édition numérique : ni sexy, ni cool

Sara Lloyd, Head Digital Publisher chez Pan Macmillan, qui publie habituellement sur le blog The Digitalist, et dont le manifeste a fait pas mal de bruit au printemps dernier, est invitée sur le blog d’Eoin Purcell. Sara aime secouer les éditeurs :

«  Sans toujours être complètement au clair sur les modèles commerciaux, ni sur la cohérence stratégique, nous devons EXPERIMENTER ! Nous devons cesser d’être aussi léthargiques, vieille école et supides.  »

Et de rappeler son adresse aux éditeurs d’il y a quelques mois, se désolant de voir qu’aucun d’entre eux ne semblait intéressé par la sortie de l’iPhone, et encore moins prêt à développer une application de lecture dédiée. Là où les éditeurs ne vont pas, d’autres s’avancent : et voici Stanza, qui permet de lire sur iPhone du ePub, du PDF, du HTML et bien d’autres formats, et ses 200 000 téléchargements en quelques semaines.

Ceci dit, elle rappelle aussi que la part principale du travail des équipes de développement numérique dans les maisons d’édition ne consiste pas à inventer de nouvelles formes éditoriales, à créer des produits nouveaux, marrants, cools, ou à réinventer chaque jour ce que sera l’édition à l’âge du numérique :

«  S’occuper de développements numériques dans une maison d’édition, c’est en réalité passer un temps disproportionné à essayer d’être au courant de ce qui sera Le Prochain Grand Truc, et le reste de votre temps à négocier des contrats qui vous autoriseront à commencer à faire les choses les plus basiques, comme : numériser les contenus de manière à conserver flexibilité et ouverture en vue des évolutions à venir. Ce n’est pas sexy, ce n’est pas cool, mais ce doit être fait. Nous avons une colline à monter, et de nombreux obstacles sur le chemin. Laissez-nous souffler !  »

On pourra lire également une intervention qu’elle à faite auprès de jeunes éditeurs américains, qui figure sur son blog.

17 réflexions au sujet de « édition numérique : ni sexy, ni cool »

  1. Alain Pierrot

    Des évolutions, quand même, courage, les ‘ouvreurs/euses’ de voie !

    Ce matin, à Masse critique, sur France Culture, des remarques d’Olivier Bétourné (Albin Michel) :
    Importance de l’implication en ligne de François Bon, prise en main de la liseuse Sony, revendication d’une action des éditeurs pour obtenir l’interopérabilité de la lecture sur tous les matériels…

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Oui Alain, j’ai entendu ça au réveil. Parler simplement de «  promotion  » en ce qui concerne l’activité en ligne de François m’a semblé singulièrement réducteur, mais l’émission était intéressante, même si les piques perpétuelles de l’animateur, qui tient beaucoup à sa pose de journaliste caustique m’énervent pas mal.

  3. F

    merci, V, même réaction ! (mais faut pas leur en vouloir) – l’ami OB n’a pas osé dire non plus que les 3 minutes qu’il a tenu un PRS-505 c ‘était le mien ! – quant à la FNAC ai réclamé un exemplaire justif de mon Dylan epub wait & see

    pour Stanza suis pas convaincu résultats, et très dubitatif même sur l’idée vraiment développer textes lectures dense pour ces supports, je préfère me tenir prêt pour l’arrivée d’éventuelle tablette Mac, tous les indices confirment que ça va bouger sec dans le secteur – autres échos comme quoi l’arrivée d’un vrai lecteur PDF sur iPhone pourrait renvoyer Stanza là d’où il vient ?

  4. F

    autre question qui m’a surpris, côté de l’animateur FC, pur aborder la question des liseuses : «  alors on peut vraiment lire sur la plage avec ?  » – bizarre quand on fait une émission de ce genre de n’avoir pas eu la curiosité de tripoter les objets, c’est quand même plus des ovnis, mais ce contresens complet qui l’associe à la lecture loisir, alors que si ces objets entrent si facilement dans notre environnement, c’est pour épouser l’ensemble des usages de textes, et donc en commençant par l’usage professionnel – quant à la plage (j’aime pas les plages), je préfèrerais quand même emporter un livre de poche qui ne craint pas le sable et le sel !

  5. Alain Pierrot

    @F & V Paradoxal effectivement qu’Olivier Bétourné ait été seul à être constructif, ouvert, tel que je l’ai vu à toutes les occasions où nous nous sommes croisés. Mais frontière étroite entre la nécessaire distance critique et la pose sarcastique — tristement destructrice de trop de livraisons de Masse critique.

    Quant à la remarque maladroite sur la plage, démonstration récente de la continuité de lecture (démo «  pro  ») sur Kindle malgré(!) le soleil donnant à plein dans la chapelle St Rémy, lors des journées du patrimoine (un millier de visiteurs en deux jours sur le thème numérisation et patrimoine…) : Kindle, 1, iTouch, 0 — sur ce point.
    Et lecture plaisir sous l’éclairage changeant à travers les feuilles d’un arbre un matin ensoleillé naguère à Lagrasse. Pas mon truc non plus, les plages sablonneuses.

  6. Christian Fauré

    Personnellement j’ai arrêté d’écouter cette émission tant l’animateur me donne envie de lui donner des claques, je n’arrive plus à le supporter.
    Et cela tient autant à ces propos qu’à sa prosodie ; cela me désole d’autant que les sujets abordés me tiennent bien sûr à cœur…

  7. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @F comme tu dis ça va bouger sec dans le secteur. D’où la pertinence de la remarque de Sara Lloyd, cette nécessité de numériser en gardant en tête la nécessité d’avoir des fichiers qu’il sera possible d’adapter aux évolutions qui ne vont pas manquer de se produire. A cet égard, l’ePub, avec le texte recomposable, semble plus adapté que le PDF, mais on connait aussi les qualités de ce dernier pour contrôler la mise en page.
    @Christian : envie partagée, question claques, que je fais taire de temps en temps, quand l’invité parvient à me faire oublier l’animateur (s’exercer à une écoute particulière, qui consiste à cesser d’écouter quand c’est lui qui parle et réouvrir le canal quand l’invité répond).
    @F et @A ben moi j’aime les plages, elles me font rêver toujours, elles touchent la mer, on peut courir dessus en tenant la main de son amoureux avec un chien qui court autour et de la musique de film, j’aime bien le bruit des galets sur la plage de Dieppe, et les grandes dunes qu’il faut escalader pour accéder aux plages de l’Océan, et les chemins pierreux et odorants qu’il faut descendre pour atteindre cette petite crique au bord de la méditerranée, et relever les bords de son pantalon pour tremper les pieds dans l’eau, et dire «  elle est bonne  » alors qu’elle est glacée.

  8. Christian Fauré

    Moi j’aime les plages bondées de monde, celles où on se marche dessus et où on ne peut pas faire abstraction des conversations de ses voisins, j’aime le sable qui se mélange à la crème solaire sur le corps, le soleil qui brûle la peau, le brouhaha du bar de la plage qui vocifère le tube de l’été, et le vendeur de chichi qui rajoute un peu de graisse à ce tableau sexy & cool ;-)

  9. F

    j’osais pas le dire trop fort mais Christian m’y incite, qu’est-ce que c’est puant cette dérive où on admet le papotage people comme seule posture, plus aucun concept critique et même pas d’interrogation si c’est justifié ou non – avant Culture était une antidote à ces dérives – la semaine dernière j’avais reçu une invite à parler dans une émission avec comme autre invité le patron d’Endemol ils ont été surpris que je les envoie bouler
    vive les plages donc (celles de l’enfance, allez, je concède…)

  10. Bruno Rives

    Après test, nous ne sommes pas convaincus par Stanza. Les ressources de base de l’iPhone sont beaucoup plus riches (double tap pour zoomer cadrer les blocs, anti aliasing, …), la gestion d’ePub est trop limitée, et Stanza risque aussi de violer les clauses du contrat d’exclu Apple iTune. Vivement un «  aperçu  » à la Apple ! Il y a aussi de beaux ouvrages avec leur propre moteur de consultation contribution.

  11. Bruno Rives

    @F J’y suis, justement, sur la plage de mon enfance. Aurais-je imaginé alors écrire un commentaire sur un dispositif mobile et le faire partager à d’autres dans le monde entier. Quelle magie ! Je reste émerveillé…

  12. Alain Pierrot

    My point is merely that digital media which follows the aesthetic forms and criteria that made sense for print is a minority pursuit with an endearingly Amish-like quality to it. And in spite of this, this kind of activity gets a disproportionate amount of attention, which in turn leaves many who should know better peculiarly blind to some major loci of cultural activity online.Sebastian Mary, comment on if:book looking for lit in all the wrong places

    Mon point est simplement que les médias numériques qui suivent formes et critères esthétiques qui faisaient sens pour l’imprimé ne constituent qu’une recherche minoritaire qui comporte une attendrissante qualité digne des Amish. Et en dépit de ce dernier point [caractère marginal], ce genre d’activité monopolise une attention disproportionnée, qui à son tour rend beaucoup de ceux qui devraient y voir plus clair particulièrement aveugles à propos de topoi majeurs de l’activité culturelle en ligne.

    Pas sans rapport avec la remarque de FB « ce contresens complet qui l’associe à la lecture loisir, alors que si ces objets entrent si facilement dans notre environnement, c’est pour épouser l’ensemble des usages de textes, et donc en commençant par l’usage professionnel » ?

  13. F

    @Bruno : alors ton appareil perfectionné (remarque qu’à vue de nez y en a toujours au moins 4 ou 5 des appareils perfectionnés dans son sac ! – plus le MacAir qui m’enjalouse max) y en a pas un seul assez futé pour insérer dans le commentaire de quel lieu géographique précis il est posté !

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