à plusieurs, on est meilleurs

Allez voir sur le blog d’Aldus : il a monté à la suite les unes des autres dans un même fichier la première page de «  Crime et Châtiment  » de Dostoïevski dans différentes versions. Le commentaire d’Hadrien éclaire bien l’exemple. Et le tout illustre à merveille la longue discussion qui a eu lieu sur le post précédent, à propos des formats de fichier pour le livre numérique. Et merci à tous de vos contributions, c’est un plaisir d’abriter de tels échanges. Qu’est-ce que ça va être au Salon du Livre ! Et dans quelques semaines, au Bookcamp

8 réflexions au sujet de « à plusieurs, on est meilleurs »

  1. Aldus

    merci Virginie, en effet des échanges très fructueux entre nous tous ; en revanche plus on avance, plus je perçois des philosophies très contrastées entre ceux qui revendiquent la mort du copyright et les modèles gratuits, et ceux qui défendent la protection des auteurs et le développement de modèles économiques…

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Aldus : Je ne suis pas certaine que la ligne de démarcation soit aussi nette… Ceux qui parlent de la gratuité (beaucoup Chris Andersen, ces derniers jours, qui organise un buzz autour de son prochain livre, dont je ne pense pas qu’il va le distribuer gratuitement), parlent aussi de modèles économiques autour de la «  gratuité  ». J’observe plutôt un clivage entre ceux qui, voyant ce qui est en train de se passer, s’inquiètent, et réagissent de manière exclusivement défensive, et ceux qui essaient de comprendre et  d’anticiper de façon positive. Cette dernière posture n’est pas facile, mais a-t-on le choix ?

  3. Alain Pierrot

    Je suis extrêmement ambivalent quant au billet de Chris Anderson, qui, vu la notoriété d’Anderson, a toutes les chances d’avoir une audience considérable, sans commune mesure avec une réflexion argumentée et responsable.
    D’un côté, je lis dans sa classsification de modèles économiques utilisant des formes de gratuité (celle reprise par Olivier Ertzscheid) une bonne et utile clarification des enjeux de business.
    D’un autre côté, je vois un sophisme, assez démagogique dans son discours accrocheur, exprimé par exemple dans son paragraphe de conclusion :

    Today it’s digital technologies, not electricity, that have become too cheap to meter. It took decades to shake off the assumption that computing was supposed to be rationed for the few, and we’re only now starting to liberate bandwidth and storage from the same poverty of imagination. But a generation raised on the free Web is coming of age, and they will find entirely new ways to embrace waste, transforming the world in the process. Because free is what you want — and free, increasingly, is what you’re going to get.

    [Aujourd'hui ce sont les techniques numériques, pas l'électricité, qui sont devenues trop bon marché pour être mesurées. Cela a pris des décennies pour nous débarrasser du postulat que l'informatique devait être réservée à une élite, et nous commençons seulement à libérer la bande passante et l'archivage du même manque d'imagination. Mais une génération élevée dans la culture du Web gratuit arrive à maturité, et ces gens vont trouver de nouvelles manières d'assumer la dépense sans compter*, transformant le monde au passage. Parce que la gratuité est ce que vous voulez — et la gratuité, de plus en plus, est ce que vous allez avoir.]
    * Je propose de traduire ainsi ‘waste’, « gâchis », au vu de ce que Chris Anderson dit plus haut dans son billet à partir des propos de Mead en corollaire à la loi de Moore.
    Le discours d’Anderson est que l’informatique peut avoir un coût zéro («  gratuité  ») pour une capacité de calcul et de stockage infinies. Cependant, quand on lit attentivement son article, il parle d’un coût marginal, “too cheap to matter”, [trop bon marché pour avoir de l'importance]. C’est en cohérence avec sa reconnaissance que la gratuité implique une dimension psychologique chez les consommateurs : “The huge psychological gap between «  almost zero  » and «  zero  » is why micropayments failed.” [Le large hiatus psychologique entre "presque zéro" et "zéro" explique la faillite des micro-paiements.]
    Pour ma part, je pense qu’il serait plus responsable d’éviter dans ce cas de prétendre qu’il existe du “free for everyone” [gratuit pour tout le monde] comme Anderson le mentionne dans sa classification pour plusieurs modèles. En tant que consommateur et individu politique, il me semblerait plus raisonnable de décider des investissements acceptables, sans (faire) croire à l’infinité des ressources. Cela serait plus cohérent avec la prise de conscience que les ressources «  naturelles  » de notre monde sont finies et doivent être gérées.

  4. PdB

    sous réserve de paraître vieux jeu, je préfère lire la version de crime et châtiment qui est chez moi, là dans la bibliothèque derrière (quand j’ai envie de la lire, c’est pas tous les jours, comme le joueur ou lucien leuwen ou outsiders ou la misère dumonde je m’en fous : ce qui m’intéresse, c’est de lire les trucs qui me font avancer voilà ) ; je préfère ne pas avoir à traduire sous foerme de mots ce que je ressens en lisant agatha christie, patricia highsmith ou en écoutant alla fitzgerald ; j’aime bien regarder les étoiles dans le ciel, le soir ; les avions qui passent et entendre les cris de ma voisine qui morigène sa fille -14 mois, sarah – le reste, après tout…

  5. Aldus

    je voudrais être aussi optimiste que toi Virginie, je veux bien croire que nous sommes tous en train de chercher ; malgré tout, je ne peux pas m’empêcher de penser que tous ces effets d’annonces concernant des modèles gratuits, la remise en cause de la notion du copyright participent d’un même lobbying ambiant ; et que certains avancent, toujours au nom de la diffusion au plus grand nombre, sur le terrain d’eugénismes documentaires
    http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2006/09/contrat_califor.html
    ceci dit en passant la politique de Google en terme de dépôts de copyrights est édifiante… dans le genre «  faites ce que je dis, ne dites pas ce que je fais…  »

  6. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Alain : Contrairement aux ressources naturelles, effectivement en quantité limitée, les oeuvres de l’esprit sont, elles, potentiellement, en quantité illimitée. D’autre part, la notion d’  »exemplaire  » disparaît avec le numérique, et chacune de ces oeuvres est potentiellement reproductible à l’infni sans déperdition de qualité.

    On a vu avec la photographie comment la pratique des «  tirages limités  » a fait obstacle à cette reproductibilité de l’image photographique. Et on voit comment cette création artificielle de la rareté perdure, pour une partie des photographies, alors que parallèlement quantité d’usages de la photographie se sont inventés et s’inventent encore depuis la banalisation de la photographie numérique, comme s’inventent autour d’eux différents modèles économiques.

    Une ressource qui demeure en quantité limitée, c’est notre attention, notre «  temps de cerveau disponible  » comme disait l’autre. Porter une oeuvre de l’esprit à l’attention de ses destinataires devient un véritable défi dans cette abondance. Je ne crois pas que comme l’affirme Andersen «  le postulat que l’informatique est réservé à une élite  » soit tombé. L’usage de celle-ci est effectivement devenu bien plus abordable, encore que nombre de nos concitoyens sont encore complètement déroutés. Mais le savoir faire numérique nécessaire pour organiser et être partie prenante de la gestion des ressources sur le web demeure très spécifique. Les acteurs qui dominent sont passés maîtres dans l’art de gérer des bases de données complexes, et dans l’art de l’interface utilisateur également. Ils savent à la fois organiser les données et organiser l’accès à celles-ci. Ces savoir-faire là sont précieux aujourd’hui, cependant leur importance stratégique demeure méconnue de beaucoup.

  7. Alain Pierrot

    @Virginie

    La capacité d’attention est bien en rapport avec la notion de «  bande passante  », denrée elle-même limitée ; même si son coût d’usage diminue spectaculairement, il n’est pas nul ni gratuit. Le remplacement du «  coût à l’exemplaire  » par l’achat de bande passante (et de stockage de fichiers) implique calcul et gestion.

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