Même pas peur

Sur lImmatériel (joli nom pour ce blog de l’équipe d’O'Reilly France, cela me fait penser au nom – Les Immatériaux – d’une belle expo à Beaubourg dans les années 80 dont j’ai gardé le catalogue), Xavier compare la structure de coût d’un livre papier et celle d’un livre numérique (chez O’Reilly) :

Si la perspective est l’augmentation de la marge, d’où viennent les peurs des éditeurs face au numérique ? La plus répandue est certainement la crainte de voir leurs livres piratés, une fois ceux-ci mis en circulation sous forme numérique. On a lu déjà les arguments qu’il déploie à propos des DRM sur le blog d’O'Reilly US, mais ce post en constitue une excellente synthèse en français.
Je me contente ici de citer sa conclusion :

«  Au lieu de dépenser notre énergie à freiner la diffusion d’un contenu que nous avons eu tant de mal à produire, proposons plutôt à nos lecteurs ce qu’ils demandent : des formats compatibles avec les outils les plus courants et des modes d’accès multiples. Nous pourrons alors commencer à exploiter toute la souplesse de l’écrit dématérialisé, proposer à chacun des ouvrages adaptés à ses besoins et à ses lieux de passage, et inventer de nouvelles formes d’accès au savoir.  »

On voudrait pouvoir lui répondre : «  même pas peur  ». Allez, on lui répond : «  MÊME PAS PEUR !  »

13 réflexions au sujet de « Même pas peur »

  1. F

    bravo pour la petite case droits d’auteur gardée strictement de même taille ! n’ont juste pas compris le rôle très différent que prend l’auteur dans cette configuration, aussi bien dans ce qui se partage en amont de la préparation, que pour son implication dans diffusion via ses propres activités – sainte Marge les emmènera au cimetière, ceux-là…

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Si tu lis le billet qe je ne fais que citer, l’auteur s’y interroge sur les usages que l’éditeur peut faire de cette marge importante : parmi ceux-ci, l’augmentation des droits d’auteur est citée, auteurs dont il est dit que le rôle va aussi changer  :

    «  Augmenter les taux des droits d’auteurs paraît logique, d’autant que la montée en puissance du multimédia incitera les éditeurs à plus les solliciter.  »

    Sainte Marge aurait-elle entendu leurs prières ?

  3. F

    ah, pardon, j’attendais juste d’être revenu de la livraison collège pour y aller voir ! je ne suis pas «  inscrit  » chez O’Reilly, vais le faire mais ça me gonfle un peu tous ces trucs où il faut montrer la patte avant ? – ton lien n’envoie pour les profanes que sur leur page d’accueil

    sur le fond, l’impression qu’on a énormément de mal à s’éloigner des simples modèles de «  transposition  » de ce qui concerne le livre quand on passe au perspectives numériques

    quant au «  même pas peur  » ça va si t’es là…

  4. F

    20 minutes plus tard, et dûment inscrit à O’Reilly, toujours pas trouvé le blog «  L’Immatériel  » ni chez eux ni ailleurs

    la requête Google «  dépenser notre énergie à freiner la diffusion d’un contenu que nous avons eu tant de mal à produire  » renvoie déjà sur teXtes mais pas ailleurs…

    faut que j’aille bosser, maintenant, moi, pour ma ma marge

  5. Hubert Guillaud

    Oui. L’image est saisissante effectivement, mais elle pose quelques questions. D’abord, comme le dit justement François sur la non augmentation des droits d’auteurs, alors qu’ils peuvent être parti prenante de cette dématérialisation. Ensuite parce que l’image ne montre pas la progression de la marge. Il faudrait un objet interactif pour mieux comprendre. Dans le cas du livre papier, une fois le seuil de tirage minimum amorti (entre 800 et 1200 exemplaires), ensuite, les marges s’accumulent. Dans l’électronique également. Ce que ne dit pas O’Reilly c’est à combien de vente, à peu près, se situe le point d’équilibre de l’électronique par rapport au papier. Aller. Juste une idée. Et puis, si on continue les mathématiques, on peut calculer, pour un équilibre à la même quantité vendue (papier et électronique), quel est le prix du livre papier et du livre électronique.

    Assurément, cette marge va pousser les lecteurs à demander des livres électroniques moins chers qu’ils ne le sont actuellement ;-).

  6. F

    je me faisais même réflexion tout à l’heure en voyant sur Place des Libraires le Ovaldé vendu 18 euros en électronique pour 22 en papier
    comment imaginer que ça puisse être viable ?
    ou alors, à ce prix là, un vrai bonus track avec du making of, des textes adjacents, de l’icono etc ?
    à part ça, été soufflé par la présentation italienne sans «  marge  » (le mot du jour) en haut, le titre et le n° de page à gauche et à droite, du PDF proposé par PdL
    http://www.titelive.com/oai-pmh/bnf.php?identifier=oai:titelive:13

  7. F

    cette fois je l’ai lu, et en entier, l’article de l’Immatériel, auquel je souscris massivement et vachement intéressant – mais quand même, ce matin sur Google te jure qu’on trouvait la citation teXtes et pas le blog source…

    ça veut dire aussi qu’on est loin d’avoir gagné la bagarre du «  no drm  », alors que de notre côté ça paraît tellement de + en + évident

    cette question de la multiplication des canaux de diffusion, et éventuellement de leur mutualisation, est sans doute une question pas encore assez discutée entre nous tous (Hervé?) – l’initiative FeedBook pourrait bien être un atout…

  8. Aldus

    j’ai découvert dans le rapport svirn la multiplication des intermédiaires et l’invention de ce mot agrégateur, qui fait sourire un peu tout le monde.
    pour ma part, je me contente sur le prix HT pour faire simple :
    - un auteur 25%
    - un éditeur 25%
    - un distributeur 10%
    - un libraire (un vrai) 40%
    reste à savoir qui prend la drm éditeur ou distributeur, en tous cas pas pour libraire, ni pour l’auteur ; reste à savoir si tout le monde veut jouer de jeu-là, la couverture peut être tirée à soi c’est clair ; les quatre mousquetaires ensemble, cela me semble couler de source, non ?

  9. Aldus

    le pdf Ovaldé est génial pour le PC mais une catastrophe pour l’Iliad aussi bien dans un sens que dans l’autre ! je n’ose pas imaginer sur le cybook

  10. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Ne pas perdre de vue que les schémas de structure de coût montrés sont basés sur l’expérience d’un éditeur particulier, O’Reilly. On ne le dira jamais assez, on ne peut que très rarement parler DU livre, il faut toujours parler DES livres, dans leur diversité. Les problématiques, les coûts, les savoir-faire mobilisés, la durée de vie, l’usage fait par les lecteurs, varient fortement entre roman, un manuel scolaire, un livre d’art, un livre de sciences humaines, un livre de cuisine, un guide de voyage etc.. On dit par exemple toujours que les livres destinés au Kindle sur Amazon US sont tous à 9,99$. En cherchant un peu sur le site, on voit que ce n’est pas vrai. Certains sont moins chers (aux Etats-Unis, ce à quoi Hubert fait allusion dans son billet est déjà en place : le prix des livres varie dans le temps, un roman paru il y a trois ans est vendu moins cher qu’une nouveauté par exemple, et il se retrouve très vite aussi sur le marché de l’occasion, présent sur Amazon.). Il existe aussi, destinés au Kindle, des livres électroniques vendus très chers, des traités scientifiques, des ouvrages de management.
    Ensuite, je ne suis pas économiste du livre, mais il me semble que personne n’est en mesure de décider «  le prix du livre va se structurer ainsi, tel % pour un tel, tel % pour un tel. La structure est la résultante des relations qui se développent entre les différents acteurs. Cette répartition se négocie, bien sûr que chacun défend sa part, mais jusqu’à présent tous avaient besoin les uns des autres. L’auteur de l’éditeur, l’éditeur de l’auteur, les deux du distributeur, du diffuseur et du libraire, et les trois derniers des deux précédents, tout ce monde là ayant besoin de lecteurs… Le numérique redistribue les cartes, certains acteurs craignant que les autres ne se passent d’eux, et tout le monde est fragilisé par la simple perspective du changement. Ce sont peut-être ceux dont les positions étaient les mieux assurées dans le monde du livre imprimé qui sont les plus inquiets, car ce sont eux qui ont le plus à perdre. En même temps, même ceux-là faisaient déjà un métier «  à risque  » : dans ce secteur, comme dans tous les secteurs touchant à la production de biens culturels, les succès sont difficiles à prévoir, les paris nécessaires, et la prévision quasi impossible. Et la mesure de tout cela n’est pas unique, le succès c’est qu’un livre rencontre ses lecteurs, et que les lecteurs continuent de trouver des livres, toutes sortes de livres.
    Si le livre se contente de changer de support, et qu’on reste sur un modèle de téléchargement, les schémas présentés ont une certaine pertinence, même si on peut en déplacer les curseurs selon les types d’ouvrage et les rapports établis entre les différents acteurs.
    Mais le modèle économique demeure identique.
    Il me semble assez probable qu’à côté d’une offre de «  livres électroniques  » vont se développer des formes nouvelles d’édition, avec des logiques différentes, incluant différemment les lecteurs, utilisant l’impression à la demande, des contenus mis en base de données, des mélanges texte/image/vidéo, et que les éditeurs devront développer des compétences dans la gestion de plate-formes éditoriales… Les modèles économiques afférents demeurent à définir, mais ils ne rentreront probablement pas dans les schémas présentés ici.

  11. Aldus

    Je suis d’accord avec toi Virginie, les remises éditeurs ont toujours été fluctuantes, les droits d’auteurs aussi mais c’est vrai aussi que l’on va vers des tendances très fortes et ils faut que tous les acteurs en présence aient la même information à ce sujet. C’est je crois, loin d’être le cas actuellement.

  12. Bruno Rives

    Sur le fond, pour avoir discuté avec O’Reilly la semaine dernière, il s’agit d’ouvrages techniques, pour lequel le marché est déjà dématérialisé, et lorsqu’on s’adresse aux entreprises, qui est même quelquefois prêt à payer les deux versions, papier et électronique. La couverture, l’épaisseur, la matérialité du livre sont des notions moins importantes que pour d’autres contenus.
    Cela oblige à relativiser et les scores de vente en version électronique, et le fait que la seule insertion du nom de l’acheteur dans le doc sans drm suffise à assurer une protection suffisante. L’avis d’O'Reilly est qu’il faut responsabiliser l’acheteur, c’est sans doute une bonne piste. Ajouter au nom un watermark ne serait pas de trop.
    Sur la répartition des revenus, les schémas évoluent fortement. L’auteur peut reprendre un rôle clé donc éventuellement des marges importantes, mais comment ignorer les relais de croissance et le travail à rémunérer des libraires (19 000 en France, et les projets pour qu’ils distribuent les versions électroniques avancent bien), ou encore Amazon et Fnac.com qui font un marketing viral intéressant, même si ils prennent 50%+ au passage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>