L’attrape-coeurs

J’aime bien la couverture de cette édition de poche de L’attrape-coeurs, trouvée sur Wikipedia, un poche dont on imagine les pages jaunies, quelques-unes ne tenant plus que par un fil de colle, prêtes à se détacher ; un livre qu’on s’attendrait à trouver sur l’étagère d’une maison louée pour les vacances, à côté de quelques Club des cinq, d’une vieille édition du guide vert de la région et de trois ou quatre livres en allemand).

C’est le nom que s’est donné une librairie (4 place Constantin Pecqueur – 75018 Paris), et c’est aussi le nom d’un blog littéraire, qui n’est pas le blog de la librairie, mais n’est pas sans rapport avec celle-ci, comme l’expliquent ses auteurs.

Sur le blog de l’attrape-cœur, repéré par Hubert je lis un billet qui est plus qu’un compte-rendu de l’atelier que j’ai animé avec Alain Pierrot, Xavier Cazin et Guillaume Teissère. Renaud, à partir de ses notes, a poursuivi la réflexion sur le thème «  qu’est-ce qu’un site d’éditeur 2.0″, et en lisant, je retrouve à la fois des échos que ce que nous avons pu échanger pendant cet atelier du BookCamp, mais aussi des prolongements de la réflexion engagée alors.

C’est stimulant, et cela vient dissiper cette sensation de frustration que l’on ressent fréquemment à l’issue d’une rencontre de ce type, l’impression de n’avoir pas dit tout ce que l’on aurait souhaité dire, que le débat s’est focalisé sur un petit nombre de points, éclipsant les autres. C’est la loi du genre, bien sûr. Mais c’est très encourageant de lire un tel billet, qui montre que les quelques éléments que l’on n’était pas si sûr d’avoir pu faire passer, ont été entendus, et, enrichis des réflexions de l’auteur, excellemment restitués. Merci Renaud !

19 réflexions au sujet de « L’attrape-coeurs »

  1. Renaud

    Merci Virginie pour votre sympathique et très intéressant billet.
    J’étais un peu inquiet par rapport à mon compte rendu. Certaines parties font référence à ce qui a été dit explicitement pendant l’atelier. D’autres sont plus personnelles mais en même temps découlent logiquement de la discussion. De l’idée de «  porosité  » d’un site web par exemple on en vient à penser naturellement à l’utilisation des fils de syndication et des interfaces (webservices). En écoutant la conversation, par ailleurs très enrichissante, j’ai eu le vague sentiment que les choses n’étaient pas entièrement dites ce que confirme votre billet. C’est pourquoi j’ai essayé d’expliciter tout cela à partir de mes notes. Dans ce sens, votre billet me rassure !
    Je n’appartiens pas à la librairie ; je suis un lecteur (d’ailleurs certains clients se demandent qui peut bien être ce «  Renaud  »). Mais j’ai une question à vous poser : d’où vient la photo ? Je ne pense pas que cela soit un problème de l’afficher mais je demandais si vous étiez du quartier. Vous n’êtes quand même pas passé un soir pour prendre une photo après avoir lu le blog, n’est-pas !? :-)

  2. F

    et des prolongations ici
    http://www.tierslivre.net/forum/viewtopic.php?pid=267#p267
    (assez stupéfait, plus de 1111 visites sur cette page forum depuis lundi, preuve que ça doit quand même être problématique sensible)

    apparemment, V a trouvé la photo ici
    http://web.mac.com/escapage/escapage/Je_porte_un_enfant.html
    mais on en trouve aussi dans «  traces et trajets  »
    http://gilda.typepad.com/traces_et_trajets/2008/06/lubiquit-ne-suf.html

    j’avais aussi évoqué ça ici :
    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1320
    à propos de l’expression «  ceci n’est pas le blog de la librairie  » !

    en tout cas, merci Renaud de ce compte rendu rebondissant

  3. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Renaud : pour la photo, F a répondu avant moi.
    J’aime bien que vous vous définissiez comme un lecteur. Nous avons été quelques uns à regretter qu’il n’y ait pas plus de lecteurs présents au BookCamp, en particulier de lecteurs blogueurs, il y en avait au moins un ! Qu’on parle de «  chaîne du livre  » ou de «  réseau du livre  », ôtez le lecteur, et tout le reste disparait…
    @F merci pour les liens.

  4. Renaud

    @F merci aussi pour les liens. J’ai parcouru hier le forum de tiers livre. C’est très intéressant. Je n’ai pas encore tout lu. Depuis le forum je suis arrivé sur NetVibes et les 100 blogs. Merci d’avoir pensé au blog «  Attrape-Cœurs  ». J’ai également lu le billet sur tierslivre «  ceci n’est pas le blog de la librairie  ». Merci ! :-)
    En ce qui concerne le compte rendu rebondissant – et le Bookcamp en général – , le plaisir était pour moi. Tout comme vous, le livre électronique et le web 2.0 ne cesse de m’interroger. Cela dit, il ne faut non plus que j’oublie que le blog Attrape-Cœurs est un blog «  littéraire  ». Attention à la ligne éditoriale ! :-)
    J’ai vu que vous aviez repéré le blog de Gilda. Coucou à elle. :-)
    @Virginie merci encore pour le billet et la jolie couverture vintage du roman de Salinger. Belle mise en scène de cette vieille édition aux pages jaunies.
    Bien à vous

  5. F

    Renaud : bien pour ça que tu poses la même question, pareil que question éditeurs – dire «  est un blog littéraire  » veut dire que le mot «  blog  » est à égalité du mot «  littéraire  » – il n’y a pas de question sur les contenus (le littéraire) qui soit séparable du vecteur support (le blog)
    quand je bricole un script ou que je suis dans Dreamweaver, j’ai exactement les mêmes sensations et les mêmes enjeux qu’en traitement de texte pur – dans le traitement de texte, si longtemps qu’on a intégré ces questions de typo, ou du format récipiendaire (revue, catalogue, affiche etc) qu’on a tendance à ne plus s’en rendre compte (Alain P ne me contredira pas)
    notre intervention blog n’est pas dissociable entre contenu (on ne fait pas de la «  critique littéraire  », on déplace vers expérience plus subjective) et la façon dont on la propage, la met en page, l’ «  écrit  »
    et c’est vital d’aborder cette question de la «  tekhnè  » depuis nos enjeux littéraires, comme tu l’as fait pour l’édition web2.0, mais je n’ai surtout pas l’impression, ce faisant, qu’on se séparerait du littéraire
    même le code est littérature !

  6. Renaud

    @F Pour avoir codé et m’intéresser aussi bien aux aspects techniques qu’à la littérature (technique et littérature qui du point de vue de l’informatique sont liés de quelque manière que je ne comprends pas – peut-être les racines communes sont-elles à chercher dans le «  logos  » ? -, un peu comme les mathématiques et l’esthétique), je partage tout à fait votre opinion. Et peut-être Gilda serait également d’accord avec nous (à voir).

  7. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Je vais m’aventurer un peu, peut-être, en disant que «  coder  », cela signifie beaucoup de choses. Un jeu de poupées russes, un peu. De ce que je sais, et contrairement à ce qu’on pourrait s’imaginer, plus un langage informatique est dit «  de haut niveau  », plus il est accessible au profane. Plus il est de bas niveau, plus il est «  proche de la machine  », et difficile à appréhender par des êtres humains non initiés.
    Mes premiers contacts avec la programmation, et bien des informaticiens considéreraient qu’il ne s’agit pas de programmation, je les ai eus avec Hypertalk, le langage de script d’Hypercard (du temps des petits macs verticaux, écrans noir et blanc, le premier que j’ai eu était un 128, sans disque dur, système sur une disquette, application sur une autre, et il fallait sans arrêt insérer la disquette système, puis la disquette application…).
    Il n’empêche, c’est en manipulant Hypercard que j’ai compris ce qu’était une variable, et je me souviens du plaisir que cette compréhension m’avait procuré alors, impossible à communiquer, mais si intense.
    Plus tard, j’appris le langage de script de Director, Lingo, avec toujours un plaisir jubilatoire à réussir à faire éxécuter à la machine ce que j’avais décidé de lui faire faire.
    Même chose avec ActionScript pour Flash. Je travaillais alors en indépendant, et mettais à profit les intervalles qui parfois (malheureusement pour le compte en banque) surviennent entre deux projets, pour toujours me former à quelque chose de nouveau.
    HTML n’est pas un langage de programmation, mais un langage de description de page, et je le trouvais bien ennuyeux, heureuse de trouver des logiciels qui avaient la grâce de coder à ma place. J’ai fini par m’y mettre cependant, mais uniquement quand j’ai voulu réaliser moi-même des sites dynamiques, et que je me suis attaquée à php-mysql. Pareil quand j  »ai décidé de réaliser un site avec des CSS, sans tableaux, en séparant soigneusement forme et contenu. Je n’étais pas développeur, et ne le suis toujours pas, mais il m’a toujours semblé indispensable d’en connaître suffisamment pour pouvoir dialoguer convenablement avec des développeurs. Et coder, même de façon amateur comme je l’ai toujours fait, est quelque chose d’incroyablement jouissif, addictif. Comprendre, essayer, échouer, corriger, encore échouer, corriger encore, puis réussir enfn procure un sentiment de joie difficilement communiquable, souvent disproportionné au résultat.
    Coder, c’est écrire pour se faire comprendre de la machine, ou plutôt pour faire éxécuter à la machine ce que l’on a décidé qu’elle éxécuterait.
    Le but est bien défini et atteignable, c’est un jeu avec des règles, même s’il a quelque chose de vertigineux, car tout codeur en vient vite à vouloir toujours plus optimiser, à rarement accepter de faire du code jetable, mais à rationnaliser encore et encore pour ne jamais écrire juste un programme, mais toujours un programme qui génère lui-même un programme, et c’est pourquoi je parle de poupées russes…
    L’écrivain, de ce que je peux en savoir, n’est pas guetté par cette tentation de la recherche de l’automatisation. Son horizon est illimité, et son écriture se déploirait plutôt en résistance à cet horizon sans limite. Elle est délimitation. Le vertige du code est concentrique, clos. Le vertige de la littérature est celui qui nous prend, la nuit, en regardant les étoiles.

  8. F

    merci, Virginie, de remettre les pendules à l’heure !

    bien sûr, en accord avec toi (et Renaud, par le fait) – je voulais juste dire que l’espace de la page est à construire – mes «  compétences  » sont très limitées, entrer dans mes fichiers css, ou là ce soir installer des extraits audio
    http://remue.net/spip.php?article2773
    (et même, sur remue, dont le css est réalisé par un «  vrai  » programmateur, avec plein d’innovations, je ne rédige pas comme sur mon propre site)

    mais l’ergonomie du site, le passage d’un post à l’autre (comment «  naviguer  » dans le blog pourtant magique d’Eric Chevillard ?), la tenue écran du texte me semblent désormais des lettres de mon alphabet, à côté ou en prolongement des autres outils – si j’inscris du «  texte  » avec mon clavier, je sais très bien que «  j’écris  » du spip, ou du html, que l’aspect lisse du texte je l’obtiens parce que, dès l’écriture, j’ai mêlé des balises, des ancres, des accolades etc

    mais si ça nous vaut la digression du soir de V, c’est gagné ! bon we !

  9. F

    sans compter hier matin d’avoir réussi à bâtir des fichiers «  distrib  » dans mon spip paramétrés différemment pour chaque rubrique : oh que fier j’étais !

  10. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @F Si comme le rappelait Christian Fauré, citant Simondon, la technologie c’est «  l’inscription du symbolique dans la matière  », il est heureux que des écrivains s’y intéressent, et cessent de la considérer comme quelque chose qui va de soi, quelque chose qui doit suivre, l’intendance en quelque sorte, peu digne d’intérêt. Voir comment de nombreux lettrés articulent un «  je n’y comprends rien  » sans la moindre nuance de regret, avec une sorte de supériorité, comme si «  y comprendre quelque chose  » risquait de les reléguer au rang de techniciens dépourvus d’imagination. Un peu comme quelqu’un qui déclarerait dans un dîner, «  oh, non je ne sais pas cuisiner, je suis incapable de faire une omelette  », sûr que tout le monde va trouver ça formidable, cette incompétence, et sous entendant qu’il a des gens pour faire cela pour lui, et qu’il n’aimerait pas, mais vraiment pas, être à leur place…

  11. Christian Fauré

    Pour Stiegler, la technologie n’apparaît que lorsque la technique rencontre l’industrie (de masse). Pour ma part, je suis effectivement plus à l’aise en parlant de technologie comme l’inscription du symbolique dans la matière, sur un support.

    Cela va loin car les peintures de grottes de lascaux sont pour moi de la technologie, tout comme l’écriture sur un papyrus, ou des caractères cunéiformes sur une tablette d’argile.

    Le code, c’est cette technologie inédite qui est une écriture pour la machine. Elle a a ses origines dans les technologies de télécommunication (comment améliorer la qualité du télégraphe et du téléphone sur des longues distances).

    Mais tout ceci n’a pu avoir lieu qu’aux états-unis car, le système technique devenant trop important, il a fallu commencer à parler aux machines.

    L’acte de naissance de la notion d’information se fait précisément dans sa compréhension comme «  code  », avec Shannon, en 1948.

    Il est ainsi surprenant de constater que le terme «  d’information  » a été forgé dans les années 30 pour trouver un dénominateur commun entre toutes les machines du système technique américain. Auparavant, la notion d’information désignait soit l’enquête judiciaire, soit le fait rapporté dans le journalisme.

    bon week end.

  12. Bruno Rives

    @ Virginie
    Impressionné que vous soyez passée par HyperCard. Je garde un tel souvenir de certains stacks.
    Mais si, HyperTalk et son grand frère SmallTalk sont des langages de programmation ; orientés objet, les plus subtils ! Et permettant aux auteurs des créations des plus ergonomiques.

  13. Bruno Rives

    Le code est-il une technologie aussi inédite que cela ? N’est-ce pas sa simplicité qui l’a mis temporairement à part de l’écriture, et non pas le fait qu’il concerne le monde des machines ? Il me semble qu’écrire, c’est coder, c’est automatiser. Le point virgule de Flaubert n’a-t-il pas une signification aussi précise, ne déclenche-t-il pas autant d’automatismes qu’un ordre à un processeur ?
    Les «  langages  » de programmation ont inspiré les créateurs dès qu’ils leur ont été accessibles ou lorsqu’ils ont été suffisamment élaborés pour déclencher la créativité. Avant, ils servaient surtout à faire des calculs. Un peu comme les bâtonnets avant l’apparition de l’écriture.

  14. JM Destabeaux

    Une piste du point de vue de la linguistique : la programmation est essentiellement un acte de langage (performatif), où le texte déclare ce qu’il est capable de faire faire dans un certain contexte. Cette expression a lieu dans le cadre d’un dialogue avec un automate, dont la nature a finalement peu d’importance (un «  utilisateur  » pouvant être également avantageusement réduit à une sorte d’automate…)

    La question est traitée en profondeur dans A Theory of Computer Semiotics, de Peter Bøgh Andersen.

    Voir aussi la réflexion autour des performatifs dans les recherches sur les systèmes multi-agents.

  15. bruno Rives

    L’étude des mécanismes cérébraux de la lecture est très instructive sur le sujet, il y a aussi The Society of Mind, de Marvin L. Minsky…

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