blogs, wikis, réseaux sociaux : ce n’est pas ça le Web 2.0

C’est Tim O’Reilly, l’inventeur du concept,  qui le dit dans Wired :

«  We’re still trying to move people toward really understanding what that new world looks like. I don’t think a lot of people are there. A lot of people still think, «  Oh, it’s about social networking. It’s about blogging. It’s about wikis.  » I think it’s about the data that’s created by those mechanisms, and the businesses that that data will make possible.  »

Ne pas oublier que Tim O’Reilly est un éditeur. Certes, plus connu des geeks que des lecteurs du Matricule des anges. Et l’édition est  concernée par «  the business that that data will make possible  ». That data  ? Ce blog, le votre, vos commentaires, votre page de liens et vos photos partagées, le wiki auquel vous collaborez…

La valeur réside non seulement dans «  that data  », mais bien aussi dans les liens et les tags, comme l’écrivait Kevin Kelly en mai dernier dans son article «  Scan this book !«  , publié dans le New York Times.

«  The link and the tag may be two of the most important inventions of the last 50 years. [...] You may think you are just browsing, casually inspecting this paragraph or that page, but in fact you are anonymously marking up the Web with bread crumbs of attention. These bits of interest are gathered and analyzed by search engines in order to strengthen the relationship between the end points of every link and the connections suggested by each tag. «  

Même si le ton «  technoptimiste  » de Kelly m’agace un peu, cet article pose les problématiques du «  livre à l’ère du numérique  » d’une façon claire.

Et en attendant, je n’ai toujours pas lu le rapport sur la contribution des TICE à la modernisation du système éducatif. C’est malin !

3 réflexions au sujet de « blogs, wikis, réseaux sociaux : ce n’est pas ça le Web 2.0 »

  1. fernand

    Utopie sympathique, généreuse, mais naïve — et d’un logicisme totalitaire :
    Kelly dans l’article cité ci-dessus :
    «  search technology will enable us to grab and read any book ever written  »
    «  In a curious way, the universal library becomes one very, very, very large single text : the world’s only book.  »
    Le coût (en temps et ressources) d’accès à un élément d’une bibliothèque universelle, intemporelle est analysé par Borges dans un texte célèbre, Fictions, «  La bibliothèque de Babel  », 1941. S’y reporter avant d’applaudir à des remarques comme
    «  If you can truly incorporate all texts — past and present, multilingual — on a particular subject, then you can have a clearer sense of what we as a civilization, a species, do know and don’t know.  »
    «  so you can hop through the library in the same way we hop through Web links, traveling from footnote to footnote to footnote until you reach the bottom of things.  »
    Le «  fond des choses  », aïe !

    «  In the new world of books, every bit informs another ; every page reads all the other pages.  »
    Plus formellement, il semble que le problème doive s’apparenter à quelques déceptions intellectuelles des deux derniers siècles passés (cf. Cantor, Frege, Russell, Gödel). Autant savoir où on met les pieds…

    «  What search uncovers is not just keywords but also the inherent value of connection.  »
    En termes éditoriaux, ça s’appelle le succès, soit par le nombre de lecteurs/acheteurs, soit par la reconnaissance d’un réseau de prescripteurs faisant «  autorité  ».
    «  What counts are the ways in which these common copies of a creative work can be linked, manipulated, annotated, tagged, highlighted, bookmarked, translated, enlivened by other media and sewn together into the universal library.  »

    O’Reilly me paraît partager la même illusion s’il assimile l’accumulation de commentaires, citations, références à une oeuvre (sa «  circulation  » en termes de presse) à de l’information publiée, proposée à un lectorat.

    Reste que le projet, quand il est exprimé ainsi vaut l’effort :
    «  The idea is to seed the bookless developing world with easily available texts.  »
    Voilà qui va bien mieux, avec des modaux, sans quantificateur universel !
    Surtout si on y ajoute la multiplication des voies pour y accéder grâce aux réseaux de relations entre textes et lecteurs tissés sur Internet.

    Mais sans illusion sur l’universalité et la vérité, ni sur la valeur attribuée par tel ou tel moteur de recherche à un résultat.

  2. virginie.clayssen Auteur de l’article

    C’est un peu ce que je voulais dire en parlant de «  Technoptimisme  »… (Enfin, non, je n’avais pas convoqué Frege, Gödel, ni Wittgenstein…) Tout ce lyrisme autour d’un «  grand livre numérique commun mutlilingue partagé  » est presque comique, je suis d’accord. Ce qui m’intéresse dans ces remarques, c’est l’effort fait pour prendre acte de ce qui change dans la mise en circulation des textes, dès lors que sont utilisés tags et hyperliens, et que de plus en plus de textes sont en effet à un clic l’un de l’autre, et que lecture et écriture sont aujourd’hui plus facilement partagées et mutualisées. TeXtes s’intéresse au sort que le numérique réserve aux textes, du modeste point de vue d’une pensée «  opératoire  ». «  Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.«  

  3. Alain Pierrot

    Dans Libération du 28 avril

    Elisabeth Lévy interroge des notions admises : vérité, réalité, célébrité. « Le journaliste moderne [...] croit que la somme des «  petits faits vrais  » est égale à la vérité », écrit-elle. « Le public manifeste une défiance croissante. Il veut d’autres médias. Mais toujours plus de médias. Il y a certainement là une piste à creuser », observe-t-elle aussi. Les médias échouent à dire la vérité, mais l’attente de vérité qui leur est adressée ne cesse de grandir, assurant la pérennité de ces mêmes médias : vertigineux, le paradoxe montre que l’affaire renvoie à la structuration même de la pensée humaine aujourd’hui.

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