Cliquer ? Non : toucher.

John Makinson, CEO de Penguin Books, présentait mardi à  Londres une série d’exemples d’utilisation de l’iPad :

Pour ce qui concerne l’édition jeunesse et le documentaire, cela donne une forte impression  de déjà vu : l’illustration très fouillée de la cathédrale façon Dorling Kindersley, la planche anatomique dans laquelle on peut zoomer, l’animal qui pousse son cri lorsque l’on clique sur touche son image. Cela donne l’impression d’être revenus au temps du CD-Rom, à l’interface tactile près, et probablement cela fait-il une différence importante pour l’utilisateur. Ce geste de toucher l’écran compte, de le toucher directement et non virtuellement grâce au curseur dirigé par la souris. Ça fait aussi une grosse différence, cette tablette qu’on tient, qu’on porte, qu’on emporte, qui nous suit alors qu’il fallait aller se poster devant l’écran de son PC pour manipuler les CD-Rom que l’on produisait dans les années 90.

Alors, livres augmentés, applications Mike Shatzkin met en garde les éditeurs : ne recommencez pas les erreurs faites à l’époque des CD-Rom, si amusants à concevoir et à réaliser, faisant appel aux compétences de multiples créateurs, si coûteux, mais dont les ventes couvraient bien rarement les frais…

Que dit M. Makinson ?

«  L’iPad représente la première véritable opportunité de créer un modèle de distribution payant qui sera attractif pour le consommateurs  »

«  La psychologie du paiement sur une tablette est différente de celle du paiement sur un PC  »

«  Et la plupart des contenus que nous allons créer à partir de maintenant seront des applications, qui seront vendus sur l’app Store et en HTML, plutôt que sous la forme d’ebooks. La définition même du livre est à réinventer.

«  Nous allons encapsuler de l’audio, de la vidéo, du streaming dans tout ce que nous ferons. Le format .epub, qui est à présent le standard pour les ebooks, est conçu pour  s’adapter au texte narratif traditionnel, mais pas le genre de contenu dont nous sommes en train de parler.  »

«  Nous ne savons pas encore si oui ou non une introduction vidéo sera valable pour les utilisateurs. Nous trouverons la réponse à nos questions uniquement en procédant par essais-erreurs.  »

Alors, pour le patron de Penguin,  le ePub, ce serait déjà «  So 2009″ ?

On le voit, beaucoup d’excitation autour du iPad, mais aussi des supputations et de l’anticipation,  c’est du moins ce qu’on peut en conclure en lisant  ce post de  Clément Laberge, qui nous mijote visiblement quelque chose…

3/03 : et lire aussi ce billet de Jeremy Ettinghausen sur le blog de Penguin, avec la même vidéo. Je me disais bien que Jeremy devait être dans la boucle…
Il précise bien que ce qui est montré dans cette vidéo, ce ne sont pas des maquettes ou des prototypes (rien de tout ceci n’a réellement été encore développé) mais uniquement une simulation qui illustre différentes pistes de réflexion.

12 réflexions au sujet de « Cliquer ? Non : toucher. »

  1. F

    l’impression, sur ce billet-là, que ça rejoint ce chemin encore obscur sur lequel suis depuis longtemps et qui m’éloigne de plus en plus radicalement du livre – pour nous aussi, les objets convergent vers cette forme – html 5 ou 5 bis ça on verra, mais comment les récits qui s’inventent aujourd’hui et dans cet écosystème pourraient ressembler aux formes nées avec écosystème presse-feuilleton, puis industrialisation du livre ?

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @F Je ne serais pas aussi catégorique. Certainement pas par fétichisme du livre en tant qu’objet. Mais je me souviens que je n’ai jamais eu autant de plaisir à consulter un CD-Rom qu’à en concevoir et en fabriquer. Mon plaisir de lecteur est resté attaché à celui de l’immersion dans le texte, qui ne réclame pas nécessairement d’être «  enhanced  ». Les «  enhancements  » du livre, j’aime bien me les fabriquer en lisant avec mon imagination, et là, pas besoin de me poser la question du format de fichier, du standard, de l’interopérabilité…
    Mais je ne peux fonder toute ma réflexion sur l’étude de mon propre cas…

    Je serais vigilante sur cette question de «  s’éloigner du livre  » : s’en éloigner, tête bien pleine et bien faite, bibliothèque bien rangée, pour explorer d’autres chemins, c’est une chose, quelque chose d’un peu luxueux, non ? Ne jamais pouvoir s’en approcher, en être tenu éloigné, ignorer le livre, en avoir peur, passer à côté, qu’il soit imprimé ou numérique, peu importe : ce peut être aussi une terrible mutilation. Cf. Alain Giffard sur les lectures numériques.

  3. Alain Pierrot

    Dorling Kindersley, dont le logo DK apparaît trois fois dans la vidéo…

    Il serait intéressant de savoir comment les démos ont été créées, à partir de produits du catalogue DK. Dorling Kindersley préparait ses produits multimédia interactifs à l’aide d’extensions propriétaires à Quark Xpress. Quelle technique d’animation a été utilisée ici ?

  4. Aldus

    D’accord avec toi, nous sommes revenus au temps des CD-Rom et du Milia à Cannes ! C’est quand même le bon vieux papier et les imprimeurs qui ont épongés les pertes il y a quelques années, il ne faudrait pas l’oublier ! :))

  5. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Alain Peut-être simplement ont-ils réussi à faire tourner leurs vieux CD-Rom et ont-ils monté ensuite des extraits de screencasts… Ou bien ces contenus ont-ils déjà fait l’objet d’adaptation en ligne et c’est enregistré depuis un site web.
    @Aldus on dirait bien que tu étais de la partie à cette époque… pas du côté des «  payés  », mais plutôt du côté des «  payeurs  »… Moi, (et Alain aussi d’ailleurs…) c’était tout le contraire : digital only à fond dans les années 90… Merci d’avoir contribué à subventionner nos activités :)

  6. Dominique Hasselmann

    Vu l’autre jour à la télévision (France 2), dans le JT de 20 heures, un journaliste faire un topo «  économique  » avec un écran (3 x 2 m) sur lequel il faisait apparaître, d’un simple toucher, les différents «  slides  » de sa présentation.

    Cela rappelait les exposés en réunion faits à partir de Power.point, sauf qu’ici la «  tablette  » était un peu plus large que l’iPad et la dextérité demandée plus grande (mais il devait avoir un prompteur pour se souvenir de l’enchaînement des images) !

  7. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Dominique Hasselmann C’était probabalement un «  tableau blanc interactif  ». Il en existe qui réagissent au doigt, d’autres nécessitent l’utilisation d’un stylet spécial. On en installe de plus en plus dans les salles de classe… En France, plus timidement qu’ailleurs. L’exemple le plus impressionnant de manipulation d’interfaces avec la main, c’est dans le film Minority Report, où le personnage que joue Tom Cruise manipule avec les mains quantités d’images qui semblent flotter dans l’air, les convoquant, les agrandissant, avec une dextérité époustouflante.

  8. Omer Pesquer

    Plus que les cédéroms, la présentation me rappelle les «  bornes interactives  » avec écrans tactiles des années 1990 (à titre personnel, celles que j’ai pu prendre plaisir à réaliser pour la Cité de Sciences). Évidemment, à l’époque on ne tournait ni ne secouait l’écran ! (sauf, certains enfants à la Cité de Sciences !).
    Concernant Minority Report (adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick des années 1950), ce type de manipulation, debout avec les bras dans les airs (sans appui), est extrêmement fatigante. Je doute fort que dans le cadre d’un travail soutenu et un peu long, ce type d’interface puisse être utilisé.

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  10. Manue

    Cette histoire de toucher avec le doigt : un enfant de 2 ans qui ne sait pas encore se servir d’une souris, sait très bien toucher l’écran avec le doigt pour dire où on doit cliquer. Quelle meilleure preuve de la profonde différence dans «  l’expérience utilisateur  » ?

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