Hackathon de l’édition à New-York

Vous aimez coder, l’édition, les livres numériques, les métadonnées, les défis, les APIs et les pizzas ?  Vous étiez à New-York ce week-end ?  Alors vous vous êtes probablement retrouvé à l’espace de coworking The Alley, pour participer au Publishing Hackathon. Et si comme moi vous n’y étiez pas, mais que vous vous intéressez au numérique, et à ce qu’il fait ou pourrait faire aux livres, vous avez peut-être suivi le mot-dièse #pubhack et été scruter le site de l’événement.

paidContent en fait un court compte-rendu aujourd’hui, et ça tombe bien parce que je veux faire un billet court, je vais faire des billets plus courts maintenant, pour essayer d’en écrire plus souvent, je suis tellement triste de voir ce blog abandonné, où personne ne tond plus la pelouse, ni ne taille la haie, ni ne repeint les volets…

PaidContent ( vous imaginez en France un site qui s’appellerait «  contenu payant  »… succès assuré…  mais Laura Hazard Owen est à mon avis l’une des journalistes les mieux informées et les plus compétentes dans le domaine du livre numérique…), paidContent donne la liste des 6 finalistes (sur 30 équipes, soit 200 participants, beau succès) :

  • BookCity : un moyen de trouver des livres adaptés à votre destination de voyage.
  • Captiv : vous recommmande des livres en fonction de votre activité sur Twitter.
  • Coverlist : une solution qui se consacre à la navigation parmi les visuels de couverture de livres.
  • Evoke : une manière de découvrir des titres de littérature jeune adulte en naviguant parmi les titres par émotions : «  Les lecteurs peuvent indiquer s’ils préfèrent être inspirés, mis au défi, amusés, ou informés tout au long de leur prochaine lecture, sur la base d’un contenu généré par un «  audience en commun  ».
  • KooBrowser : pratique la recommandation de livres sur la base de vos habitudes de surf sur le web.
  • LibraryAtlas : une solution de découverte de titres basée sur la géolocalisation.

Eric Hellman, qui y a participé, donne une liste complète des projets et détaille le sien sur son blog. Il écrit également, et je conclurai ainsi ce billet, dont j’ai annoncé qu’il serait court :

«  Il est intéressant de noter que sur 30 projets, seulement 3 concernent les livres numériques, ce qui me semble un peu idiot, si l’on considère l’importante transition que vit aujourd’hui l’industrie du livre, du papier vers le numérique. Ce qui domine ce sont les applis (7), les sites web (21), et c’est en partie dû au fait que le thème du hackathon était la découverte des livres, mais cela en dit aussi un peu sur l’univers des nouvelles technologies. Ce à quoi les entreprises technologiques s’intéressent aujourd’hui, c’est aux applis, et aux sites webs, pas aux livres numériques. Vraiment, la communauté issue du monde de l’édition qui travaille sur le développement de livres numériques et des standards du livre numérique devrait s’adresser plus fortement aux développeurs : ce hackathon a été un premier pas.  »

 

 

17 réflexions au sujet de « Hackathon de l’édition à New-York »

  1. Hubert Guillaud

    Le thème était vraiment très intéressant, tant la découverte des livres sur l’essentiel des principales boutiques en ligne est d’une pauvreté crasse. Combien de livres ces boutiques mettent-elles en avant ? A quelle fréquence ? Comment retrouver leurs «  recommandations  » s’ils en proposent ?

    Même la moindre petite librairie physique fait mieux, propose une plus grande diversité, des surprises, un plus fort renouvellement et au final, expose plus de livres. Il y a plein de solutions ici qui sont assez stimulantes… Et la liste de tous les participants que tu signales est vraiment riche.

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Merci beaucoup pour ton commentaire, Hubert.
    Pour une fois que la librairie traditionnelle conserve un avantage sur les géants du web… Mais cet avantage peut se retourner contre ceux des libraires qui ne prolongent pas en ligne leur activité physique : ils risquent de se transformer en show room, les lecteurs se servant des commodités d’une librairie réelle pour fureter parmi les livres, les feuilleter, les découvrir, profiter des mises en avant et des classements effectués par le libraire, voire de ses conseils, puis de rentrer chez eux les mains vides voire de commander chez un libraire en ligne directement depuis leur librairie sur leur portable…

    Parmi les moyens de faire un sorte que cette pratique de la librairie comme «  show room  » bénéficie au libraire, le plus simple est de créer des liens entre la librairie physique et son prolongement on line, par tous les moyens possibles, afin que le mobinaute se dirige ou soit dirigé vers cette librairie en ligne et non vers un concurrent.

    Sur les mises en avant des livres numériques chez les différents revendeurs en ligne, les choses sont différentes chez les uns et les autres. Je ne vais pas donner de bons et de mauvais points, simplement noter qu’il faut aussi, en enrichissant les métadonnées, et en utilisant des outils de classification standardisés, faciliter le travail des libraires.

    Le nombre de titres disponibles est cependant considérable, et il est réellement très difficile de donner de la visibilité à un titre particulier. Tous les modes de recommandation sont bienvenus. Outre les algorithmes et les interventions manuelles des libraires, ceux développés par d’autres plateformes de services que tu as d’ailleurs soigneusement recensées au fur et à mesure de leur apparition sur La Feuille, sont absolument indispensable, et il n’y en aura jamais trop. En France, Babelio occupe une place intéressante, et on aimerait que se développent non seulement des «  Goodreads like  », mais aussi des avatars ou localisations de Small Demons, de Jellybooks, et de quelques autres.
    On est encore très loin je crois d’avoir tout imaginé, de ce qui permettra de répondre à la question : «  J’sais pas quoi lire… Qu’est-ce que j’peux lire ?  ».

  3. Hubert Guillaud

    Suite à ton billet, je suis allé voir les applications en questions et ait refait un tour de quelques autres. Grosso modo, on constate assez rapidement que les moteurs de recommandation ont tendance à tous proposer, peu ou prou, le même genre de recommandations. Amazon reste cantonné à son approche marketing, proposant essentiellement d’autres livres du même auteur. Beaucoup de moteurs de recommandation flèchent vers les classiques ou nouveautés du genre auquel le titre recherché appartient. En passant, j’ai remarqué notamment que BookLamp s’était remis à évoluer. J’ai regardé rapidement pour un titre de SF les recommandations que produisaient le génome de la «  Stratégie d’Ender  » sur BookLamp (c’est-à-dire un process d’analyse textuel). Et puis, je suis allé voir les recommandations des membres de LibraryThing sur le même titre (pas ceux générés par le site automatiquement, mais les recommandations faites par les membres, qui a beaucoup progressé). Et assurément, les recommandations les plus riches, les plus surprenantes et qui semblaient les plus adaptées étaient là. Il faudrait regarder plusieurs titres, explorer plus avant… bien sûr.

    Une manière de dire que si l’approche par les données est bien sûr toujours indispensable (oui, nous avons besoin de métadonnées et toujours de métadonnées plus riches et plus précises), l’approche humaine manque terriblement alors qu’elle se révèle souvent bien plus riche.

  4. Hubert Guillaud

    «  Sur les mises en avant des livres numériques chez les différents revendeurs en ligne, les choses sont différentes chez les uns et les autres. Je ne vais pas donner de bons et de mauvais points  »

    Bah, si on pourrait. Ce qui me frappe surtout pour ma part, c’est combien la mise en avant est partout pauvre et ponctuelle. Dans toutes les boutiques, le meilleur moyen d’explorer les titres demeure l’ordre antechronologique par thème ou par vente/classement des lecteurs… C’est un peu comme si chez les libraires, physiques, les livres étaient classés dans les rayons par date d’arrivée, ou par le nombre de volumes que les libraires ont reçus de l’office. Cela commence d’ailleurs à générer des effets de bords, comme le soulignait Teleread : pour demeurer dans les listes de recommandation et de nouveautés, de plus en plus d’éditeurs, commencent à jouer sur la réédition permanente afin de réapparaitre dans les listes de nouveautés qui sont finalement les plus mises en avant : http://www.teleread.com/amazon/are-new-books-working-amazons-system/

    Tous les libraires font un peu d’animation online, mais celle-ci n’est le plus souvent pas pérenne : on ne retrouve pas toujours les recommandations dans la durée. Or, l’expérience d’un libraire ou d’un moteur, devrait être capable de vous recommander un livre de qualité sans lien avec sa date de publication. On aurait besoin d’accéder à des «  vraies  » recommandations de spécialistes des sujets et de pouvoir regarder les livres qu’ils ont signalés dans la durée (libraires, critiques, blogueurs ou bibliothécaires invités ?)… Enfin, l’animation est très limitée : pas plus de quelques dizaines de titres par semaine. Ce qui est bien moins que ce qu’on trouve sur les tables des libraires. La thématisation des mises en avant ne favorise pas la découverte comme on la trouve sur les tables des libraires, ou un livre qui n’a rien à voir avec d’autres va justement vous intéresser parce qu’il n’était pas dans votre radar. La sérendipité n’est pas là. Comme on le disait déjà il y a longtemps, la mise en valeur dans les librairies en ligne est bien souvent réduite à la portion congrue. Elle est laissée aux seules data, celles des ventes. Ca ne tiendra pas plus longtemps, surtout à mesure que grossi le volume des titres proposés.

  5. karl

    Quel est votre critère de sélection en librairie physique à vous deux  ?

    Le mien est toujours à peu près le même, je me dirige vers les lieux des catégories qui m’intéressent et ignorent pratiquement tout le reste, sauf si besoin précis. Je vais essentiellement vers 4 départements de la librairie (il y a bien sûr une dépendance sur la thématique de la librairie mais je prends un exemple suffisamment généraliste).

    Pour ce qui est de la librairie en ligne et pour être sûr avant de répondre une connerie ;) je suis allé faire un tour chez epagine et kobobooks. Dans les deux cas, j’ai complètement ignoré la première page, je ne vois même pas les vignettes couverture, de la même manière que les bandeaux de pubs (quand ils sont passés à travers AdBlocks). Je me retrouve à réaliser la même démarche que celle de la librairie physique.

    Il y a cependant un problème pour la librairie en ligne. Dans la librairie physique, si je reviens souvent, je peux ignorer visuellement certaines catégories ou auteurs, etc. Par exemple, au rayon Japon, je vais éviter Murakami, car je les ai pratiquement tous lus et je suis en désamour avec cet auteur. Ce qui me manque comme fonctionnalités donc dans une librairie en ligne devient alors de cacher ce que je ne veux pas voir. Beaucoup de systèmes fonctionnent sur la remontée de préférences, alors que je souhaiterais l’élimination de ce que je ne veux pas voir (avec bien sûr possibilité de changer d’avis plus tard).

  6. Hubert Guillaud

    @Karl. Oui. Cet après midi j’ai essayé d’ajouter des lectures et films dans mon profil Facebook via le système lancé par Facebook et qu’ils viennent de mettre en avant dans la colonne de gauche. Et quand on est face à l’appli pour la première fois, outre le champ de recherche où tu dois inscrire le titre du livre ou du film, tu as une très courte sélection de propositions… Et celle-ci ne porte que sur le top 10 des films et des livres du moment. Les mêmes que ceux sur lesquels tu tombes invariablement quand tu arrives sur une librairie en ligne. Ceux que tout le monde a du voir sauf toi. Et quand tu cherches des choses un peu spécifiques, comme par hasard, elles n’y sont pas. J’ai souvent cette impression quand je suis dans une librairie électronique. L’impression d’être à Carrefour. L’impression que la personnalisation algorithmique n’est pas adaptée à mon profil.

  7. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @karl @hubert J’aime l’idée de ce défi : celui de NE PAS afficher certaines choses, alors que le plus souvent la question est d’afficher, d’affiner le profil de l’utilisateur pour lui proposer des publicités susceptibles de retenir son attention. Il faudrait transposer en ligne cette délicatesse du maître ou de la maîtresse de maison qui ne propose pas de nombreuses fois au même convive le plat auquel il n’a pas voulu goûter, il faudrait des logiciels «  dévoués  », comme le sont certains domestiques dans les romans anglais ou bien dans une série comme Donwton Abbey, des logiciels qui ont intériorisé nos préférences, et considéreraient comme une faute grave de nous proposer quelque chose qui nous déplaît.

    J’aime bien quant à moi le fait de devoir trouver, parmi une grande quantité de livres qui ne m’intéressent pas, celui qui m’intéresse. C’est une sorte de quête, et qui est parfois plus amusante aux endroits où j’ai les probabilités les plus minces de trouver mon bonheur. C’est cette idée de «  dénicher  », qui m’amuse pour les livres, mais m’ennuie à mourir pour les vêtements ou les bibelots par exemple : je n’aime pas les brocantes ou les vide-grenier, et j’aimerais qu’il y ait des magasins avec seulement des vêtements de ma taille et à mon goût, des chaussures à ma pointure, je déteste chercher ma taille, faire glisser les cintres sur les tringles, réclamer ma pointure, fourrager dans les étals quand ce sont les soldes…
    Je crois bien que nos manières de choisir et d’acheter, d’hésiter et de fureter, sont vraiment très différentes d’un individu à l’autre, avec certainement des typologies possibles, mais cette grande variété nous dit peut-être qu’il faut qu’il y ait en face une grande variété de canaux de vente, d’outils de recommandation, de librairies généralistes et spécialisées, en ligne et en dur, des interfaces friendly ou bien rébarbatives, de la recommandation humaine et algorithmique, des liens posés ici et là, des sites où l’on ne vend que des livres et d’autres où l’on vent aussi des livres.
    J’ai bien aimé à Buenos Aires où je suis allée récemment les nombreuses librairies qui vendent des livres ET…. Des livres et du vin, ou bien des livres et des fleurs.
    Et dire aussi que parmi les libraires en ligne qui se cassent vraiment pour classer les livres et les proposer par thématiques, pour ajouter des métadonnées, des interviews d’auteur, des extraits presse, et aussi pour proposer des flux OPDS qui sont aussi une piste intéressante pour la recommandation, il y a Feedbooks.

  8. SoBookOnline

    Sans doute marginal, mais me suis demandé (dans une librairie d’occaz’ à Québec) pourquoi les librairies ne proposaient pas un hashtag que les lecteurs utiliseraient pour poster des photos de leurs découvertes. Il m’arrive par exemple souvent de tweeter des nouveautés, de rendre compte d’une sélection, d’un choix original réalisé par un libraire. A terme, c’est une carte de l’ensemble des librairies du Québec qui pourrait ainsi être proposée avec des tweets mis en avant. Car l’usage produit en effet du territoire et une conscience cartographique. Alors que j’ai vécu 20 ans à Marseille, je ne sais toujours pas à quoi ressemble la ville. Tout simplement parce que les transports sont peu développés. À l’inverse, j’ai un usage quotidien des transports à Paris et une représentation complète de la ville. On pourrait sans douter créer une même conscience des libraires de Paris à partir des notes cartographiées des tweets produits en librairie. Mais ce n’est qu’un exemple marginal de recommandation.

    Autre remarque : la bataille de la recommandation me semble un peu illusoire. Les algorithmes de LibraryThing et GoodReads sont au point et très efficaces. Il me semble que les libraires pourraient tirer leur épingle du jeu en sortant de cette logique. Cette logique, c’est celle qui veut qu’un lecteur voudrait trouver une information dans un «  océan  » de nouveautés. Cet argument est un argument marketing qui permet à de nombreux acteurs de vendre leurs solutions (ils créent donc le problème – la diffusion massive de livres – et la résolution – l’algorithme). Or, aucun lecteur ne se retrouve face à un «  océan  » et personne ne veut avoir à lire les milliers de livres qui sortent chaque année. Chaque lecteur a au contraire quelques domaines qu’il apprend à identifier et vers lesquels il se déplace progressivement. Je pense donc que le libraire, le bibliothécaire peuvent aider un lecteur à se définir en tant que lecteur, à prendre progressivement conscience de ses intérêts. Les accès à une boutique «  en ligne  » ne se feraient donc plus par grandes catégories ou plus seulement (nouveautés, fictions, classiques, etc.) mais par pratiques de lecture. On pourrait ainsi, demain, se voir recommander des livres avec pour tags «  Romans avec des personnages aux cheveux blonds  », «  À lire sous un arbre  », etc. Ce qui impose cependant de mettre au point des plateformes libres (comme OpenStreetMap) où les données originales produites par des lecteurs (et encouragés par des librairies/bibliothécaires) seraient davantage mises en avant (par les libraires/bibliothécaires) et non plus marginalisées. Elles seraient par ailleurs réexploitables par les librairies et les bibliothèques qui n’auraient plus à contracter des abonnements coûteux auprès des réseaux de lecteurs. Mais là encore, il va falloir trouver les leviers d’incitation à la production…

  9. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @sobookonnline Merci Marc de te joindre à la conversation . Je continuerais volontiers à discuter d’un côté à l’autre de l’Atlantique, mais il est un petit peu minuit ici, alors que ça doit être l’heure de l’apéro par là bas où tu es… Alors bois un coup à ma santé et moi, je vais dormir, et j’essaierai de reprendre tout cela demain, parce que cela m’intéresse beaucoup, vraiment.

  10. Christian

    Quant à moi je suis étonné par l’importance des systèmes de recommandation par rapport à l’intérêt qu’ils représentent : j’ai parfois l’impression que ces systèmes s’adressent à des gens qui ne sont pas des lecteurs mais qui aimeraient lire quand même ; ils s’intéressent plus à ce qu’on leur recommande qu’à la lecture des livres..

    Bref, ça fait acheter des livres qu’on ne lit pas ( l’essentiel du fonctionnement du commerce des livres).

    Il y a plus de livres que j’aimerais lire – et que souvent je possède déjà dans ma bibliothèque – que je ne n’aurais jamais le temps de lire.

    Aussi je cherche plutôt des contre-recommandations que de nouvelles recommandations ; plutôt des listes noires que des listes blanches.

    Et si vraiment je cherche des livres sur un sujet qui est nouveau pour moi et que je ne connais pas du tout, je fais une recherche active en recoupant les informations en ligne et les conseils que je sollicite dans mon réseau IRL.

  11. Hubert Guillaud

    @virginie : complètement d’accord sur la diversité des profils et la diversité des interfaces. C’est un peu ce qui manque dans la librairie en ligne. J’aime beaucoup aussi l’idée d’algorithmes dévoués, qui intérioriseraient ce qui nous déplaît, plus que nos préférences. Tout comme l’idée de recommander des livres et autre chose…

    @marc : très belle idée que de montrer les photos des livres qui nous ont surpris dans une librairie… Alors que les libraires ont tendance à reprocher aux gens de sortir leurs mobiles pour prendre en photo un titre qui les intéresse (afin de l’acheter ailleurs), l’idée montre qu’ils pourraient en faire une force. J’aime beaucoup.

    Entièrement d’accord également sur les limites de la bataille des recommandations logicielles. C’est ce que je tentais de montrer, d’une autre manière, avec la force des recommandations des lecteurs sur celles des algos dans LibraryThing ou celles d’autres formes de métadonnées, comme celles que proposent CultureWok – http://www.culturewok.com – que je cite souvent en exemple. Maintenant, pas sûr que cela passe par Une plateforme libre, certainement par plusieurs… Car finalement, ce qui fait la spécificité d’un magasin sur un autre, c’est son approche, son originalité, son accueil, ce qu’il nous propose et la qualité de ce qu’il nous recommande… S’ils utilisent tous les mêmes algorithmes de recommandations et leurs limites, il est sûr que si la plupart des clients s’y retrouvent, ce ne sera pas le cas de tous.

  12. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Marc Je crois que l’on est loin d’avoir complètement mesuré les potentialités d’usages complètement inattendus dont la généralisation et la sophistication croissante des mobiles sont porteuses, et tu en donnes un exemple, Marc, qui utilises d’ailleurs très souvent la fonction «  photo  » de ton smartphone comme un prolongement naturel de twitter, par exemple en photographiant une page de livre que tu joins à un twitt quand tu veux partager un passage qui t’a plu.
    Ce qui se passe du côté des museo geeks en est un autre exemple, les photos prises dans les musées, la géolocalisation que l’on peut en faire, la documentation par les visiteurs des lieux et de leurs propres expériences, autant de nouveaux usages qui peuvent trouver des applications directes dans la «  mise en visibilité  » des livres.

    @Christian Tes remarques , Christian, sur ton non-besoin d’outils de recommandation pour dénicher des idées de lectures sont aussi très intéressantes. C’est vrai que la «  visibilité  », qui est une obsession aujourd’hui pour les auteurs et les éditeurs, n’est pas pour autant une priorité pour les lecteurs. Je crois qu’il n’existe pas, parmi les «  grands lecteurs  », ou plutôt parmi les gens «  acquis à la lecture  », de lecteur repu, de lecteur qui ne trouve rien à lire, de lecteur qui attend pour lire un prochain livre qu’un quelconque système ait réussi enfin à le lui dégoter, et que nous avons tous une plus ou moins grande pile de livres à lire, de livres dont nous avons hâte d’avoir le temps de les lire. Le souci de faire qu’un livre soit visibile parmi tous les autres, c’est le souci de celui qui recherche des lecteurs pour tel livre, et qui va parfois vite en besogne en pensant que, symétriquement, il existe une fonction à remplir qui consiste à trouver des livres pour les lecteurs. Là, je m’aperçois que l’on est vite guetté par le syndrome de l’  »anecdata  », soit celui de la «  donnée anecdotique  », une généralisation que l’on est tenté de faire en se basant sur son expérience individuelle où celle que l’on est en mesure d’observer directement dans son entourage.
    (Et peut-être en est-il des outils de recommandation comme des cédéroms multimédias interactifs, à l’époque où il s’en fabriquait encore : ils intéressent peut-être principalement ceux qui les font ainsi que les professionnels qui les étudient de près, dont nous faisons partie, alors que le public ne s’en soucie pas tant que ça…)

    Si beaucoup peuvent se reconnaitre dans ce que décrit Christian, il existe certainement, et là, il faudrait que des libraires et des bibliothécaires témoignent, d’innombrables cas de lecteurs qui apprécient de l’aide lorsqu’ils recherchent un livre, pour eux-mêmes ou pour quelqu’un d’autre (cadeau), dont ils connaissent plus ou moins précisément les références, titre ou auteur, mais parfois aussi quelque chose de plus vague, (il y a certainement des dizaines d’anecdotes de libraires sur la forme étrange que peuvent prendre certaines questions de clients cherchant à retrouver un livre dont ils ont oublié le titre exact…).

    Amazon doit en connaitre aussi un bout sur le comportement de ses clients, leur utilisation de son moteur de recherche, de ses catégories, sur la navigation, l’usage du feuilletage, l’importance des critiques etc. , mais ne comptez pas sur ces données… Même chose pour Google, mais aussi pour tous les libraires en ligne, pour peu qu’ils se dotent de quelques outils afin d’être en mesure d’observer d’un peu près ce qui se passe sur leur site web.
    I

    Je l’ai déjà écrit, je crois : mon moyen favori de trouver le prochain livre que je vais lire, est de le trouver cité dans un livre, et il se trouve que les auteurs que j’aiment lire citent souvent dans leurs livres d’autres auteurs…

    @hubert Longtemps que je ne suis pas allée voir ce que devenait Culture Wok, tiens, je vais y faire un petit tour…

  13. SoBookOnline

    @Christian : les réseaux de lecteurs exploitent en effet une logique cumulative. Peu importe, au fond, que les livres soient lus : ils doivent pouvoir être ajoutés à la bibliothèque. Car l’ajout est déjà une inscription, une manipulation textuelle qui permet d’alimenter la base de données.

    C’est une tendance que nous avons cependant «  tous  » : le plaisir d’accumuler, d’entasser, de classer, d’ordonner. Et les membres de Goodreads font preuve d’une grande inventivité à partir de cette accumulation : ils créent des listes humoristiques («  Les 100 héros avec les pires coupes de cheveux  », etc.), ils éditorialisent, recommandent, pallient les manques du moteur de recommandation qui ne représente qu’une petite partie de la découverte de livres (13 % selon Otis Chandler, fondateur de GoodReads). Les autres moyens de découvrir des livres sur les réseaux sont en partie similaires à ceux que tu évoques : recherche et recoupement avec son propre réseau, soit la logique du «  bouche à oreille  » dont Babelio s’est fait le chantre.

    @Virignie : cette étude existe en partie («  How Aunt Ammy Gets Her Free Lunch : A Study of the Top-
    Thousand Customer Reviewers at Amazon.com” de Trevor Pinch et Filip Kesler). J’espère pouvoir accéder un jour à leurs données-livres-annotations via une petite souris ;-)

    Marc

  14. Hubert Guillaud

    @Christian tout à fait juste. Mais c’est exactement la même chose, il me semble. Quand je cherche quel livre lire sur tel ou tel sujet particulier (le high frequency trading par exemple ou les Big Data), je sais déjà que j’en ai plusieurs dizaines de disponibles et que mon problème est que je ne pourrai en lire qu’une partie. Lequel est le meilleur ? Lequel dois-je vraiment acheter ? Lequel dois-je vraiment lire ? Lequel va m’apporter le plus de nourriture ? Bien sûr qu’on cherche aussi les listes noires des uns et des autres, mais force est de constater qu’elles ne sont jamais disponibles, qu’elles sont difficiles à rassembler… Je dis souvent que dans ma veille la liste des articles que je lis et ne retiens pas devrait être aussi importante que celle des articles que je lis et résume. Mais uniquement comme une fonction d’exclusion. C’est assez proche des algorithmes dévoués finalement…

    Quel titre de SF choisir, sachant que le très bon cotoie le très mauvais ? Comment dépasser les grands classiques pour aller vers d’autres titres ? Les amis, le bouche à oreille est essentiel bien sûr. Les recommandations automatiques ou non peuvent également l’être. Mais elles ont des biais. Je m’amusais l’autre jour à demander à mon ami Rémi Sussan sa liste des 10 titres de SF à emmener sur une île déserte. D’abord j’ai été surpris (je n’en avais lu qu’un seul) et depuis, j’en ai laissé tomber 3, car ils portaient sur des thèmes qui finalement ne sont pas les miens, ne sont pas ce que je cherche dans la SF…

  15. karl

    Une autre façon de me connecter au livre suivant si on s’échappe de la librairie et que l’on s’approche de la lecture est le contenu même du livre que je suis en train de lire. Une influence certaine pour moi est constitué par les lieux physiques, les dates, les éléments culturels et sociaux et les citations que j’ai appréciées avec bien sûr le désir d’hyperliens entre les éléments et le fait d’y ajouter ses propres écrits, photos, etc. :) Mais cela je l’ai déjà mentionné et on s’écarte du sujet initial.

  16. karl

    Ah oui un oubli dans le principe de recommandations et analyses d’une entité distante, la notion de confiance et d’exploration. Un système de recommandations qui me poussent des promotions détruit ma confiance, un système qui me laisse concevoir mon exploration construit mon exploration. Je ne veux pas nécessairement que l’on me recommande sauf si un besoin précis, mais en revanche je veux pouvoir définir les critères de cette recommandation sans que je devienne un profil commercial. L’outil ne m’est utile que si je peux l’utiliser à ma guise et non pas que l’outil m’utilise.

  17. SoBookOnline

    @Karl On n’est pas si éloigné du sujet en évoquant les lieux, les dates, les citations, les éléments culturels, etc. on est même au coeur d’un moteur qui nous permettrait d’accéder à un livre à partir de tags originaux («  À lire avec un chat sur les genoux  », «  5 livres où les héros meurent de façon brutale  », etc.), d’accéder à ces chemins de traverse qu’évoque Hubert dans un vieil article (http://www.internetactu.net/2007/01/12/des-agregateurs-aux-disseminateurs/). En fait, on est simplement au coeur de la lecture et de sa pratique que les libraires et les bibliothécaires peuvent nous aider à promouvoir sur Internet. Les réseaux de lecteurs actuels le font évidemment (http://www.sobookonline.fr/livre-numerique/livre-social/a-la-recherche-de-la-lecture-asociale-iv-ecrits-de-lecteurs/) parce qu’un internaute doit pouvoir tomber sur une fiche de livres à partir du mot-clé hasardeux («  livre belle-mère  ») qu’il a inscrit sur Google. Mais c’est là une stratégie, promue comme une pratique de recherche et non pas comme une pratique de lecture.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>