre 2009

Je suis en train de préparer une courte intervention que je dois faire le 26 novembre prochain à une journée d’études organisée à la BNF sur l’avenir du livre de jeunesse.

C’est en recherchant des exemples de livres numériques destinés aux enfants que j’ai redécouvert le site de l’ICDL, ou “International Children’s digital library“, une bibliothèque numérique mondiale de livres pour la jeunesse. Un projet financé par plusieurs institutions publiques et des sociétés privées américaines ( National Science Foundation, Institute of Museum and Library Services,  Microsoft,  Adobe). l’ICDL permet d’accéder, en 11 langues à des livres issus de  42 pays. Livres anciens du domaine public (dont ce délicieux Bébé sait lire), ou livres plus récents dont les ayants-droit ont autorisé la numérisation et la publication en ligne, comme cette version hongroise et toute en images du Petit Chaperon Rouge. Extrait de la lettre du directeur, publiée sur le site :

“De tout ce que la Bibliothèque accomplit, ce qui nous donne le plus de fierté est le fait que nous avons des centaines de volontaires tout autour du monde qui forment la véritable équipe de la Bibliothèque. Ils identifient de merveilleux livres pour la Collection, ils s’occupent des droits, ils envoient les livres physiques ou les fichiers des livres scannés. Ils donnent la parole aux utilisateurs. Bref, ils sont la Bibliothèque. Pas un jour ne passe sans qu’ici, à la Fondation, nous ne soyons émerveillés par leur bonne volonté et leur patient acharnement.”

Le design est un peu rustique, mais on trouve très vite comment naviguer parmi les livres, et la consultation est agréable. (Tiens, à propos de consultation et de feuilletage,  cela me permet de rebondir au passage, comme l’a déjà fait Hubert, sur le passionnant article à propos de Calameo paru sur NT2).

Lorsque  je travaillais pour les enfants, avec l’équipe de Tralalère et avant, lorsque je participais à la réalisation de cédéroms interactifs jeune public, le livre était tout à fait en dehors du champ de mes préoccupations (professionnelles, car à la maison je hissais mes enfants encore petits sur mes genoux pour leur raconter les aventures de Biboundé ). Livre et numérique étaient deux mondes bien distincts. Je n’avais  pas vraiment été  fan du livre de Lulu, qui déjà simulait - de manière très réussie d’aileurs -  à l’écran  un livre dont les pages se tournent. Au premier plan de toutes nos réflexions de l’époque : l’interactivité, l’ergonomie des interfaces, le graphisme, l’ajout de sons, d’animations, et le fait de profiter à fond des possibilités offertes par un ordinateur. Les livres étaient en papier, tous ces trucs qu’on faisait avec le numérique, ce n’étaient pas des livres. On ne pensait pas aux livres. Et même, le fait d’imiter un livre me semblait une absurdité, un anachronisme. Rien ne se faisait “contre” le livre. On n’évoquait pas Gutenberg à chaque instant, ni  la bonne-odeur-de-l’encre-et-du-papier. On apprivoisait ces drôles de machines, encore bien poussives, chères, et pas encore massivement  connectées à Internet en train d’apparaitre.

Aujourd’hui, on ne dit plus un enfant, on dit un digital native. On fabrique  quand-même des dessins animés pour leur apprendre à bien se servir du web, aux digital natives.  On donne des tas de conseils aux parents sur le moyen de donner à leurs enfants le goût de lire. On réfléchit à ce que sont les lectures industrielles.  Est-ce qu’ils vont s’acheter des nook, les digital natives ?  Est-ce qu’ils voudront lire/regarder des  vook ?

Et moi,  il va bien falloir que je poursuive cette réflexion et y mettre un peu d’ordre d’ici le 26 novembre…

Petite planète

4 novembre 2009

C’est une banalité, je sais , mais pardonnez-moi, je suis un peu rouillée, à force de NE PAS bloguer, et j’ai perdu un peu la forme : nous vivons sur une petite planète… Ainsi, un peu par hasard, en l’espace d’une semaine, j’ai eu l’occasion de rencontrer des éditeurs américains, la semaine dernière, et australiens, aujourd’hui, pour parler boutique avec eux. Boutique, c’est à dire : édition, numérique et tutti quanti.

Petite planète ? Certainement pour mes interlocuteurs australiens, venus de Lonely Planet (Melbourne), et pour qui Paris était une étape dans un véritable tour du monde (normal pour des éditeurs de guide de voyage) qu’ils faisaient afin de rencontrer des éditeurs, éditeurs de livres mais aussi de l’univers de la presse. Ils s’étaient arrêtés à Singapour et à l’heure qu’il est doivent déjà être arrivés à Londres, avant de partir pour les Etats-Unis.

Petite planète : le contact s’établit immédiatement. Leurs questions sont les mêmes que les nôtres, leurs approches très similaires. A des milliers de kilomètres les uns des autres, nous avons imaginé les mêmes solutions aux mêmes problèmes. Nous échangeons nos cartes de visites, nous promettons aussi de nous envoyer mutuellement les URL de nos blogs, parce qu’ils bloguent aussi, et prennent avec leur iPhone les photos qui vont illustrer leurs prochains posts relatant leur voyage (je donnerai le lien lorsque je l’aurai reçu.)

Eux aussi doivent gérer une double approche “print / digital”, continuer de produire des livres, commencer à les produire en numérique, considérer leur clients autrement, changer leur manière de communiquer avec eux, intégrer progressivement le numérique dans les process en associant les éditeurs et les auteurs, imaginer le voyageur de demain, anticiper sur ses besoins, proposer des accès diversifiés aux informations, permettre à ces mêmes voyageurs de participer à la mise à jour des informations, réfléchir à l’impression à la demande (pas toujours de réseau ou d’élcectricité dans les régions que leurs clients parcourent), répondre à des questions apparemment (mais seulement apparemment) simples sur la manière d’identifier et de gérer des éléments de contenu plus petits que le livre (un ISBN par chapitre ? ) etc. etc.

La semaine dernière, j’ai dialogué deux heures avec une délégation d’éditeurs américains, venus passer, grâce à un programme organisé par la Maison des Cultures du Monde pour une semaine à Paris pour rencontrer des éditeurs et différents autres acteurs du monde de l’édition. Parmi eux, Chad Post, que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer à Francfort lors de la journée TOC organisée par O’Reilly. Nous étions côte à côte lors d’une table ronde modérée par Richard Nash. Chad dirige Open Letter Books, une maison d’édition universitaire (Université de Rochester), entièrement consacrée à la littérature étrangère, dans une université qui forme des traducteurs.

Chad anime aussi un blog, Three Percent, (j’aimerais bien lui demander 3% de quoi  mais je me doute que c’est un chiffre qui doit démontrer la difficulté de diffuser aux Etats-Unis la littérature étrangère…), dans lequel il relate dans de longs billets détaillés et très agréables à lire le détail de son voyage à Paris.

Petit planète : parmi les éditeurs se trouve Julia Cheiffetz, de chez Harper Studio, dont je suis régulièrement le blog. Non que Harper Studio soit une maison d’édition spécialement orientée vers la production de livres numériques, mais c’est une maison récemment créé qui sert un peu de laboratoire au groupe Harper Collins pour essayer de nouveaux modèles : utilisation de médias sociaux pour le promotion des livres, et pour instaurer une nouvelle relation avec les lecteurs, pas d’avance aux auteurs mais des royalties plus importantes, des ventes fermes aux libraires (sans retour possible), entre autres. Et comme toujours, cette impression de retrouver quelqu’un que l’on suivait déjà en ligne depuis un moment  quand on le rencontre IRL pour la première fois. Julia aussi a chroniqué son voyage, dans un billet titré “The Sans-Culottes of the Digital Revolution and What We Can Learn From Them“, citant au passage François Bon et Léo Scheer.

Ça me donne envie de voyager moi aussi, tiens. Être celle qui découvre, pose les questions, prend des photos, et les publie sur son blog…

Nuages, nuages…

26 octobre 2009

Il n’est pas question de l’édition, ni, à aucun moment, du livre, dans cet article de the Economist, qui commence par nous parler de Windows 7, dont, je dois dire, je me soucie  fort peu, pas plus que je ne me suis intéressée à Vista dont la seule chose que je peux dire à son sujet est que,  depuis qu’il l’utilise, l’homme de ma vie semble avoir enrichi son vocabulaire de jurons.

Mais le lancement de Windows 7 est présenté, dans cet article, non comme le commencement de quelque chose, mais bien comme la fin d’une époque pour les systèmes d’exploitation, et dans les rivalités qui existent entre les géants de l’informatique. Le centre de gravité, avec le Cloud Computing, s’est déplacé.

“L’avènement du cloud computing ne se contente pas de déplacer le centre de gravité de Microsoft. Cela modifie la nature de la concurrence au sein de l’industrie informatique. Les développements technologiques ont poussé la puissance de calcul en dehors des hubs centraux : d’abord des  ordinateurs centraux  vers les minis, ensuite vers les PC. Maintenant, la combinaison de processeurs de plus en plus puissants  et de moins en moins chers, et de réseaux toujours plus rapides et doués d’ubiquité, renvoie la puissance vers le  centre en quelque sorte, et même bien au delà, peut-être. Les “données dans le nuage” sont, en effet, comme hébergées dans un gros ordinateur  central, sauf que cet ordinateur est public et mutualisé. Et au même moment, le PC est bousculé par une série de terminaux plus petits, comme les smartphones, les netbooks, et peut-être bientôt, les tablettes (des ordinateurs à écran tactile de la taille d’un livre). “

Il pourrait être tentant de considérer “l’informatique à la demande” telle qu’elle est proposée avec le Cloud Computing comme un retour vers  l’informatique dite “mainframe”, avec ses ordinateurs centraux et ses terminaux. Mais les choses sont cependant bien différentes et la comparaison ne tient pas vraiment la route.

On est bien loin du livre, apparemment. Loin ? Pas si sûr. Car parmi les géants du Cloud Computing, deux ont fait récemment des annonces qui confirment leur intérêt pour le livre :
- Google avec son programme Google Editions, dont le démarrage est prévu courant 2010, j’évoque la chose dans mon précédent billet.
- Amazon, avec l’annonce de son Kindle international, qui vient déjouer les prévisions : il avait été question d’une arrivée du Kindle au Royaume-Uni, suivie d’une ouverture en France et en Allemagne. Cela se fera peut-être aussi, mais Amazon, avec cette annonce, empêche Google d’occuper seul l’espace des médias, qui, ces dernières semaines, font une place considérable à tout ce qui concerne le livre numérique.

Le troisième, Apple, laisse se développer un gros buzz  au sujet de la tablette tactile qui pourrait voir le jour en janvier, et occupe déjà le terrain de la lecture numérique avec le couple iPhone/iPod. Il prend pied aussi dans le Cloud Computing, investissant dans la construction d’un énorme datacenter.

Ces géants de l’informatique et des réseaux s’intéressent à nous. Intéressons-nous à eux, essayons de suivre leurs mouvements, de comprendre ce qui les rassemble et les oppose, les buts qu’ils poursuivent, ce qui les fait courir, toujours plus vite, toujours plus loin.

Première messe

17 octobre 2009

messeJ’en ai croisé qui disaient : c’est ma 42ème, l’un en est même à sa 53ème. Moi, c’était ma première Foire de Francfort, ma première « messe » disent les allemands.
Je n’aime pas beaucoup les foires et les salons, lumières artificielles, bruit de fond, kilomètres de moquette et de mobilier de stand. Mais à Francfort, étrangement, alors que tout est multiplié par dix  (plusieurs halls immenses, chacun sur plusieurs étages, et des kilomètres de couloirs que des tapis roulants tentent de raccourcir), je passe plusieurs jours passionnants, où s’enchainent les rencontres.

Entre les rendez-vous, je m’aventure :

- au pavillon de l’invité d’honneur, cette année la Chine, ou une belle expo nous rappelle l’histoire de l’écriture, et que les Chinois avaient inventé l’imprimerie bien avant notre Gutenberg. Je suis toujours émue d’une manière assez inexplicable devant les témoignages des premiers temps de l’écriture : signes gravés sur une carapace de tortue, un os, une pierre.

tortue

chinoisliseuses

Il suffit de tourner la tête, et on tombe sur une série de liseuses suspendues au dessus d’une rangée d’ordinateurs, toujours des signes, des mots, toujours du sens qui circule entre les gens.

- à l’étage des agents, dont quelqu’un m’a dit qu’il fallait que j’aille au moins y jeter un coup d’œil. Ici, pas de stands tape à l’œil, pas de livres exposés. Des rangées de tables étroites, avec des chaises de part et d’autre, et des dizaines de paires de gens en train de discuter.

agents01

- dans la grande cour centrale, entre les halls immenses, pour déjeuner de saucisses et de pain, emmitouflée dans mon manteau. Une éditrice me l’a bien dit ce matin : « Francfort, pour moi, ça veut dire que l’hiver arrive. »

- dans le Hall 8, celui des anglo-saxons, dont l’ambiance est bien différente du 6, où sont regroupés les français avec d’autres. Mais je ne suis pas là tellement pour comparer les stands impressionnants des uns et des autres, je cherche Mike Shatzkin, qui partage un stand avec quelques autres consultants, et après quelques tours de piste, car il est sans arrêt occupé à discuter avec quelqu’un, je finis par le trouver seul, et passe un bon moment à discuter avec lui. Il est si chaleureux que j’en ai oublié mon anglais hésitant. Il me glisse une pub pour un événement qu’il organise à New York en janvier,  j’aimerais bien y aller.

Avant la “Messe”, il y a eu la journée TOC organisée par O’Reilly. J’ai entendu Sara Lloyd, dont j’avais aidé Hubert et Alain à traduire le « digital manifesto » l’an dernier. Elle est suivie par Cory Doctorow, dont l’intervention qui pourfend les DRM sera pas mal commentée le lendemain sur la foire, tout comme la conférence sur le piratage de Brian O’Leary, qui tend à démontrer, sur un nombre limité de titres d’O’Reilly, que la mise à disposition non autorisée par l’éditeur des fichiers des livres numériques sur des réseaux peer to peer, le piratage,  tendrait plutôt à favoriser les ventes. Certains (essentiellement un article de the Bookseller, qui est distribué sous format imprimé gratuitement partout dans la foire,  laisse entendre que des éditeurs accusent Andrew Savikas, qui a organisé l’événement, d’en avoir fait un événement plus orienté « informaticiens » que « éditeurs », et de mettre en avant les expériences d’O’Reilly qui édite des livres bien particuliers, essentiellement destinés aux développeurs, en laissant entendre abusivement que ses expériences pourraient fonctionner tout aussi bien pour l’édition grand public.

Je ne sais pas bien de quel côté j’aurai fait pencher la balance, avec mon intervention de l’après-midi : je suis bien quelqu’un “de l’édition”, et je ne suis pas informaticienne. Pourtant, je dis,  entre autres choses, dans cette intervention : « éditeurs, il va vous  falloir être un peu plus proches de la technologie. Les livres vont devenir numériques, vous vivrez dans un univers un peu plus technique, et il faudra bien vous y mettre un peu, si vous voulez maîtriser ce qui s’en vient. »

Les critiques faites à Savikas me semblent bien peu justifiées. Les commentaires de Sara Lloyd ont été, elle le précise en commentaire sur le blog de TOC,  sortis de leur contexte. Je conçois que certains soient agacés par les prises de position de Cory Doctorow. Mais déformer la pensée de Sara et essayer de jeter le doute sur la qualité de l’événement organisé par les équipes d’O’Reilly me semble un procédé assez douteux. C’est tentant de trouver quelqu’un sur qui taper lorsque l’on réalise qu’il va falloir changer, et vite, si on ne veut pas se trouver complètement dépassé par un monde qui change à toute vitesse. C’est tentant de tomber à bras raccourcis sur celui qui essaie de regarder loin devant et dit « préparez-vous, accrochez-vous, ça va remuer ! ».

Les interventions auxquelles j’ai assistées au TOC n’étaient pas spécialement techniques. Même la présentation faite par Peter Brantley de l’OPDS n’était pas technique, ce qui est une prouesse lorsque l’on parle d’un sujet pareil. Et cette façon d’essayer de minorer l’intérêt d’un événement en stigmatisant ses intervenants et son public est vraiment assez désagréable. On dit « c’est un truc de geeks », et on retourne ne rien faire à propos du numérique, en se disant « il n’y a pas de marché ». On pourra ajouter quelques propos nostalgiques sur l’odeur de la colle et le toucher du papier…

Pour plus de détails, voir le blog TOC, avec les commentaires.

Pendant que je projetais des photos de nuages et essayais d’imaginer, en vilaine geek que je suis, ce que pourrait être le « Cloud Publishing », les rois du Cloud Computing faisaient, dans la salle à côté, l’annonce de l’ouverture prochaine de Google Editions. Cela avait été déjà annoncé il y a plusieurs mois, mais cette fois, même si aucune date d’ouverture n’est encore annoncée, cela semble plus proche, courant 2010.

Cela fait des années qu’on savait que cela allait arriver : les géants du web s’approchent à grand pas et font trembler le sol sous leurs bottes de sept lieues. Seront-ils aussi amicaux que les géants de Royal de Luxe qui ont investi Berlin à l’occasion du début des festivités liées à  l’anniversaire de la chute du mur ?