Suivez cet homme !

Je n’ai jamais rencontré Jose Afonso Furtado. Je ne connais de lui que ce ce que m’en disent Twitter et LinkedIn : qu’il dirige la bibliothèque d’art de la Fondation Gulbenkian à Lisbonne, qu’il enseigne à l’Université Catholique de Lisbonne où son cours s’intitule «  Books and Publishing in Digital Era  ». Je sais aussi qu’il est un formidable dénicheur d’informations, et qu’il partage, en plusieurs langues ses découvertes avec ses 584 followers dans Twitter. J’ai voté pour lui pour les Shorty Awards, sans hésiter une seconde. Vous qui suivez de près l’actualité de l’édition en relation avec les évolutions du numérique, suivez cet homme !

6 réflexions au sujet de « Suivez cet homme ! »

  1. Hubert Guillaud

    hum.

    Je répondais récemment à la question, «  Quelle est la personne la plus utile que vous suivez sur Twitter ?  » et j’expliquais qu’il n’y a pas une seule réponse à cette question, car cela dépend de ce qu’on mesure ou de ce qu’on cherche dans Twitter… Si c’est l’efficacité de la veille, alors JeanLucR ou Jafurtado sont excellents : dans leurs domaines, ils font une veille nourrie et riche d’une dizaine à une vingtaine de twitts par jours… Mais finalement, malgré la qualité de leur travail, ils ne me sont pas utiles.

    Pourquoi ? Parce que ma veille me dit grosso modo la même chose que ce qu’ils nous répètent, en 140 caractères. Et que 140 caractères, c’est souvent trop court pour aller à l’essentiel (c’est-à-dire pour nous éviter de cliquer, pour nous dire si ça va nous intéresser vraiment ou pas). Pour la veille, incontestablement, Delicious est bien plus adapté, surtout depuis qu’on peut moduler le texte jusqu’à 1000 caractères. On a le temps de faire une synthèse. Au final, on peut éviter de cliquer sur la source (et ça c’est précieux), surtout qu’on voit l’URL de la source (alors que les TinyURL de twitter sont d’une opacité frustrante). On peut éditorialiser son résumé pour qu’il soit compréhensible par d’autre (source, titre, indication particulière type pdf ou source en langue étrangère, etc.). Autant dire que je préfère un aaaliens à 100 twitters.

    Sans compter que sur Twitter la veille peut se faire d’une manière quasiment automatique : il suffit d’utiliser le fil RSS des articles qu’on sélectionne de son GoogleReader ou de son Netvibles pour twitter automatiquement toute la veille qui nous passe entre les mains, juste en sélectionnant d’une étoile une info qui nous a plus, sans même avoir à écrire le moindre mot. Pourquoi lirais-je l’agrégateur d’un autre si le mien contient les mêmes informations ?

    Cela signifit donc que Twitter doit servir à autre chose. Twitter est très utile pour poser des questions à son réseau (qui trouve les réponses plus vite que vous). Très utile pour regarder des choses à côté de votre scope (beaucoup de blogueurs s’en servent pour signaler des choses qu’ils ne blogueraient pas par exemple). Pour suivre des gens dont vous ne suivez pas déjà tout (si vous suivez les blogs et le fil Delicious de quelqu’un, Twitter ne vous apporte pas beaucoup plus, bien souvent), donc des gens dont vous n’êtes pas tout à fait proche mais dont il est possible que vous le soyez un jour. Pour moi, Twitter n’est pas utile en mode veille : il ne fait bien souvent que répéter ce que je lis par ailleurs, il ne fait qu’accélérer le temps. Oui Jafurtado finit par lire son agrégateur plus vite que moi et twitte des choses que je n’ai pas encore lu, mais que m’apportent ses twitts, à part l’accélération ?

    Comme Cory Doctorow, j’ai beaucoup de doutes sur l’utilisation qu’on peut faire de Twitter. Il me semble surtout utile en mode communication. C’est vraiment un moyen d’entretenir des relations, de suivre la vie, les petites réflexions de certains dont nous sommes plus ou moins proches ou dont l’avis vous importe. Donc ce n’est pas l’utilité qui est première : dans ces relations parasociales, ces outils sont surtout utiles pour nous éclairer sur nous-mêmes. Ce que j’aime dans Twitter, ce n’est pas son utilité, mais la fausse proximité qu’il permet avec d’autres. Une proximité qui peut être compensée de bien d’autres manières, notamment par l’utilisation de FriendFeed, qui permet d’aller un cran plus loin dans le suivit de ce que font vos «  amis  » sur le net. Sur Twitter je suis un panel de personnes que j’apprécie et d’autres moins, mais qui me donnent un pouls de ce qu’il s’y dit ou de ce qu’ils y font. Mais c’est une impression très trompeuse je le crains.

    La galère du racourcissement d’url : http://innovablog.com/analyse/raccourcissmement-url-short-url-web-invisible/
    Une étude sur twitter : http://firstmonday.org/htbin/cgiwrap/bin/ojs/index.php/fm/article/view/2317/2063

    PS : rien de personnel à l’encontre de José Alfonso, au contraire. Je comprends tout à fait l’intérêt de son travail et comprends même qu’il soit utile à plein de gens.

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Merci pour ce long commentaire, Hubert. Il y a bien sûr un effet de redondance entre les différents outils, l’agrégateur RSS, Twitter, Friendfeed, Delicious etc. mais cette redondance permet justement à chaque utilisateur de développer des usages qui lui sont propres, même si cela occasionne quelques tâtonnements.
    Je me suis aperçu par exemple que je n’utilise plus du tout Twine, alors que j’étais toute contente de l’explorer, et que c’est un outil à priori très innovant, qui respecte les standards du web sémantique, mais c’est juste l’outil en trop… Dans ma barre firefox, j’ai le choix entre «  ajouter sur delicious  » ‘twine this  » «  partager sur facebook  »… et je n’utilise pratiquement que Delicious. Pourquoi, parce que je sais que c’est là que je pourrai le plus facilement retrouver l’information, et que je pourrai également la partager si je le souhaite.

    Alors, et Twitter ? Et bien la grande différence entre Twitter et les autres, c’est l’instantanéité, le fait que ce soit un fil, en temps réel. Twitter un lien, c’est un peu comme donner un coup de coude virtuel à son voisin et lui dire : «  t’as pas vu ça ?  ». J’aime bien en réalité comparer le «  mood  » que procurent chacun de ces outils, jouer avec les statuts dans Facebook, et comme toi j’aime cette espèce de fausse proximité. Les bibliothécaires sont souvent prolixes en petites remarques rigolotes dans twitter, et tant que c’est drôle, j’aime bien. J’ai cessé de suivre qelques twitterers qui m’obligeaient à partager sans aucun humour leur petits soucis quotidiens, et qui sont comme ces gens capables de vous raconter en détail et sans pitié leur dernière visite chez Leroy Merlin, et leur hésitation entre tel et tel modèle de barre de douche. Le virtuel ne change rien à l’affaire : un «  fâcheux  » demeure un «  fâcheux  ». Ce qui est chouette c’est de pouvoir faire «  stop following  », alors que dans l’ascenseur de son immeuble on ne peut pas faire «  stop sharing l’ascenseur avec Machin qui me prend la tête  ».

    Quant à Jose Alfonso Furtado, il partage sa veille en temps réel, et déniche justement souvent des infos qui ne sont pas dans mon agrégateur… Il fait partie, comme toi, Hubert, des gens dont j’apprécie qu’ils me donnent une tape sur l’épaule en me disant, eh, dis donc, t’as vu ça ?  ».

  3. Hubert Guillaud

    Comme je le reconnaissais auprès de José Alfonso, en aparté, je pense que j’ai là un point de vue trop décalé pour être objectif. Gros consommateur de veille, les Twitts de gros veilleurs génèrent du bruit et de la redondance et ne pointent que sur des choses dont le web bruisse déjà quelque soit l’outil qu’on utilise pour le suivre. Pour des raisons objectives, je préfère d’autres outils pour suivre le bruit.

    Reste que twitter produit quelques rares sources directes et directement exploitables (liées aux évènements réels notament : grèves, attentats, commentaires de conférences, annulation de quelque chose, etc…). Mais bien évidemment on peu l’exploiter de multiples façons.

  4. Bibliobsession

    Oui Hubert Twitter n’est pas un outil de veille, c’est trop court et surtout ça ajoute effectivement un lien opaque agaçant. Je pense quand même que pas mal de gens en font un usage de veille «  en dilettante  » autrement dit peu de liens, pour des veilleurs qui aiment cliquer de manière impulsive quand la bulle twitterfox apparait (cette extension firefox induit cet usage pour une bonne part je pense) où quand ils scannent visuellement les twitts

    Je suis pour ma part les géniaux veilleurs suscités non pas via twitter mais via rss…

    Je me suis longtemps posé la question pour le Bouillon et j’ai finalement décidé de proposer un compte spécifique spécialement dédié à la diffusion d’articles du Bouillon, justement pour ne pas produire du bruit sur mon fil twitter. L’idée est de faire un réglage fin : 5 news toutes les 30 min quand il y a mise à jour du fil. Tout est donc question de dosage et de positionnement, même si on automatise… (je l’annoncerai sur mon blog dans les prochains jours)

  5. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Avec ce billet, je n’ai pas souhaité rendre hommage à un outil, ( il y a bien assez de boucan autour de Twitter !) mais à une personne. Quelqu’un qui qui a réussi, malgré la contrainte des 140 caractères et des URL tronqués, à «  exister  » dans mon environnement en ligne de façon curieusement dense, si je pense au fait que je ne connais de lui que ces messages sur Twitter. Et je ne suis pas la seule : Jose Alfonso est suivi entre autres par Mike Shatzkin, Laura Dawson, Michael Cairns.

    J’ai cessé de suivre certains twitterers dont les rafales de twitts me démoralisaient. Parmi ceux qui twittent à un rythme soutenu, je ne conserve que ceux qui ajoutent un «  petit plus  » ( charme ? élégance ? humour ? éclectisme ? ) à l’excellence de leur sélection de liens.

    Et sur la meilleure manière d  »utiliser tel oui tel outil pour effectuer ou partager sa veille : la question est passionnante, mais ce n’était pas le thème de mon billet. Un sujet pour un prochain bookcamp ?

  6. bibliobsession

    ok ok bon ben si on peut plus digresser en commentaires maintenant… ;-) (moi j’aime bien quand les commentaires partent en dehors du sujet du billet, c’est comme quand des usagers d’une bibliothèques s’approprient cet espace public…)

    Bravo à Jose Afonso Furtado !

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