Archives mensuelles : avril 2018

Au Hackathon des éditeurs du Grand Est

 

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Samedi 21 avril, 14h. Strasbourg est brûlante. Le taxi hésite entre les bâtiments  qui s’élèvent le long de la presqu’ile André Malraux. Lorsque j’entre au Shadok,  tout à la fois fablab, café restaurant, espace de coworking,  Michel Ravey, co-responsable de l’atelier numérique à la HEAR, la Haute Ecole des Arts du Rhin,   achève son intervention, dont les 45 mn de retard du TGV m’auront privée. Les équipes,  qui participent  au 1er Hackathon des Éditeurs du Grand Est, accompagnées par des étudiants de la HEAR, se remettent au travail. L’événement est organisé par la Médiathèque André Malraux  avec le soutien de la CIL, de Numered Conseil et la participation des étudiants de la HEAR.

C’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation de Frank Queyraud, en charge de la Médiation Numérique à la Médiathèque située juste à côté, à participer au jury. J’ai développé avec  Franck ce lien inédit, que le web a inventé, de familiarité électronique  : chacun a parfois été lire le blog de l’autre, nous nous suivons depuis bien longtemps sur Instagram, partageant des instants prélevés au gré de nos déplacements quotidiens. Les quelques fois où j’ai rencontré Franck IRL, c’est à l’occasion de réunions rassemblant l’ensemble des parties prenantes du projet PNB  (Prêt Numérique en Bibliothèque) au Ministère de la Culture.

Six équipes travaillent chacune sur leur projet :

– Les Éditions du Long Bec
La Nuée Bleue
Le Cosmographe Editions
2024
Le Centre de Créations pour l’Enfance
Père Fouettard

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Pour quelques uns, c’est un premier contact avec les problématiques liées à l’édition numérique. D’autres sont plus familiers avec ces questions. La diversité des projets et les directions prises reflètent bien les interrogations, maintes fois discutées dans les colonnes de ce blog, sur «  ce que le numérique fait aux livres.  »

Il y a dix ans, le terme «  multimédia  », qui avait représenté la quintessence de la modernité dans les années 90,  avait pris un sérieux coup de vieux et cédé le pas à une rivalité confuse entre les adjectifs «  numérique  » et «  digital  ». Ce terme de multimédia devrait probablement trouver une seconde jeunesse. Il désigne en effet très convenablement des objets hybrides, intégrant texte, image fixe ou animée, éléments audio, interactivité. Etonnamment, ce ne sont ni l’image animée ni l’interactivité qui sonnent le signal de ce retour probable de l’usage du terme multimédia, mais plutôt l’audio et notamment la voix.

Dans ce hackathon, l’audio – musique, voix, bruits – a une forte présence dans la plupart des projets. Au terme de la délibération qui suit la présentation de ceux-ci par chacune des équipes, notre jury finit , après bien des discussions,  par récompenser celui des Éditions du Long Bec, un projet de BD sonore enrichie.

Une étudiante de la HEAR, Eric Catarina (fondateur des éditions du Long Bec), Roger Seiter (scénariste BD),  Thomas Pineau (Audio Picture)

Une étudiante de la HEAR, Eric Catarina (fondateur des éditions du Long Bec), Roger Seiter (scénariste BD), Thomas Pineau (Audio Picture)

Une BD sonore enrichie ? L’équipe s’explique :

«  L’idée de départ est posée, mais un long travail de réflexion et de recherche commence. (…)

« Comment adapter une BD, écrite pour un support papier, vers un format numérique ? »
Nous avons pris le parti de l’audio, avec des comédiens pour jouer les personnages et une mise en scène sonore. L’interaction avec l’auditeur/utilisateur se fait grâce à un système de notifications lors de l’écoute. Lorsque l’histoire comporte une scène en parallèle de la scène écoutée, l’appareil vibre et l’histoire continue quand l’auditeur/utilisateur déverrouille la notification pour regarder la scène annexe. Le challenge sera de ne pas perturber l’écoute avec le visuel.
Cette BD sonore enrichie sera une adaptation de la bande dessinée l’Or de Morrison. Un western dans l’ouest américain.

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Je me souviens avoir souvent joué, dans des débats au sujet des livres numériques, le rôle de  «  l’empêcheuse de rêver en rond  », rappelant qu’en ce qui concerne le fait «  d’augmenter les livres  », rien n’était plus puissant que notre imagination, et que c’est justement là que réside la magie des livres, dans le fait que des caractères disposés sur une page ou affichés sur un écran ont la capacité de nous transporter aussi efficacement dans l’univers de tel auteur ou dans la pensée de tel autre. Mes expériences dans le «  multimédia  » des années 90 m’avaient convaincue que les livres interactifs, augmentés  sont bien plus amusants pour ceux qui les fabriquent  (oui, on s’est drôlement bien amusés à l’époque…), que pour ceux qui les utilisent… En dehors de quelques projets ludo-éducatifs, l’usage de ces objets multimédia ne s’est jamais réellement imposé.

Mais de même qu’il a fallu sortir, en ce qui concerne la réflexion sur la lecture numérique, du «  ceci va remplacer cela  », et développer une appréhension plus fine, plus nuancée, plurielle, ouverte de la manière dont allaient évoluer les pratiques de lecture  à «  l’ère du numérique  »,  de même il est peu pertinent de figer la réflexion sur les destins numériques des livres de toutes sortes.

Donner à lire des versions numériques des livres, en proposant une expérience de lecture de bonne qualité quel que soit le terminal choisi par l’utilisateur, est l’une des étapes que doit finir de franchir le monde de l’édition. Mais cela ne doit pas nous empêcher de savoir accueillir de nouvelles propositions narratives, de proposer des expériences inédites, d’explorer les technologies, d’expérimenter de nouvelles formes : comment ouvrir la voie de l’innovation si l’on commence par en figer toute possibilité en décrétant la supériorité éternelle du texte sur tous les autres moyens d’expression ?

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La visite guidée de la médiathèque voisine que nous a  proposé Franck renforce ce propos. Si Ruedi Baur a rendu le texte omniprésent sur les façades du bâtiment, on découvre vite au fil de la visite que celui-ci abrite toutes sortes d’images comme les illustrations présentées dans la très belle exposition Les Maîtres de l’imaginaire , ainsi que des expériences interactives et des expérimentations comme celles présentées dans  le cabinet de curiosités numériques où le projet DataPrint de livres algorithmiques imprimés de l’atelier de Communication graphique de la HEAR me séduit tout particulièrement.

En définitive, ce sont les utilisateurs qui décident. Ce sont eux qui adoptent ou rejettent, s’agrégeant parfois en tribus pour créer des niches et permettre à des propositions d’exister à bas bruit, tandis que d’autres sont massivement plébiscitées. Ce sont eux, les utilisateurs, (vous, moi…)  qui font le dernier tri entre les idées une fois réalisées, alors que c’est sur des idées que l’on doit se décider à développer un projet, à un stade où il est difficile de les évaluer.

L’idée dont chacun rêve, celle qui positionne celui qui la développe dans le calme d’un «  océan bleu  », ressemble souvent, dit-on, à une mauvaise idée. C’est une très bonne idée qui à l’air d’une très mauvaise idée, d’une idée sans intérêt. C’est pour cela que très peu de monde s’y intéresse, que quasiment personne ne souhaite la développer. Mais c’est une bonne idée, et qui sait voir la bonne idée là où tout le monde hausse les épaules, va pouvoir la développer sans être dérangé.

Les idées dont il faut se garder, ce sont les fausses bonnes idées : les mauvaises idées déguisées en bonnes idées. Elles se soldent immanquablement par un échec, à la mesure de l’enthousiasme  déraisonnable qu’elles ont suscité, échec dont il faut tâcher de prendre conscience le plus tôt possible.

Certaines  bonnes idées la jouent à la régulière, ces bonnes idées ont l’air de ce qu’elles sont : de bonnes idées. Celles-là sont dans l’air, chacun peut vouloir s’en saisir. Librement partagées, la réussite de ceux qui décident de les développer réside dans la qualité de leur exécution.

Et il existe aussi, bien heureusement, quantité d’autres sortes d’idées, ni bonnes ni mauvaises, des idées inclassables, dérangeantes, floues, lumineuses ou obscures, des idées qui fusent ou qui fuient, des idées fragiles toujours au bord de l’évanouissement, des idées arrêtées ou des idées en l’air.

Dans un hackathon, on tend à valoriser le protoypage, le fait de tester une idée (plutôt que de chercher à l’évaluer à l’infini… ) en en réalisant une partie, même sommairement, même avec les moyens du bord. C’est ce qu’a réussi à faire l’équipe des Editions du Long Bec, bien accompagnée par Thomas Pineau, le fondateur d’Audio Picture,  proposant durant leur représentation une simulation à base d’extraits sonores enregistrés l’après-midi même, mixant leurs propres voix et des bruitages trouvés en ligne. L’effet de suggestion et d’immersion, même dans ces conditions de test, était palpable durant leur présentation. Et cela me renforce dans ce constat : on est vraiment en train de redécouvrir la puissance de l’audio.   Oui, le multimédia semble bien être de retour, tirée par l’audio. On va enfin pouvoir recommencer à s’amuser !

Il semble cependant que ce grand doute vis à vis des promesses technologiques autour du livre affecte plus particulièrement les éditeurs traditionnels, échaudés par des expérimentations passionnantes mais qui peinent à trouver leur public.  Cela  ne semble en rien freiner l’imagination créative de quelqu’un comme l’auteur et producteur Etienne Jaxel-Truer, très présent toute la journée auprès des équipes et l’une des belles rencontres de ce samedi. Etienne mène en parallèle des activités qui vont du transmedia au cinéma d’animation, tout en proposant une résidence d’écriture. Toute la question est peut-être là : des produits multimédias ambitieux basculent rapidement vers une économie qui se rapproche de celle de l’audio-visuel. Et chercher à maintenir de tels projets dans celle, infiniment plus modeste en ce qui concerne les coûts de production à l’unité, de l’édition, n’est sans doute pas une bonne idée, si l’on n’invente pas des modèles adaptés.

Un grand merci pour terminer ce billet  à Franck Queyraud et à Cécile Palusinski pour leur accueil et leur gentillesse, et…  j’attends déjà le Hackathon n°2 des éditeurs du Grand Est.

Identification de contenu sur la Content Blockchain. Le code ISCC (International Standard Content Code)

J’ai entrepris de traduire deux articles écrits et publiés le 13 avril dernier par Sebastian Posth, à propos du projet The Content Blockchain Project . Un grand merci à Sebastian pour m’avoir autorisée à publier ces traductions, et merci aussi pour sa relecture fort utile. 

Identification de contenu sur la Content Blockchain. Le code ISCC (International Standard Content Code)


–> Si vous avez déjà lu l’article sur les Smart Licenses, passez l’introduction, qui est commune aux deux articles.

Le Content Blockchain Project construit les outils de base qui vont permettre aux journalistes, éditeurs et aux start-ups du secteur des médias de créer des produits, des services et des modèles d’affaires innovants dans l’économie ouverte de la blockchain.

L’idée fondamentale derrière le Content Blockchain Project a été de créer les fondations techniques d’un environnement d’échange pour des contenus médias numériques qui faciliterait de nouvelles manières de proposer et d’acheter du contenu sur un réseau décentralisé de la blockchain.

Son but est de simplifier le processus complexe de management des licences et de distribution des contenus numériques en offrant un registre de droits et de licences sous la forme d’un «  grand registre ouvert et transparent » géré par la blockchain.

Pour les ayants droit et pour les intermédiaires il devrait être facile et peu coûteux de publier les termes des licences d’utilisation de leurs contenus.

Pour les utilisateurs, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers, il devrait être simple et peu coûteux d’avoir accès aux termes de ces licences et d’acheter les contenus sous licence selon les termes proposés.

Cela s’applique à toute application ou à tout service dont l’objectif est d’offrir et de licencier du contenu numérique  via la blockchain de manière semi-automatisée  : identification de contenu et gestion des licences sont les prérequis indispensables.

Les principaux défis pour le Content Blockchain Project ont été  :

  1. de trouver le moyen d’identifier sans ambiguïté des contenus numériques

  2. d’offrir une solution intelligente pour le management des droits et l’information sur les licences, en rendant les termes licences lisibles par des machines et en permettant l’attribution automatique de licences.

J’aimerais, dans ce premier article (deux sont prévus), décrire l’approche concernant l’identification des contenus que le Content Blockchain Project a privilégiée ces derniers mois.

Il présente aux parties prenantes de l’industrie une introduction, qui évite le jargon technique ou juridique, à deux éléments que nous avons développés dans le projet :  l’identifiant de contenu ISCC et les Smart Licenses pour les médias numériques.

Merci de considérer cette approche comme un proposition. Nous apprécierons beaucoup vos retours et réactions.

The Content Blockchain

Après avoir soigneusement évalué différentes approches business des protocoles blockchain, le Content Blockchain Project a décidé de choisir la technologie Multichain pour construire une blockchain dédiée aux contenus numériques.

Multichain offre une technologie qui autorise les organisations à construire et déployer des blockchains et des applications construites au dessus de leurs propres chaînes. Cela autorise une gouvernance sous forme de consortium, et une approche décentralisée pour gérer la chaîne granulaire des droits et des autorisations pour ceux qui voudraient participer à la maintenance ou à l’utilisation de la blockchain ou au développement d’applications.

Multichain autorise aussi la création de flux qui peuvent stocker de petites quantités de données sur la blockchain native et octroyer des autorisations en écriture de données sur ces flux.

Sur l’implémentation test de la Content Blockchain, deux principaux flux vont être établis, l’un pour l’enregistrement d’identifiants ISCC, l’autre pour l’enregistrement des smart licences correspondantes, dont le concept va être décrit ci-dessous.

Ressources :
Evaluation technique de Multichain :
https://content-blockchain.org/research/multichain/
site web de Multichain :
https://www.multichain.com/

Le portefeuille Coblo

Le  Content Blockchain Project a développé un portefeuille logiciel qui permet aux utilisateurs de traiter en totalité un nœud Blockchain Content sur un ordinateur (PC ou Mac) et de participer au test de la plateforme. Il permet également  :

  • La création d’un compte sur la blockchain
  • Le fait de tester le vote expérimental par consensus
  • L’envoi et la réception de monnaie native de la blockchain.
  • L’horodatage du contenu sur la blockchain
  • La création d’identifiants de contenu ISCC et leur enregistrement sur la Content Blockchain.

Ressources :
Télécharger le portefeuille Coblo (pour Pc et Mac)
https://github.com/coblo/gui-demo

Je vais maintenant décrire les principes basiques de création et d’enregistrement d’un ISCC.

Gardez bien à l’esprit le fait que l’implémentation courante de la Content Blockchain est seulement un réseau-test en vue de tester la chaîne, ses réglages et ses permissions ainsi que sa gouvernance et les applications qui ont été construites pour la Content Blockchain.

Identification de contenu

Créer un ISCC à partir d’un contenu

Dans l’optique de comprendre les différentes opportunités en terme de modèles d’affaires qui émergent de l’environnement Content Blockchain, il est essentiel d’appréhender correctement la nature et le concept d’ISCC, ou International Standard Content Code.

L’ISCC n’est pas simplement un identifiant supplémentaire, assigné de manière aléatoire à un contenu. En tant qu’identifiant générique, l’ISCC est dérivé du contenu lui-même.

L’ISCC est défini comme un identifiant ouvert et décentralisé pour du contenu numérique. C’est un identifiant unique, structuré de manière hiérarchique, qui est généré de manière algorithmique et de manière décentralisée. Il est construit à partir d’un mélange générique et équilibré entre des éléments dérivés du contenu, sensible à la localisation, et préserve des similarités présentes dans les métadonnées et le contenu. Cela lie de manière inséparable tout contenu spécifique à un identifiant ISCC spécifique.

 

http://iscc.codes/

Ressources :
La spécification du standard ISCC est disponible ici  :
http://iscc.codes/
https://github.com/coblo/iscc-specs
https://coblo.github.io/cips/cip-0003-iscc/
Application portefeuille pour Mac & Windows
https://github.com/coblo/gui-demo
Une implémentation de référence que les développeurs peuvent utiliser pour générer des ISCCs (bibliothèque logicielle en Python) est disponible ici  :
https://pypi.python.org/pypi/iscc
Librairie Coblo MCRPC
https://pypi.python.org/pypi/mcrpc

L’ISCC peut-être créé à partir d’un contenu numérique et de ses métadonnées basiques par quiconque suit les procédures des spécifications ISCC ou utilise un logiciel open source qui supporte ISCC selon la spécification ISCC.Cela signifie qu’en utilisant n’importe quelle application disponible, n’importe qui sera en mesure de générer un ISCC à partir du contenu lui-même, qu’il s’agisse du détenteur des droits sur ce contenu, d’un intermédiaire, d’un revendeur ou de l’utilisateur de ce contenu. Quiconque accède à ce contenu va générer le même ISCC sur chaque machine individuelle, de manière décentralisée et en dehors de la chaine.

Une manière possible de générer un ISCC est d’utiliser l’appli portefeuille Coblo. L’appli est disponible en téléchargement pour Windows (et bientôt pourt Mac) ) :
https://github.com/coblo/gui-demo.

Dans sa dernière livraison, l’appli portefeuille Coblo va générer des ISCC pour des textes et des images numériques. La génération d’ISCC pour des contenus audio et vidéo seront disponibles dans les prochaines versions du logiciel.

Enregistrer un ISCC dans un «  flux ISCC  ».

L’appli portefeuille Coblo va générer un ISCC. Il est possible de l’enregistrer dans le «  flux ISCC  » d’un Contenu Blockchain. L’enregistrement d’un ISCC est lui-même une transaction sur la Content Blockchain.

La Content Blockchain, basée sur la technologie Multichain, autorise la création de flux séparés, qui peuvent stocker des clés et les données correspondantes sur la chaîne – exactement comme l’ISCC – et rendent possible l’octroi de permissions en écriture sur ces clés et sur ces données.

Selon la spécification actuelle, n’importe qui peut écrire sur le flux ISCC de la Content blockchain. Comme la Content Blockchain est considéré comme une Blockchain publique, n’importe qui peut lire l’information écrite dans le flux ISCC.

Il est important de noter que le fichier du contenu lui-même ne sera pas (ni jamais) chargé et stocké dans la Content Blockchain. Le contenu ne quittera pas le disque dur local lorsque son ISCC sera enregistré sur la Blockchain. C’est uniquement l’ISCC, en tant que référence à ce contenu qui sera stocké sur la blockchain, et non le contenu lui-même. Comme pour toute Blockchain, l’espace de stockage est limité. Cela s’applique également au grand registre distribué de la Content Blockchain. Et donc le flux ISCC stockera uniquement l’information spécifique et un nombre limité de données à l’occasion de l’enregistrement d’un ISCC  :

  • L’identifiant ISCC (Keys  »)
  • Les métadonnées du contenu digital («  Data  »)
  • L’horodatage de la transaction d’enregistrement de l’ISCC («  Time  »)
  • D’autres détails de la transaction qui a généré l’item de flux («  Transaction  »)
  • L’identifiant public du portefeuille de celui qui enregistre («  Publishers  »)

Les entrées concernant l’enregistrement ISCC sur le «  flux ISCC  » de l’implémentation sur le réseau-test peuvent être trouvées via Coblo explorer et ressemblent à ceci  :

 

https://cdn-images-1.medium.com/max/800/1*f1ZGfh9ojzoZvoJMbkU1xQ.png

 

Quelques remarques pour souligner l’option d’entrée des métadonnées pour un ISCC saisi  : le «  titre  » du contenu concerné est la valeur minimum d’enregistrement requise pour l’entrée d’une donnée. Mais le flux offre une manière flexible et extensible de fournir des métadonnées de titre additionnelles, spécifiques à l’industrie au sujet du contenu identifié (tel que Dublin Core, IPTC, ID3v2, ONIX).

Cela signifie que les enregistreurs peuvent soit écrire des métadonnées directement dans la blockchain en ajoutant des ligne de métadonnées personnalisées (données JSON) ou lier à des entrepôts de données stockés en dehors de la chaîne qui hébergent les métadonnées du contenu enregistré. Vous trouverez des détails supplémentaires sur le flux ISCC et ses métadonnées das la spécification  :  : http://iscc.codes/specification/

Notez bien que l’enregistreur d’un ISCC ne doit pas être confondu avec le propriétaire des droits du contenu enregistré. Le «  publisher  », dans un flux, réfère simplement à l’institution ou à la personne qui a enregistré l’ISCC via une transaction. Le publisher est uniquement identifié par son ID de portefeuille.

L’enregistrement d’une entrée dans la Blockchain signifie littéralement  » Il existe un contenu avec cet identifiant ISCC spécifique, et un enregistreur avec tel ID de portefeuille spécifique l’a enregistré et fournit quelques métadonnées pour cet ISCC spécifique. Comme l’enregistrement de l’ISCC et de métadonnées n’implique aucune revendication de propriété sur le contenu, il ne sert pas, aujourd’hui, à identifier personnellement ni à vérifier l’identité de l’enregistreur. Dans cette optique, le flux ISCC de la Content Blockchain est simplement un grand registre public qui n’affirme pas que les métadonnées sont pertinentes, et n’est rien d’autre que la preuve de l’existence d’un contenu avec un ISCC spécifique.

Dans un flux public de la Content Blockchain il peut bien sûr exister plusieurs entrées pour un ISCC. Pour décider qu’une entrée est digne de confiance, on peut se baser sur la pertinence des métadonnées ou sur le fait que l’ID –portefeuille est considéré comme «  de confiance  » ou vérifié, ou auto-authentifié, ou bien connecté publiquement à une institution reconnue.

En outre, il est possible pour les ayants droit d’ouvrir des flux fermés sur la Content Blockchain. Dans des flux fermés, il pourrait être requis que chaque enregistreur d’un flux soit identifié personnellement et son identité vérifiée pour être autorisé à disposer des droits en écriture pour ce flux ou pour que ses transactions soient valides. Ces règles et ces permissions vont devenir un point crucial et partie intégrante de la gouvernance de la Blockchain.

Dans le prochain article  ; «  Qu’est-ce qu’une Smart License ?  » j’aimerais décrire l’approche en matière de gestion de licences que le Content Blockchain Project a poursuivie ces derniers mois.

Une question  ? Une réaction  ? Merci de contacter :  https://content-blockchain.org/contact/ ou Sebastian Posth ou via Telegram.

 

Qu’est-ce qu’une « Smart License » ?

J’ai entrepris de traduire deux articles écrits et publiés le 12 avril dernier par Sebastian Posth, à propos du Content Blockchain Project. Un grand merci à Sebastian pour m’avoir autorisée à publier ces traductions, et merci aussi pour sa relecture fort utile. 

Qu’est-ce qu’une « Smart License » ?

par Sebastian Posth (voir l’article original en anglais)

Le Content Blockchain Project construit les outils de base qui vont permettre aux journalistes, éditeurs et aux start-ups du secteur des médias de créer des produits, des services et des modèles d’affaires innovants dans l’économie ouverte de la blockchain.

–> Si vous avez lu le précédent article, passez l’introduction, qui est commune aux deux articles.

L’idée fondamentale derrière le Content Blockchain Project a été de créer les fondations techniques d’un environnement d’échange pour des contenus média numériques qui faciliterait de nouvelles manières de proposer et d’acheter du contenu sur un réseau décentralisé de la blockchain.

Son but est de simplifier le processus complexe de management des licences et de distribution des contenus numériques en offrant un registre de droits et de licences sous la forme d’un «  grand registre ouvert et transparent » géré par la blockchain.

Pour les ayants droit et pour les intermédiaires il devrait être facile et peu coûteux de publier les termes des licences d’utilisation de leurs contenus.

Pour les utilisateurs, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers, il devrait être simple et peu coûteux d’avoir accès aux termes de ces licences et d’acheter les contenus sous licence selon les termes proposés.

Cela s’applique à toute application ou à tout service dont l’objectif est d’offrir et de licencier du contenu via la blockchain de manière semi-automatisée  : identification de contenu et gestion des licences sont les prérequis indispensables.

Les principaux défis pour le Content Blockchain Project ont été  :

  1. de trouver le moyen d’identifier sans ambiguïté des contenus numériques

  2. d’offrir une solution intelligente pour le management des droits et l’information sur les licences, en rendant les termes des licences lisibles par des machines et en permettant l’attribution automatique de licences.

Dans un premier article, j’ai décrit l’approche concernant l’identification poursuivie par le Content Blockchain Project ces derniers mois.

Dans ce second article, j’aimerais décrire l’approche concernant la gestion de licence que le Content Blockchain Project a poursuivie durant les derniers mois. Ces deux articles sont destinés aux parties prenantes de l’industrie des médias, avec une introduction, qui évite le jargon technique ou juridique, à deux éléments que nous avons développés dans le projet  : l’identifiant de contenu ISCC et les Smart Licenses pour les médias numériques.

Merci de considérer cette approche comme un proposition. Nous apprécierons beaucoup vos retours et réactions.

Créer une Smart License

Tout comme l’ISCC lie sans aucune équivoque et de manière inséparable un contenu spécifique à un identifiant spécifique, la Smart License lie sans aucune équivoque et de manière inséparable les termes d’une licence spécifique à un contenu spécifique. Cela signifie que n’importe qui, en capacité d’accéder à ce contenu, aura également accès au terme de la licence qui lui est associée, s’il est enregistré dans la Content Blockchain. C’est une révolution dans la publication de médias digitaux.

Le terme «  Smart License  » ne doit pas être confondu avec celui de «  Smart Contract  ». Une Smart License n’est pas un ‘protocole technique destiné à faciliter numériquement, vérifier ou faire respecter la négociation ou l’exécution d’un contrat‘.

 Les Smart Licenses sont des représentations légales qui permettront aux détenteurs de droits d’offrir et d’échanger du contenu de manière globale, de manière sécurisée et fiable, ouverte et transparente, automatisée et lisible par des machines sur la Content Blockchain.

En conséquence, les Smart Licenses offriront aux intermédiaires, aux détaillants et aux utilisateurs un accès facile aux licences de contenu et un moyen de les vérifier et de les acheter de manière simple et potentiellement automatisée.

Les Smart Licenses sont formulées de manière à être faciles à comprendre et à utiliser par tous.

Ressources :

Générateur de Smart Licenses :
http://smartlicense.coblo.net/

Générateur de Smart Licenses — Code disponible sur GitHub
https://github.com/coblo/smartlicense

Ce document spécifie les structures de données, les flux de données, et les modèles de transaction qui sont utilisés pour publier et vérifier les licences lisibles par des machines ainsi que les règles d’établissement de contrats sur la Content Blockchain.
https://content-blockchain.org/drafts-and-concepts/smart-license-v1-0/

Avis légal Smart License (v. 0.9.9)
https://content-blockchain.org/drafts-and-concepts/content-blockchain-b2c-smart-license/

modules de définition des Smart License (v. 0.9.2)
https://content-blockchain.org/drafts-and-concepts/smart-license-definition-license-modules/

The Content Blockchain Project a développé un prototype pour un générateur de Smart Licenses. Cette application va autoriser les détenteurs de droits à générer des licences pour du contenu numérique très facilement, en quelques clics.

 

Une application de démonstration sur le réseau test Blockchain peut être trouvée en ligne  :
http://smartlicense.coblo.net/

 

https://cdn-images-1.medium.com/max/800/1*dTuCShij6hDjavnwTHOwiw.pnghttp://smartlicense.coblo.net/

 

Smart License Template

L’utilisation du générateur de Smart License commence par la sélection d’un template de Smart License qui définit l’étendue de la Smart License, par exemple les droits d’utilisation du contenu licencié. Accompagné de quelques clauses standard, d’obligations et de restrictions optionnelles, la Smart License constitue l’offre d’un contrat de licence.

Pour chaque type de contenu, (texte, image, audio, vidéo), pour tout format de media et tout type de modèle d’affaires, un template peut être généré, par exemple une Smart License pour une transaction B2C pour des images de presse ou un template de Smart License pour une transaction en B2B concernant des livres numériques.

Le texte du template de la Content Blockchain Smart License (créé par The Content Blockchain Project) est dédié au domaine public sous licence CC0. Il est en outre prévu de créer un référentiel de modèles de licences Smart pouvant, selon la licence, être concédé sous licence ou utilisé librement pour tout type de modèle de transaction.

Un template de Smart License se compose des éléments suivants (exemplaires, voir l’avis légal de Smart License)

  • L’avertissement et la préface du contrat de licence ;
  • Les modules de droits ;
  • L’exclusion de garanties et responsabilités ;
  • Les conditions générales.

 

Tous les composants du template de Smart License contiennent des définitions légales sous forme de texte lisible par des humains, tout comme le résultat final du processus de création d’une Smart License sera un contrat de licence lisible par un être humain. Ainsi, les Smart Licenses sont compréhensibles pour tout le monde, y compris les profanes, et non uniquement par des machines ou des juristes.

Modules de droits et profil de droits.

Lorsque le choix d’un template adapté à la Smart License pour un business particulier a été fait, les détenteurs de droits et ceux qui accordent la licence peuvent choisir parmi un nombre limité de modules de droits et de conditions de licence qui définissent les usages autorisés pour le contenu digital concerné.

Pour donner un exemple, les modules de droits et les conditions pour un template de Smart License pour des transactions B2C pour du contenu de type articles de presse pourrait être  :

  • Droits  : Adaptation, prêt, reproduction, revente, partage, distribution, location
  • Restrictions  : non commercial, pas de droits de propriété industrielle
  • Obligations  : Attribution, juste partage, indiquer les adaptations

La combinaison des droits sélectionnés et des conditions de licence, dépendant du template de la Smart License, va créer un profil de droits pour la Smart License.

 A noter, la différence entre les Smart Licenses et les Langages de Description de Droits (Rights Markup Languages) : RML essaie de décrire un standard pour exprimer des droits, des règles et des conditions qui conviennent à une large catégorie de transactions de type licence, alors que la Smart License concerne la régulation d’un cas individuel pour une cas d’usage spécifique. Un template de Smart License pourrait aussi bien inclure des éléments de rights markup language comme ODRL ou ONIX-PL ou Rights ou d’autres standards établis.

Smart License

Complété par des règles générales, telles que les clauses de non-responsabilité et les conditions standard du modèle Smart License, de possibles variations dans les conditions de licence ainsi que des éléments supplémentaires comme le prix par licence, le profil de droits constituera le contenu de la Smart License et prendra la forme d’une structure de données JSON.

En particulier, la Smart License se compose des éléments suivants  :

  • Le code ISCC du contenu auquel la licence s’applique
  • Le profil de droits (modules de droits et conditions de licence)
  •  Le prix par licence
  • Les modes d’activation (par exemple le paiement et les autres moyens de conclure un contrat de licence)
  • L’identifiant du portefeuille de celui qui dispense la licence
  • La définition légale générale et le contrat de licence tels que spécifiés par le template de la Smart License.

Définition Légale

Par définition et d’un point de vue légal, la Smart License est une offre de conclusion d’un contrat de licence, qui contient tous les aspects nécessaires à cet effet. Le licencié peut accepter l’offre en effectuant un acte défini par celui qui dispense la licence, par exemple un paiement sur la Content Blockchain.

Enregistrer une Smart License sur la Content Blockchain

Le générateur de Smart License va créer un une version texte lisible par des être humains du contrat de licence à partir de tous les composants de la Smart License de même que du fichier de données JSON, qui inclut des valeurs spécifiques (par exemple le contenu légal) de tous les composants d’une manière lisible par une machine.

De plus, un identifiant unique aléatoire, une chaîne UUID4 (par exemple  : f846a304–158b-44cf-8c1b-f8e3ce8092f4) va être créée. Elle va désigner la Smart License individuelle. Ensemble, la chaîne UUID4 et le fichier JSON permettent de recréer tout contrat de licence individuelle sous la forme d’un texte lisible par un être humain.

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https://explorer.coblo.net/tx/44f34b67100fec4ad88601ce037fe81fb480c29b4da0791a38771f1207b29166?raw

Le fait d’enregistre une Smart License dans le flux Smart License de la Content Blockchain, lie de manière inséparable ensemble les éléments suivants  :

  • Le code ISCC du contenu numérique
  • L’UUID4 en tant que clé primaire pour la Smart Licenses
  • Le fichier de données JSON pour la Smart License individuelle (incluant de l’information au sujet du template de la Smart License)
  • L’identifiant du portefeuille du détenteur des droits (et éditeur de l’item de flux)
  • L’Horodatage de l’enregistrement de la transaction
  • Les détails de la transaction qui a généré l’item de flux.

Enregistrer une Smart License est une transaction dans la Blockchain. Comme le «  flux Smart License  » dans la Blockchain est un flux public, n’importe quelle application peut effectuer une recherche sur un ISCC ou une clé UIID4, pour obtenir l’accès aux termes de la licence attachée à une offre spécifique de contenu – d’une manière lisible aussi bien par les machines que par les êtres humains.

 En reconsidérant le processus depuis le début, c’est à dire avec la création et l’enregistrement d’un identifiant ISCC, la création et l’enregistrement d’une Smart License sur la Content Blockchain, cela signifie que non seulement toute personne ayant accès au contenu sera en mesure de générer le même ISCC à partir du contenu lui-même et d’identifier ce contenu de manière non ambigüe, mais aussi toute personne ayant accès au contenu sera en capacité d’accéder aux termes de la licence attachée à ce contenu, à partir du moment où le détenteur des droits aura enregistré la Smart License de ce contenu sur la Content Blockchain.

Selon le type de contenu et de modèle d’affaires, plus d’une Smart License peuvent être enregistrées pour un seul ISCC, par exemple pour un contenu spécifique. Dans ces scénarios, plusieurs templates distincts de Smart License s’appliqueront, par exemple un ebook pourrait être offert directement aux consommateurs, ou bien à un intermédiaire ou à un revendeur.

 Notez bien qu’une Smart License peut constituer une offre de licence publique lorsqu’elle est enregistrée publiquement sur la Content Blockchain. Cependant, tous les cas d’affaires n’incluent pas comme scénario préférentiel le fait que les termes de la licence soient publiquement accessibles sur une blockchain publique. Pour autoriser un scénario avec un accès restreint au contenu de la Smart License, lors des prochaines mises à jour il sera possible de créer une offre de licence ciblée via une Smart License Confidentielle. Avec une Smart License Confidentielle, ce n’est pas le fichier de données JSON intégral qui sera publié sur le flux de la Smart License, mais plutôt un hachage du fichier de données JSON créé au préalable. Cela permettra de garantir l’intégrité de la licence et de l’ancrer sur le grand registre public de la blockchain. Mais l’échange à propos du contenu de la Smart License devra se produire de manière bilatérale.

Identification de l’utilisateur

La gouvernance, les autorisations et l’identification des détenteurs de droits sont les sujets de discussion essentiels concernant les futurs développements du Content Blockchain Project.

Comme les flux de données sur la Content Blockchain sont soit totalement ouverts à la lecture et à l’écriture soit contrôlés via des permissions, les questions suivantes sont parmi celles qui doivent être adressées pour faire partie de la régulation de la gouvernance générale de la Content Blockchain  : Qui aura l’autorisation d’ouvrir les flux de données  ? Quels sont les prérequis pour opérer un flux et écrire sur un flux dans la Content Blockchain  ? Comment une blockchain, qui est par principe considérée comme ouverte, pourra-t-elle gérer et gouverner des flux de données  ?

Notez que le contenu lui-même n’est PAS stocké dans la blockchain, et que l’autorisation d’accès au contenu est gérée par des applications extérieures à la blockchain qui peuvent définir leurs propres règles de confiance. D’autre part, l’acte de publier une Smart License pourrait implicitement être interprété comme une proclamation non vérifiée et illégitime de propriété sur le contenu concerné.

Pour protéger davantage les droits de propriété intellectuelle et afin de prévenir les abus, the Content Blockchain va considérer la possibilité de développer diverses fonctionnalités, notamment :

  • Des flux de données contrôlés dans lesquels seuls les participants autorisés peuvent publier des Smart Licenses
  • Responsabilité de l’éditeur par auto-certification ou certification par un tiers de confiance indépendant
  • Un «  flux des abus  » géré par la communauté
  • Score réputationnel basé sur l’historique de la chaîne.

Une question  ? Une réaction  ? Merci de contacter  :
https://contentblockchain.org/contact/ ou Sebastian Posth ou via Telegram.