Yoyo

photo 2Le Forum de Tokyo n’avait pas lieu à Tokyo : pour m’y rendre, je n’ai pas pris l’avion, mais le RER C, et je suis descendue au pont de l’Alma que j’ai traversé en saluant affectueusement la tour Eiffel au passage. Puis j’ai dirigé mes pas vers le Yoyo, et suis descendue dans une salle située au sous-sol du Palais de Tokyo,  qui abrita brièvement les projections de la Cinémathèque Française, et est devenue un «  Un nouvel espace contemporain modulable dédié à la scène artistique, culturelle et événementielle«  .

Le Forum de Tokyo, organisé à l’initiative de l’AFDEL et du think-tank renaissance numérique, rassemblait pour une demi journée des professionnels du «  monde de la culture  » et des «  acteurs numériques  ».

Je ne résumerai pas les débats, dont on peut se faire une idée avec le hashtag #forumtokyo sur Twitter, ou voir la vidéo ici. Mais je vais me livrer à l’exercice privilégié du blogueur : je vais essayer de réfléchir tout haut sur cet événement, et tenter de mettre au point un faisceau encore assez flou de pensées concernant la relation entre le «  monde de la culture  » et les «  acteurs du numérique  », qui me turlupine depuis un moment.

En quittant le Yoyo, je pensais que l’opposition de deux mondes, celui de la culture et celui du numérique, était vraiment curieuse. Nous avons tous besoin de repères, et il est commode de schématiser, et de mettre dans des petites boîtes faciles à empiler ce qui nous dépasse par sa complexité. On aurait ainsi d’un côté les acteurs traditionnels, tous ces gens qui s’occupent à plein temps de faire en sorte qu’existent des livres, des films, des œuvres musicales, des programmes de télévision, des journaux. Et de l’autre, les acteurs numériques, tous ceux qui s’occupent à plein temps de…  changer le monde, un pixel après l’autre.

Il me semble plutôt quant à moi vivre dans un monde en mouvement, où les métiers se complexifient, où les frontières deviennent poreuses, et où le numérique concerne chacun et pas seulement les startups ou les géants du web. Si on reproche au monde de la culture de se cramponner à ses anciens privilèges de gatekeepers, il faut prendre garde de ne pas créer de nouvelles barrières, de nouveaux privilèges, de ne pas laisser confisquer le numérique, l’innovation, le changement par quelques uns. J’essaye toujours, avec parfois de la fatigue, de plaider pour l’hybridation, pour l’échange et l’écoute, pour la curiosité. Nombreux malheureusement sont ceux qui n’aiment regarder le monde que de là où ils sont assis, et considèrent que leur  point de vue est le seul qui vaille.

Les acteurs traditionnels savent que les objets dont ils s’occupent à plein temps, livres, films, musique, programmes audio-visuels, journaux, ne sont pas des «  produits comme les autres  ». Jetés dans un monde marchand, ces objets sont effectivement susceptibles d’être achetés et vendus et l’activité de création de ces acteurs se double d’une activité commerciale qui constitue un secteur économique important. Cependant le statut de ces objets diffère de celui de bien d’autres : ils ne sont pas exactement «  consommés  ».  On en prend connaissance, et cette connaissance demeure dans les mémoires. Ils concernent les individus mais aussi les relations entre les individus, organisent la pensée, les échanges, la sociabilité, la politique. Ce sont des objets de conscience, des objets de pensée, des objets de rêve. Une autre caractéristique fait que ces objets ne sont pas comme les autres ; ils sont tous numérisables. On peut numériser un livre, un morceau de musique, un film, une série télévisée, et pas une montre, un camion ou une bouteille de vin.

On a cru un moment que cela signifierait que seuls ces domaines, ceux travaillant sur des objets numérisables allaient être bouleversés  par le numérique. On s’aperçoit depuis quelques années qu’il n’est nul besoin que l’objet dont vous faites commerce soit numérisable pour que le numérique impacte très fortement une activité. Amazon a plus d’impact aujourd’hui en France sur les libraires par son activité de vente en ligne de livres imprimés que par la vente de livres numériques. Les biens mis en location via AirBnb ou les voitures que vous pouvez commander via Uber sont composés d’atomes et non de bits, et pourtant l’activité hôtelière et celle des taxis sont touchés avec l’arrivée de ces entreprises par une concurrence bien réelle.

Pensée post Yoyo numéro un :

La révolution numérique ne concerne pas exclusivement les activités qui concernent des objets «  numérisables  ». Elle est une conséquence de la généralisation de l’usage du web (avec le turbo que constitue la mobilité) : un poids nouveau des clients / usagers / utilisateurs / consommateurs, la possibilité pour les gens comme vous et moi de faire entendre leur avis, et l’arrivée de plateformes qui rendent possible des actions autrefois impensables.

Pour ceux qui produisent des biens    »numérisables  », c’est un double changement   :
1) le même changement que tous les autres acteurs économiques, lié à l’usage du web qui se généralise et à la puissance des plateformes susceptibles d’en exploiter tous les  avantages.
2) le fait que les biens dont on parle sont numérisables, et susceptibles d’évoluer non seulement dans la manière dont ils sont commercialisés, mais aussi dans la manière dont ils sont conçus, fabriqués, acheminés et utilisés, voire dans leur statut ou leur définition.

Pensée post Yoyo numéro 2 :

Là où les acteurs traditionnels diffèrent très fortement les uns des autres, c’est dans les différences d’expériences que proposent leurs versions numériques respectives vis à vis de l’expérience analogique. Le degré de substituabilité varie très fortement, et ce degré conditionne fortement les conséquences de la numérisation sur les usages et sur les conditions de circulation de ces objets.

Bruno Patino indique que les expériences autour d’une œuvre ne sont pas substituables, et par expérience il entend le tryptique œuvre – interface – contexte d’utilisation.

Je suis d’accord sur sa définition de l’expérience autour d’une œuvre, mais je crois que cette expérience dispose d’un degré de substituabilité qui varie selon les types d’objets, et qui conditionne forcément la vitesse et la profondeur des bouleversements apportés par le numérique à l’activité concernée. Il me semble que ce degré est très élevé pour la musique, beaucoup moins pour le livre, et effectivement, beaucoup plus faible encore pour l’audio-visuel (dont parlait Bruno Patino).  Et que ceci explique que la musique a été la première touchée par la vague, que le livre a suivi, et que l’audio-visuel est concerné à son tour.

Je crois aussi que plus on est un amateur averti dans un domaine artistique, plus on est cultivé dans ce domaine, moins l’expérience est substituable. Le mélomane entend des différences que d’autres n’entendent pas, tout comme le cinéphile voit des détails que d’autres ne perçoivent pas. Il en est de même pour les livres : le lecteur savant s’enchantera de la présence d’un moteur de recherche,  l’amateur de littérature souffrira plus qu’un autre de la mise en page encore améliorable de nombreux livres numériques. Mais le fait que les expériences sont non substituables n’indique pas qu’il faille en rejeter certaines à priori : cela permet au contraire de les juxtaposer, de les additionner, ce qui peut convenir à l’amateur, au mélomane comme au cinéphile ou au lecteur cultivé.

Voilà quelques pensées post-yoyo, j’en ai eu quelques autres mais je suis à court de temps. Il y aurait  aussi beaucoup à dire sur le livre blanc publié à cette occasion (grâce à  Librinova pour la version numérique), mais non, non, je m’arrête là. Maintenant, c’est à vous de parler : quelles ont été vos pensées post-yoyo, si vous étiez là où si vous vu la vidéo ou lu le livre blanc ?

Ello : je n’ai pas pu m’en empêcher

Capture d’écran 2014-10-04 à 18.50.12C’est plus fort que moi. Je ne me peux pas m’en empêcher. Dès qu’apparaît un nouveau réseau social, il faut que je dégote une invitation, et que j’aille m’y promener. Les plâtres sont encore frais, la peinture n’a pas fini de sécher, mais c’est cela que je préfère, un lieu sur le web encore peu fréquenté, où on crie «  ouh ouh  » dans les couloirs pour essayer de trouver quelqu’un à qui parler. En fait, cette fois-ci, on ne crie pas «  ouh ouh  », on crie «  Ello  »  (sans H).

Grâce à Sebastian Posth, qui m’a gentiment envoyé une invite, je me suis retrouvée un soir en train d’accomplir les incontournables petits gestes que l’on fait lorsque l’on débarque sur un nouveau réseau : charger une photo, écrire les quelques mots qui disent ce que vous voulez que les autres sachent de vous au premier regard, choisir un mot de passe difficile à deviner et pas trop facile à oublier.

Et puis on plonge. Tiens, Christine Génin est là, et Olivier Ertzscheid, et Daniel Bourrion. Autrefois j’aurais dit y avoir retrouvé    »tout mon agrégateur  », du temps de la blogosphère du livre. Aujourd’hui, je dirais plutôt que je croise des habitants de ma Twitt Line. Que font les gens ici ? Que racontent-ils ? En quoi c’est différent de Facebook, à part le fait qu’il n’y a pas de pub ?

Difficile de choisir qui suivre, un peu comme il n’est pas toujours simple de choisir à qui parler lorsqu’on arrive dans une soirée où on ne connaît personne. Commencer par écouter. Attraper un fil et le suivre. Reconnaître un nom, lire ce qu’il a posté, voir qui sont ses followers, et qui il suit.

Ceux qui ont à leur actif le plus grand nombre de posts forment le premier cercle de ceux qui, proches des fondateurs du site, l’ont utilisé en mode privé, avant même l’ouverture en version beta en avril dernier.  Curieuse (oui, je sais), je cherche à en savoir plus sur les fondateurs. Je trouve le site de Paul Budnitz, et sa page de présentation. Je lis une interview dans laquelle il explique ainsi le brutal succès d’Ello, qui intervient avant même que le site soit ouvert à tous :

Pourquoi Ello s’est mis à faire sensation ainsi, pratiquement d’un jour à l’autre ?

Paul Budnitz : Il y a eu un bon design, de la chance, et le fait d’arriver au bon moment. L’expérience sur tous les réseaux sociaux est devenue pénible, pour de nombreuses raisons, l’une d’entre elle étant bien sûr la pub. Et c’est clairement une préoccupation forte pour nous. Mais quand tu te débarrasses de la pub et de la fouille de données, tu es libre de te concentrer uniquement sur la qualité du design. Et donc je pense que c’est une combinaison de choses qui sont arrivées au même moment. Nous avons eu quelques bons articles dans la presse geek, et quelques fuites dans la presse allemande. Et ensuite Facebook a commencé à exclure de son réseau agressivement ceux qui n’utilisaient pas leur vrai nom. Et il y a eu une forte réaction à cela.

Mais Budnitz n’est pas l’unique fondateur. Il s’est associé à deux petites structures installées dans le Colorado, l’une à Boulder, centrée sur le design, Berger & Föhr, et l’autre à Denver, axée sur le développement, Mode Set. En me promenant de site en site, j’ai trouvé une interview de Berger & Föhr réalisée avant qu’ils aient commencé à travailler sur Ello. La société de Paul Budnitz était alors encore basée dans le Colorado également (avant de s’implanter dans le Vermont) et Paul était l’un de leurs clients. Le même site comporte une interview du directeur de Mode Set, Justin Gitlin.

Je lis aussi les réponses d’Antonio Casilli à Télérama, qui l’interroge sur la posture «  anti-Facebook  » de Ello, et la sincérité de ses fondateurs lorsqu’ils affirment ne pas être intéressés par les données de leurs utilisateurs.

Antonio ferait-il partie de ceux que Jay Rosen désigne comme des «  pré-mystificateurs  » (soit des «  démystificateurs agissant préventivement  ») ? Jay crée ce néologisme «  prebunking  » dans un post sur Ello que je traduis ainsi :

«  Pré-mystifier. C’est comme démystifier, mais sans avoir besoin d’attendre. Vous savez déjà que cela ne va pas marcher avant que cela ait vraiment démarré :  “Dites simplement non à Ello” 

Le pré-mystificateur fait partie de l’espèce journalistique connue sous le nom de “hype”, mais se présente comme son opposé : le “anti-hype”. Je dis qu’il relève du “hype”, parce qu’il éxagère le bruit fait par le phénomène nouveau de manière à montrer à quel point ce bruit est ridiculement gonflé. Comme par exemple ceci : “le réseau social le plus hot du moment va complètemnet mettre à terre ce cloaque capitaliste qu’est devenu Facebook”.
La pré-mystification, c’est du réalisme à bas prix.C’est un raccourci facile pour apparaître intelligent et mesuré, le seul adulte dans la pièce. Vous coupez court à l’excitation des gens en un soupir, et faites en sorte qu’ils s’agacent ensuite au moindre ballon gonflé. Un bon pré-mystificateur va glisser à la surface du phénomène en gémissant : “inutile de creuser plus, il n’y a rien à voir ici”.

J’ai toujours préféré creuser, quant à moi. M’inscrire. Fureter. Suivre des gens que je connais, d’autres que je ne connais pas. Commenter ici. Poster là. Laisser un peu de temps au temps, et voir de quelle manière une plateforme va évoluer. Peut-être suis-je imprudente ou naïve, mais je ne me fais pas un souci énorme pour mes données, depuis le temps, convaincue que c’est en exerçant son identité numérique que l’on apprend à la maîtriser, et que le web est un espace public, qu’il faut apprendre à habiter avec prudence mais sans crainte excessive. L’utilisation de mes données pour améliorer le ciblage publicitaire, pour le moment, me semble encore plutôt rudimentaire, et je me demande ce que font les data-scientists surpayés qui me valent de subir, depuis deux mois que j’ai acheté ma paire de Bensimon bleu marine, des propositions de paires de Bensimon bleu marine sur chaque page avec pub que je consulte. J’ai envie de lui dire, au data-scientist qui a bâclé son algorithme : «  bravo mon gars, t’as détecté que je m’étais acheté une paire de tennis. Trop fort. Maintenant, creuse-toi un peu la tête et essaye de me proposer autre chose. Je n’ai pas l’intention de me trimballer tout 2014-2015 en Bensimon bleu marine.  »

Retour sur Ello.

Les petits détails de design que j’aime :

- utiliser les flèches du clavier pour faire apparaitre et disparaitre les éléments de navigation situés à gauche de l’écran

- utiliser les touches F et N pour passer du flux «  Friends  » au flux «  Noise  ».

- les trois éléments d’édition de texte (gras, italique, ajout d’un lien) qui suffisent à mon bonheur sur un réseau social

Et aussi, l’absence de chats, de bébés chanteurs, et la sur-représentation en créateurs, artistes, musiciens, graphistes, designers de toutes sortes. Incontestablement, il souffle sur le Ello que je visite un esprit particulier, et qui me plaît.

Et en fait, c’est aussi plutôt agréable l’absence de publicité, finalement.

 

 

Nana, Clélia, NiNe et les autres

L’annonce du rachat de Twitch par Amazon a été l’occasion pour un grand nombre de «  non-gamers  » de découvrir une pratique qu’ils n’imaginaient pas. Nous autres «  gens-de-la-chaîne-du-livre  », comme nos amis aiment nous appeler, ne devrions-nous pas nous intéresser de près à ce qui se passe du côté de Twitch ?  Mike Shatzkin pose la question dans un billet dont je traduis un extrait :

«  Il y a longtemps que quelques visionnaires du monde de l’édition comme Bob Stein pensent que la révolution numérique pour les livres va, à long terme, ne pas se limiter à livraison et à la consommation des bon vieux textes tels qu’ils figurent depuis toujours dans les livres (ce à quoi la révolution du livre numérique s’est pratiquement limitée jusqu’à présent), mais que progressivement, ce que nous appelons un «  livre  » allait devenir quelque chose de complètement différent. Stein porte un intérêt tout particulier au livre en temps que production contributive, dans laquelle les commentaires et les annotations de nombreux lecteurs peuvent s’ajouter à la propriété intellectuelle initiale pour les lecteurs qui suivent. Stein m’a dit qu’il voyait cela (l’acquisition de Twitch) comme un «  game-changer  » (probablement un jeu de mot intentionnel), qui positionnait Amazon en chef de file dans le monde du jeu. Il considère également le phénomène du second écran tel qu’il existe dans Twitch comme extensible à d’autres événements en direct, comme les concerts et les lectures et même la télévision. Il a véritablement suivi les jeux vidéo depuis très longtemps.

Richard Nash exprime une idée similaire dans une récente intervention  : celle qui dit que les livres numériques impliquent que les livres ne sont plus des objets, mais des «  services de lecture  ». Est-ce que Twitch montre le chemin aussi pour cela ? Sommes-nous sur le point de «  regarder des gens lire  » en nombre significatif ?  »

Regarder des gens lire ? Je vous vois sursauter, incrédules. Qui, mais qui donc ferait ça ? Quel intérêt ? Direction Youtube. Je recherche successivement avec les expressions «  critique littéraire  », «  dans ma PAL  » et «  booktubeuse  ». Parmi les nombreuses vidéos de Booktubeuses, (oui, un nom qui est au féminin, parce que comme les blogueuses du livre, l’immense majorité de ceux qui chroniquent leurs lectures sur YouTube sont des femmes) je tombe sur une vidéo d’une jeune femme prénommée Nana, qui a créé sa chaîne sur YouTube à laquelle 1253 personnes sont abonnées. Cette vidéo, elle l’a publiée il y a un an, pour fêter le deuxième anniversaire de sa chaîne. Nana a réalisé un clip d’une durée  d’un peu plus de 6 minutes, sur un fond musical, dans lequel il y a trois parties : la préparation à la lecture, la lecture, la chronique de la lecture. On voit successivement   : Nana parcourir sa bibliothèque, choisir un livre, se faire du thé, allumer une bougie, s’installer à plat ventre sur son lit, lire, puis lire sur le dos, on la voit feuilleter le livre. Plus tard, elle pose son livre près de l’ordinateur, allume celui-ci, se connecte sur son  blog et commence à le chroniquer.

Avant la lecture, Nana se prépare une tasse de thé, et filme toutes les étapes de l’opération.
Bouilloire préparation thé de NanaTasse de thé de Nana

Plusieurs plans ensuite montrent Nana en train de lire sur son lit, dans différentes positions.

Nana lit à plat ventre sur son lit Nana lit allongée sur le dos Nana lit à plat ventre
Enfin Nana se filme en train de chroniquer son livre sur son blog :
Ordinateur de Nana

La réponse est donnée à la question posée dans l’article de Mike. Oui, il y a des gens qui aiment en regarder d’autres lire, tout comme il y a (certes, en bien plus grand nombre) des gens pour aimer en regarder d’autres jouer à Dota 2 sur Twitch. Et le clip est plutôt bien apprécié, les commentaires sont positifs :  Capture d'écran 2014-09-07 12.40.10

Malgré une allusion à la liseuse Kobo dans les commentaires, c’est le livre imprimé qui est mis en scène  dans les vidéos de Booktubeuses   : elles se filment souvent devant leur bibliothèque, saisissent les volumes, les brandissent, les rapprochent de la caméra, les lui présentent recto puis verso, les feuillettent. La PAL (Pile A Lire) tient une place importante, et  sa représentation sert même d’illustration d’ouverture sur certaines vidéos. L’autre ingrédient essentiel des vidéos est la parole. Une parole rapide, vive, énergique. Les jeunes femmes se saisissent des livres, et en parlent à la caméra comme elles en parleraient à leur meilleure amie. Simplement, le discours est souvent émaillé de formules qui elles, ne pourraient figurer dans une conversation amicale, des formules qui soulignent l’exercice qui s’accomplit : les Booktubeuses s’adressent à leur audience, soulignent des évolutions dans leur choix de mise en scène, communiquent au sujet de leur propre chaîne comme cela se fait à la télévision. Cela pourrait agacer, bien au contraire, cela aide à définir le genre, cela les inscrit dans une pratique que ces formules aident à identifier, tout comme d’autres habitudes spécifiques à cette communauté. Certaines existaient déjà chez les blogueuses du livre, comme le swap, qui consiste à s’échanger des colis de livres, dont la présentation doit être soignée et importe autant que le contenu du colis, qui contient généralement des petits cadeaux, des douceurs, des friandises en plus des livres. Un swap de livres numériques serait difficilement aussi photogénique, sans parler (s’il vous plaît, pas cette fois) des DRM qui le rendent – théoriquement – infaisable.  Les swaps sont l’occasion de tourner des vidéos, le déballage du colis étant mis en scène à l’écran, et certaines vidéos intègrent des inserts de texte donnant des précisions sur un titre au moment ou le livre est déballé, comme ici :

Capture d’écran 2014-09-07 à 17.29.256 416 personnes sont venues voir NiNe ouvrir son colis. Mais NiNe, qui a publié plusieurs vidéos à propos de liseuses, dont j’ai l’impression que certaines sont sponsorisées, indique en commentaire de l’une de ces vidéos qu’elle préfère lire sur liseuse, et ne lit sur papier que lorsqu’elle ne peut pas faire autrement.

Une autre rubrique récurrente pour les Youtubeurs en général et pour les Booktubeuses en particulier : «  In my mailbox  » : il s’agit de mentionner plus ou moins en détail les livres que l’on a reçu par la poste, ceux  que l’on a acheté ou dont on vous a fait cadeau.

Le Courrier International a traduit cet été de larges extraits d’un article de Cintia Perazo publié le 27 juillet 2014 dans La Nación, à Buenos Aires. L’Express s’est basé sur cet article pour publier le sien, fin août.

Je laisse Clélia conclure ce billet, elle répond avec beaucoup de simplicité et de gentillesse à des questions que vous vous posez peut-être sur les Booktubeurs, en se livrant à un autre des exercices de style de la communauté, la réponse à un Tag, ( le fait de devoir répondre à une liste de questions, et de faire ensuite parvenir cette liste à d’autres Booktubeurs). Elle s’étonne, vers la fin de la vidéo, du fait que les Booktubeurs français demeurent encore un mouvement relativement confidentiel, les chaînes les plus populaires n’atteignant pas les 10 000 abonnés, alors que dans le monde anglo-saxon et hispanophone il a déjà pris une ampleur beaucoup plus importante.

Le Tag, cette fois-ci, était nommé «  confessions d’un booktubeur  » :

Et voici les Booktubeurs cités dans cette vidéo :

Claudia : http://www.youtube.com/channel/UCK-1i…
Nine : http://www.youtube.com/channel/UCvpC3…
Manon : http://www.youtube.com/channel/UCqdvd…  : http://www.youtube.com/channel/UCv4do…
Matilda : http://www.youtube.com/channel/UCLCvK…
Angélique : http://livroscope.blogspot.fr
Mathieu  (oui, un garçon !) : http://www.youtube.com/channel/UCyUUO…
OhlalaChick : http://www.youtube.com/channel/UCuYJh…
LeBaldesLivres : http://www.youtube.com/channel/UC3sf3…
TheArwette : http://www.youtube.com/channel/UC22Vp…

Je ne suis pas certaine que Bob Stein a cela en tête, lorsqu’il parle de lecture sociale. Les différents dispositifs qu’il a mis en place successivement étaient bien plus centrés sur l’écrit, et sur le moyen de mettre en regard du texte initial les commentaires produits par des lecteurs. Il sera intéressant de voir si les dispositifs de lecture sociale intégreront à plus ou moins brève échéance des fonctionnalités de commentaire audio ou vidéo. Si l’on voulait pousser l’analogie avec Twitch, il faudrait qu’en plus de parler de leurs livres en les montrant, les booktubeuses puissent réellement lire en direct, tout en commentant leur lecture… Ce que j’ai vu jusqu’à présent, ce sont des expériences d’écriture en direct, ou parfois de lectures synchronisées.

Je crois qu’en réalité on n’a encore rien vu. Je crois aussi que de cette familiarité avec le langage audio-visuel, de cette aisance avec l’écran, la caméra, le maniement de sa propre image et l’usage de sa propre voix, vont surgir progressivement des formes d’expression dont nous n’avons pas encore idée. Pour l’instant, le livre tient une place centrale dans les vidéos présentées, et le phénomène n’a pas échappé aux éditeurs, qui adressent les leurs aux Booktubeurs comme ils en adressent depuis longtemps maintenant aux blogueurs du livre. 

On ne se refait pas.

w3c
Un groupe de travail sur l’annotation vient d’être créé au sein du W3C. Pour une introduction à quelques uns des problèmes posés par l’annotation des textes électroniques, je renvoie à ce billet de Marc Jahjah, qui date (déjà !) de 2011 (et fait, à la fin, allusion au défunt et magnifique site Small Demons…). Bon, si vous n’êtes pas complètement épuisé après la lecture du billet de Marc… je reprends.

Le but de ce groupe de travail est (je traduis),

… de fournir une approche ouverte pour l’annotation, la rendant possible dans les navigateurs et les systèmes de lecture, les librairies JavaScript et d’autres outils, de développer un écosystème d’annotation permettant aux utilisateurs d’avoir accès à leurs annotations depuis des environnement variés, d’être en mesure de les partager, de les archiver, et de les utiliser comme ils l’entendent.

Concrètement, cela signifie que le groupe de travail se donne pour objectif la fourniture d’ici  juillet 2016 des éléments suivants (je traduis encore)   :

1- Un modèle de données abstrait
2- Un vocabulaire : un vocabulaire précis décrivant/définissant le modèle de données
3- Des sérialisations : un ou deux formats de sérialisation du modèle de données abstrait, tels que JSON/JSON/-LD ou HTML
4- Une API HTML : Une spécification API pour  créer, éditer, accéder, rechercher, gérer et par ailleurs de manipuler les annotations via HTTP.
5 – Une API côté client : une interface de scripts et des événements pour faciliter la création de systèmes d’annotations dans un navigateur, un système de lecture, un plugin Javascript.
6 – Un système d’ancrage pour les liens : un ou plusieurs mécanismes pour déterminer une série d’éléments de texte ou d’extraits d’autres média, qui pourront servir de cible pour une annotation, d’une manière prédictible et interopérable, avec une persistance lorsque le document subit certains changements ; ces mécanismes doivent fonctionner en HTML5 et doivent pouvoir s’étendre à des types de média et des formats additionnels.

Sans surprise, on trouve parmi les fondateurs de ce groupe de travail Ivan Hermann, du W3C, qui anime déjà, avec Liza Daily ( Safari Books Online ) et Markus Gylling (IDPF et consortium Daisy) le Digital Publishing Interest Group , un groupe qui n’a pas vocation à publier des recommandations, mais à s’assurer que les exigences liées à l’édition électronique soient prises en compte, lorsque cela est pertinent, par les recommandations publiées par le W3C. Le Digital Publishing Interest Group a déjà un projet qui cherche des manières d’adapter le draft du Groupe Open Annotation pour un usage en EPUB3. Ce travail, indique le communiqué,

   » pourrait mettre en évidence des besoins nouveaux en ce qui concerne la conception techniques des annotations que le Web Annotation Working Group  pourrait prendre en compte. De même, les résultats produits par le Web Annotation Working Group (par exemple concernant l’API côté client) pourraient être pris en compte dans l’évolution future de l’EPUB, et pourrait conduire à des exigences supplémentaires.  »

 En attendant de suivre en vidéo (prévoir du café à cause du décalage horaire car elle a lieu à San Francisco) la cinquième édition de la conférence Books in Browsers

Moi, j’aime bien quand l’IDPF discute avec le W3C. Et j’aime bien quand on parle à la fois de «  Books  » et de «  Browsers  ». On ne se refait pas.

 

Medium, message, and beauty of web-based books

Capture d’écran 2014-03-26 à 18.36.27

I’ve been out of my blog for too long, and to decide to write in english is a try to give me a reason to blog again : I know it’s a little childish, but sometimes I need challenges to do things, and to be able to write in english is a big one for me.

Another fact gives me a reason to re-open my blog : the reading, yesterday, of two texts, that surprisingly collided in my mind.

One was posted on Medium, and has been written by a Medium’s developer, Marcin Wichary . I’ve blogged about Medium at the opening of this platform, when it was still invite-only. It opened up to every one in October, and there is now a Medium’s app.

The other text is from Liza Daily, and you can read it on the Safari Flow blog.

Marcin Wichary describes in detail all the steps needed by the author to find the best solution to improve the rendering of underlining on Medium. As Marcin explains in the introduction : “This is a story on how a quick evening project to fix the appearance of underlined Medium links turned into a month-long endeavour.” I will not summarize here the post that you can read (Medium tells us it is a 12 min read). Why is this text interesting for you, bookish people caring about digital publishing ? Web developers, when building a platform dedicated to publishing, even if it’s web based only, become more and more like editors are : obsessed with details other people don’t have any idea about, asking themselves a lot of questions with the only goal of improving the readers comfort and pleasure. They also have to use the toolbox the web is giving them, and, because the purpose of this toolbox is very different from the purpose of publishing tools used for print publishing, they have in most cases to find creative ways to control the appearance of things.

The web toolbox priority was clearly not the appearance of text. It had more to do with ability to display text in different contexts, browsers, running on different OS, on screens with different sizes. And underlining is emblematic of web-culture : blue and underlined is the original code to indicate that by clicking on words you will access to another part of a document or to another document. Links were so magic for everybody in the beginning, that almost nobody did notice how ugly was this blue-underlined text. It was the indication of linking, and had, and has no equivalent in the printed world. But the testimony of Marcin is precious : it shows how seriously these questions are now taken by people that traditional publishers qualify as «  pure-players  » – when they don’t think to them as «  barbarians«  . Developers can revisit typography and lay out with fresh eyes. Hadrien Gardeur, who is in the list of the 100 french developers you must count with established by Tarik Krim in his report to Fleur Pellerin, is a good example of a computer engineer passionate by books… and how to make them look beautiful on screens… how to make to books a right place on the web.

As Hadrian, Liza is a very well known developer and entrepreneur in the digital publishing community. She is one of the excellent people you are never tired to hear in digital publishing conferences. Her post is (involuntarily) answering to Marcin’s one, even if Marcin is not using at all the ebook format. Medium is 100% web, and has nothing to do with ebooks (until somebody decides to publish some Medium posts as anthologies, as ebooks, and realize it could be part of Medium’s business model…) But ebooks have more and more to do with the web, and Liza is very well placed to know it, managing Safari Books Online and as co-chairing of the W3C Digital Publishing Interest Group. Among the questions that Liza is asking, one echoes to Marcin’s concern : “How can we preserve the beauty and order of professional typography in web-based books ?” As she says, the web is not entirely ready for books, and a lot of work has to be done to fix this.

Don’t you think it is more crucial to make the web ready for books, than to make books ready for the web ? To make the web ready for books will improve it. To try to make books perfectly ready for the web will make them run the risk of losing what makes them books. The real challenge is to keep the best of both worlds, not to merge them. And if new forms are invented, new kind of ways of sharing thoughts — and it’s already the case : that’s perfect.

This back-to-my-blog post is dedicated to Xavier Cazin : at the opening event of the Salon du Livre in Paris last week, we had one of these conversations about books, web and browsers that we love to have, forgetting to drink Champagne for one hour (but caught up after). And we concluded it saying : we have to begin new conversations on line, do discuss all these topics together again… At that moment, I decided to find a way to restart blogging.

This text has been posted simultaneously on Medium, here.

I Put Sourcebooks In My Story

Capture d’écran 2014-01-15 à 05.50.23 Ce n’est pas un grand secret : le paysage de l’édition est plutôt morose, ici aux USA autant qu’en Europe. Dans ce contexte, les résultats publiés par un éditeur dont j’ai déjà souvent parlé dans ce blog sont impressionnants : Sourcebooks, car c’est bien de la maison d’édition de Dominique Raccah dont il s’agit, affiche en effet cette année une croissance à deux chiffres.

Ce soir, un dîner réunissait les participants à la conférence Digital Book World, pendant lequel étaient remis les Digital Book Awards. Arrivée dans les derniers, j’étais un peu dépitée de voir complètes toutes les tables où se trouvaient des gens que je connaissais. Je me suis donc assise à une des rares tables où demeuraient encore des places. Dominique Raccah a surgi dix minutes plus tard, et s’est assise à côté de moi. Les excellents chiffres publiés récemment concernant sa maison d’édition ? Elle m’a confié avoir été surprise de l’ampleur du succès. Sourcebook est une maison qui a fait de l’innovation son fer de lance et cela implique de nombreuses initiatives, certaines qui réussissent, d’autres qui échouent. Dans cette entreprise, une solide culture de l’innovation s’est développée. Au bout du compte, et en particulier dans une période difficile, cette culture permet aux équipes de faire preuve de réactivité et et de créativité, plaçant ainsi l’entreprise dans une position favorable, qui contraste avec la morosité observée souvent ailleurs.

Au fil des années, j’ai entendu Dominique Raccah parler de publication agile, de lean publishing, de ses tentatives enthousiastes et décevantes dans le domaine des livres augmentés, d’une plateforme de poésie, de son partenariat avec Wattpad. Je demeure très impressionnée par l’énergie et l’enthousiasme d’une femme en perpétuel mouvement.

Parmi les succès récents de Sourcebooks, une initiative lancée lors du dernier salon du livre de jeunesse de Bologne : «  Put me in the story«  , une collection de livres pour enfants personnalisés, à la fois dans leur version imprimée et sous forme d’appli. Un succès qui passe certainement par l’acquisition de licences de célèbres personnages aimés des enfants au USA, comme Elmo de Sesame Street.

«  Actuellement, il existe deux manières de créer un livre personnalié en utilisant «  Put Me In The Story  ».

Les livres d’histoires imprimés personnalisés : En utilisant le site web Put Me In The Story, vous pouvez créer et acheter un livre imprimé personnalisé de l’un de nos plus célèbres livres d’histoires pour votre enfant. En quelques étapes simples, vous pouvez créer votre propre dédicace, uploader une photo, et recevoir le livre chez vous pour des heures de plaisir de lecture avec votre enfant.

Les Editions Numériques Interactives et Personnalisées : En utilisant l’application iPad «  Put Me In The Story  » vous pouvez créer votre propres livre interactif et personnalisé, que vous et votre enfant pouvez apprécier ensemble.  »

Pourquoi préférer raconter cela que de me livrer à un compte rendu des débats et rencontres de la journée ? Il  n’est pas si courant de trouver des efforts d’innovation couronnés d’un succès aussi caractérisé. Et c’est important pour tous ceux qui souhaitent pousser l’innovation de pouvoir désormais citer cet exemple lorsque leurs projets se heurteront à des arguments toujours 100% rationnels, et toujours 100%… bloquants. C’est ce que je dis à Dominique. Aussitôt, son visage s’éclaire, elle sort on iPad et note cette idée, je verrai bien demain si elle la glisse dans son intervention…

«  Apprendre à échouer«  , c’est joli sur les slides d’un consultant mais, dans la vraie vie, peu sont prêts à appliquer un tel programme.  C’est cependant ce qu’a fait Sourcebooks. Mais ne ne croyez pas que cela relève de coups de tête ou de paris aventureux : de plus en plus, chez Sourcebooks, les décisions sont prises en observant de très près les données recueillies auprès des utilisateurs. Dominique déclarait à ce propos ce matin dans GoodEReader :    »L’échec le plus extrême auquel les entreprises peuvent avoir à faire en ce moment est d’éliminer une nouvelle plateforme, une nouvelle technologie ou une nouvelle opportunité jugées non-viables, alors que trop souvent ces décisions ne sont pas basées sur de véritables données, mais sont au contraire basées sur une comparaison avec ce qui s’est toujours pratiqué dans l’industrie du livre.  »

 L’audace, l’enthousiasme, la curiosité, la créativité, parfois, ça réussit.

J’ajoute ci-dessous les slides que Dominique Raccah a présentées le lendemain du soir où j’ai écrit ce billet, lors de son intervention à la Conférence Digital Book World.

 

Hackathon à la Bibliothèque Publique de New-York

hackathon NYPLIls sont silencieux. Majorité de garçons, et heureusement quelques filles aussi. Beaucoup ont des autocollants au dos de leur écran. Les échanges se font à voix basse. Le temps file, il est bientôt 16h, (c’est à dire minuit pour moi qui suis encore calée à l’heure française) et il va falloir être en mesure de montrer quelque chose qui tourne, car c’est là le principe d’un hackathon. Coder vite, coder à plusieurs, parfois devoir se résoudre à du «  quick and dirty  » pour terminer à temps. Sur une grande table au fond, les restes d’un buffet, boites en carton, bouteilles d’eau. Tiens, voici Eric Hellman, justement celui dont j’ai commenté la prose dans mon précédent billet. Il fait partie d’une équipe qui travaille sur un projet de club de livre en ligne, avec des fonctionnalités de création de groupes, et de partage d’annotations entre membres du groupe. Les équipes, une dizaine, sont au travail depuis samedi matin.

J’aperçois Ric Wright, l’homme qui coordonne à distance les développements qui s’effectuent actuellement au sein de la Fondation Readium, co-organisatrice de ce hackathon avec la New York Public Library. Ric m’indique que les participants sont pour la plupart soit des étudiants, soit des gens qui travaillent dans le monde des bibliothèques. Camille Pène, du Labo de l’Edition, est là aussi. J’espère bien que c’est pour nous mitonner un événement du même genre bientôt à Paris, et pourquoi pas avec la Fondation Readium à nouveau ? Hadrien Gardeur est en grande conversation avec Jake Hartnell. Je livetwitte mais avec deux mauvais hashtags, et sans le bon ( #openbook2014 ), c’est malin.

Soudain le temps est écoulé. Certaines équipes ont besoin de quelques minutes supplémentaires et continuent à travailler pendant que les autres présentent leur projet. Bob Stein, venu assister aux présentations, écoute très attentivement parler des jeunes gens dont certains n’étaient pas nés qu’il travaillait déjà sur les questions qui les occupent aujourd’hui, la grande classe. Voici les projets présentés (traduction de la présentation faite sur Github) : 

 

 

    • Liens profonds dans  ( PressBooks ) … Construire des livres avec des métadonnées riches. Le balisage nous permet de construire de nouvelles sortes de fonctionnalités : génération automatique d’index, navigation non linéaire, ressources supplémentaires internes ou externes ajourées au texte, APIs et plus. Cette démo ajoute du markup sémantique pour ajouter une couche de navigation contextuelle à un texte. C’est un point de départ pour réfléchir a) à des moyens user-friendly  d’ajouter ce balisage, b) les choses utiles que nous pouvons faire avec ce balisage. Nous commençons avec un livre-web, mais pensons que nous pourrons étendre ces fonctionnalités à l’EPUB3.(Jean Kaplansky Max Fenton, Tendi M, and Hugh McGuire)

 

    • PDF (ou PDF + XML) vers du EPUB recomposable (Dave Mayo @ Harvard, Noreen @ IA Institute, Julia Pollacks @ Bronx Community College, Jeremy Baron)

 

    • Club du Livre en ligne, l’utilisateur peut créer un club, rejoindre un club existant, les membres accèdent en ligne au livre choisi par le club, peuvent surligner des passages et discuter des citations ou des passages, utliliser des fonctionnalités sociales etc.  (Edina Vath) https://github.com/EdinaVath/openbook2014-club/

 

 

    • Travail avec DPLA StackLife (https://stacklife-dpla.law.harvard.edu/#) pour offrir à l’utilisateur d’un catalogue de bibliothèque en ligne une expérience similaire à celle qu’il trouve en bibliothèque. (Cori Allen, Emma Spencer, Elizabeth, Zach Cobel, Shawn Farrell and Amy Wolfe) Breadcrumbs & Beanstalks

 

 

  • plugin d’annotation  

Et si un tel événement se déroulait en France bientôt, qui serait partant ?

Est-ce que quelque chose a changé ?

fourmis-rougesPour commencer l’année, un billet dont le titre est emprunté à une chanson de Michel Jonasz dont le refrain dit :  «  Est-ce que quelque-chose à changé / Couchons-nous sur les fourmis rouges / Pour voir si l’amour est resté/ Pour voir si l’un de nous deux bouge…  »

Dans le vaste mouvement des choses qui changent, auxquelles faut-il prêter une attention particulière ? La Grande Conversion Numérique des livres tarde à se produire en France et semble déjà s’essouffler aux États-Unis. Eric Hellman a écrit à ce sujet un billet qui connaît un joli buzz, intitulé «  In 2013, eBook Sales Collapsed… in My Household.  »   ? Cherchant une explication au net ralentissement observé en 2013 dans la progression des ventes de livres numériques aux USA, et aux commandes de livres numériques en chute libre dans son foyer, il écarte un certain nombre d’hypothèses pour conclure, se basant sur l’évolution des usages de ses proches : les responsables, ce sont les sites de fanfiction…  (Le Kindle familial en panne a été remplacé par un iPad, les limitations imposées par Apple à l’in-app purchase rendent difficile l’achat d’ebooks sur Amazon, l’iBook store n’a pas séduit son panel (sa famille), et donc, les voilà qui passent maintenant leur temps de lecture à lire des fanfictions…) Par un tour de passe passe qui met dans le même sac    »tech-startups, tech-monsters, et tech-non profit  », il annonce une année 2014 qui devrait donner toute satisfaction à celui qui a écrit les lignes suivantes : «  Nous aimons investir dans des technologies et des modèles d’affaires qui sont en mesure de rétrécir les marchés existants. Si votre entreprise peut prendre 5 $ de revenus à un concurrent pour chaque dollar qu’elle gagne, alors parlons !  ». Une année qui verrait le marché du livre numérique s’effondrer sous les attaques des  » tech-quelque chose  » citées plus haut. Cinq dollars perdus pour les éditeurs traditionnels pour chaque dollar gagné par Wattpad, Manybooks, Readmills, Leanpub, Smashword ou même Unglue.it ?

AInsi, aux USA, de jeunes sociétés innovantes s’en prennent, nous dit Eric Hellmann, aux éditeurs et voudraient les faire vaciller, tout comme AirBnB inquiète l’hôtellerie, tout comme Uber concurrence les taxis et Netflix les chaînes de télé.  Wattpad et Smashwords sont des plateformes d’auto-édition, le Projet Gutenberg est le plus ancien projet de numérisation de livres, Manybooks diffuse des livres gratuits, principalement du domaine public, Leanpub est un outil de publication, et Unglue.it un site de crowd-funding dédié à la réédition numérique. Aucune parmi ces structures ne fait le lent et patient métier de l’éditeur, ce travail de défrichage à la recherche d’un prochain texte, d’un nouvel auteur, ce travail sur le texte une fois trouvé, et autour du livre publié. Aucun ne s’attache à construire, au fil des années, des collections qui sont pour certains auteurs des maisons communes, et pour leurs lecteurs des repères indispensables. Préférer la vitesse, expérimenter de nouvelles manières de faire surgir le talent, inaugurer des outils de publication, c’est très bien, et les maisons d’édition ont tout intérêt à suivre de très près l’activité de ces start-ups, et les plus avisées travaillent déjà avec elles. Mais pourquoi se réjouir à l’idée que tout ceci pourrait se substituer à ce qui existe déjà ? Pourquoi m’inviter à m’en réjouir, si au final, mon choix de lecteur s’en trouve amoindri ? S’il devient plus difficile de trouver de bons textes ? Pour qu’il y ait des fanfictions, ne faut il pas qu’il y ait des fans, des fans d’un auteur, et cet auteur-là, qui prendra le risque de le publier ?

Est-il devenu utopique, en 2014, de ne pas vouloir renoncer au meilleur de ce que nous proposent les deux mondes que nous aimons : celui des livres, et celui du web, et de continuer d’essayer de contribuer à les faire cohabiter, se compléter, se sublimer l’un l’autre  ?

 

 

EPUB : commenter la leçon

Capture d’écran 2013-12-03 à 19.51.22Nicolas Morin, dans un billet sur IDBOOX, oppose curieusement le format EPUB aux apps et au web, raillant (gentiment) les éditeurs qui fétichiseraient l’EPUB, et leur faisant (un peu) la leçon. Alors je monte au tableau, voilà, et je commente…

Si nombre d’éditeurs défendent aussi ardemment le format EPUB, ce n’est pourtant pas en l’opposant aux apps ou au web, c’est vis à vis de formats proches de l’EPUB, mais propriétaires, notamment le format .mobi, lisible sur les terminaux ou via les applications de lecture d’un seul revendeur.

Les éditeurs ne se contentent pas de défendre le format EPUB, beaucoup contribuent activement  à le développer, à travers l’IDPF et à en fortifier l’environnement de lecture, via la fondation Readium. Cet engagement se traduit par des actions concrètes, en vue d’inventer et d’améliorer sans cesse un écosystème du livre numérique ouvert, interopérable, et accessible.

La tenue prochaine à New-York d’un hackathon co-organisé par la New-York Public Library et la fondation Readium témoigne de cette vitalité et de cette ouverture.

Dans ce format EPUB sont aujourd’hui proposés des centaines de milliers de titres, autrefois disponibles uniquement au format imprimé, aux lecteurs qui, de plus en plus nombreux, souhaitent lire en numérique. La question n’est pas tant de «  répliquer la chaîne du livre  » que de mettre à disposition des lecteurs, en version numérique, les livres. Qu’attend un lecteur qui s’est équipé d’une liseuse ou d’une tablette ? Ou celui qui aime lire sur son smartphone ?  Dans la plupart des cas il compte fermement sur la disponibilité en version numérique des livres qui paraissent également en version imprimée, ou sont déjà parus, le mois dernier, l’an dernier ou il y a dix, quinze ou cent cinquante ans, il s’attend à pouvoir choisir dans un catalogue numérique qui ne doit rien avoir à envier au catalogue de livres imprimés.

Même si de nouvelles expériences de lecture sont bien évidemment possibles, même si des catalogues 100% numériques se créent progressivement, qu’il s’agisse d’œuvres nativement numériques, ou du passage en numérique de textes qui revisitent cette expérience, le défi initial pour les éditeurs traditionnels en ce qui concerne les livres numériques est donc plutôt modeste : il s’agit de faire exister les livres sur le web, et que ceux-ci demeurent des livres, avec bien sûr un écart vis à vis de la version imprimée qui provient de ce passage au numérique. Ce passage n’est pas indifférent, il n’est pas neutre, il n’est pas sans incidence. Mais la construction d’un espace des livres spécifique sur le web passe par le fait de veiller plutôt à la proximité avec les livres imprimés qu’à l’écart avec ceux-ci. Ce n’est pas «  anti-innovation  », c’est simplement la volonté de faire exister aussi en numérique ce que les lecteurs aiment des livres. Cela implique d’ailleurs beaucoup d’innovation, et ne convoque pas nécessairement le skeuomorphisme.  Nul ne peut prédire à coup sûr la solidité ni la durée de cet espace spécifique des livres numériques en construction, mais pourquoi reprocher aux éditeurs de s’être concentrés en premier lieu sur ce défi ?

Que n’a-t-on entendu à propos des majors de la musique qui ont tant tardé à numériser leurs catalogues !  Et maintenant, on va reprocher aux éditeurs de numériser les leurs ? Une double injonction, en forme de double contrainte : «  Numérise, éditeur, mais surtout, ne numérise pas !  ». Numériser, quel manque d’inspiration, c’est faire juste un simple et bête livre numérique qui ressemble au livre papier qu’on lit du début jusqu’à la fin avec même pas de vidéo et d’animations et de sons et d’interactivité dedans, trop bêtes ces éditeurs, ils ne voient pas, alors que les jeunes (les digitalnativzz) le voient,  que les bibliothécaires, les enseignants, les touristes, les pompistes, les dentistes le voient (même ma maman le voit), qu’avec le numérique on peut faire tellement tellement plus de choses oh là là…

Il n’y a pas lieu de s’étonner que le format EPUB, et la référence au livre imprimé, ne soulèvent généralement que peu d’enthousiasme chez un éditeur pure-player. Il n’a pas de fonds à numériser, il n’est pas tenu de publier (ni de promouvoir) simultanément deux versions de toutes ses nouveautés, l’une imprimée, l’autre numérique. Que lui importe (sur le plan économique) que les ventes de livres numériques se concentrent in fine chez deux ou trois acteurs mondiaux, et que les libraires en viennent à fermer les uns après les autres ? Cela préoccupe énormément les éditeurs traditionnels qui, eux,  publient dans les deux formats, imprimé et numérique, travaillent et veulent continuer de travailler avec un grand nombre de libraires de toutes sortes et de toutes tailles, pour leurs livres imprimés comme pour leurs versions numériques.

Tous les livres n’ont pas le même destin numérique, et le format EPUB sert convenablement la plus grande partie des objets éditoriaux que les lecteurs numériques achètent aujourd’hui. EPUB3 permet déjà, et permettra bientôt sur un plus grand nombre de terminaux, d’ajouter des types de livres à la mise en page plus complexe, avec éventuellement des éléments multimédia ou de l’interactivité,  et d’améliorer l’accessibilité.  Partout dans le monde se développe la lecture de livres numériques, à des rythmes variables selon les contextes locaux.  Ce développement ne se construit pas principalement pour le moment autour des livres-applications, ni autour des livres-sur-le-web. Il se construit autour d’artefacts du livre imprimé. Ce n’est ni bien, ni mal. C’est ainsi.

En tant que pure-player, vous pouvez choisir très librement la proximité avec le modèle du livre imprimé que vous souhaitez donner aux objets que vous allez publier. Vous pouvez l’oublier. Vous pouvez aussi devenir des experts de l’EPUB, et choisir de proposer aussi vos livres numériques en impression à la demande, (et dans ce cas le libraire deviendra votre ami…) ou bien explorer des territoires différents, à la frontière avec le jeu vidéo, l’art numérique ou l’audio-visuel. Vous pouvez pousser le web dans ses retranchements, subvertir les réseaux sociaux, détecter des  auteurs-codeurs,  pratiquer le crowd-funding, et même essayer de livrer vos exemplaires en POD par drone. Vous pouvez innover, foncer, hacker, inventer. Vous avez de meilleures idées que les éditeurs ? Bravo.  Réalisez-les. Ne demandez pas la permission. Si une forme réellement nouvelle et pertinente apparaît, si un meilleur dispositif surgit, ils finiront par l’emporter.

Mais pourquoi vous étonner que des maisons d’édition qui ont publié déjà des centaines, des milliers et parfois plusieurs dizaines de milliers de livres, et vont continuer d’en publier encore longtemps sous forme imprimée, agissent différemment, connaissent d’autres contraintes, suivent une autre logique que la vôtre Faire la leçon aux éditeurs dits traditionnels lorsque l’on est un pure-player, c’est de bonne guerre :  à la fois payant – on a droit à  un billet sur teXtes, ce qui devient rarissime :) –  et sans grand danger : on ne risque guère de rencontrer une vive opposition, de voir se lever des foules criant «  Comment pouvez-vous dire une chose pareille ?  ». Cela fait partie du jeu. Cela fait partie aussi du jeu de ne pas toujours laisser la leçon sans réponse.

 

 

 

Books in Browsers – pendant la pause

Capture d’écran 2013-10-24 à 23.04.51Pendant la pause déjeuner de la conférence Books in Browsers, qui se tient comme chaque année depuis maintenant 3 ans à San Francisco, et que je suis, comme chaque année depuis mon canapé à Paris, j’ai envie de publier ici la traduction du résumé de l’intervention de Justo Hidalgo,(24 symbols), qui est le prochain intervenant de la conférence. En développant l’architecture technique nécessaire à l’activité de sa société, Justo s’aperçoit progressivement que ses outils, tous dans le cloud, pourraient servir à d’autres qu’à lui. Ce court texte est une définition simplifiée de ce que peut être une approche de type «  plateforme  », très bien décrite dans le fameux billet de Steve Yegge, un ancien d’Amazon passé chez Google – le lien pointe vers la traduction du billet en français par Nicolas Colin.

Voici comment Justo annonce son intervention :

«  L’idée de construire une plateforme permettant à différents acteurs de produire des services et des applications liés au livre de manière plus rapide et plus efficace n’est pas nouvelle, dans le monde académique et parmi d’autres experts du numérique s’est développée toute une réflexion à ce sujet.

Mais, selon un chemin auquel on ne s’attendait pas au démarrage de notre projet 24 symbols, nous pourrions bien être plus près de cette vision que ce que nous pensions, en construisant une machine du type “Book as a Service”.

Pour développer notre société en offrant des livres numériques en abonnement, accessibles notamment aux possesseurs de terminaux mobiles,  nous avons dû faire évoluer notre architecture technique de manière que les nouvelles applications de lecture et les nouveaux services puissent se construire rapidement.

Bien qu’à court terme ce jeu de fonctionnalités n’ait été destiné qu’à nos propres besoins et requêtes, il apparaît de plus en plus clairement que cette couche pourrait potentiellement être utilisée par d’autres développeurs, éditeurs, associations d’éditeurs, chercheurs et même auteurs.

La vision et la promesse seront expliquées durant mon intervention, et les principales questions juridiques, techniques, politiques liées au projet seront posées à l’audience afin de comprendre pleinement les implications, le potentiel et les défis d’une plateforme Book as a Service totalement accessible.  »

Dès qu’il sera disponible, je posterai ici le lien vers l’enregistrement vidéo de l’intervention de Justo Hidalgo.