édition, presse : les mêmes défis ?

Prenez la citation suivante, et remplacez le mot presse par le mot édition, puis le mot journalistique par le mot éducatif.
«  Notre révolution culturelle, c’est de considérer qu’on n’est plus une entreprise de presse papier mais une entreprise qui produit du contenu journalistique  »

Est-ce que cela fonctionne ? Pensez-vous qu’il en est ainsi, ou plutôt qu’il va en être ainsi dans peu de temps ?

La citation vient de ce papier dans Le Monde d’aujourd’hui sur le devenir de la presse magazine :

5 réflexions au sujet de « édition, presse : les mêmes défis ? »

  1. Marcel

    Mon sentiment, c’est que pour le moment, ce discours (martelé par Lagardère) sur les «  journalistes = générateurs de contenus  » concerne essentiellement les marques de presse périodique dont le format et le rubriquage inclinent à la réutilisation/réaffectation rédactionnelle. Dans l’édition, les guides touristiques et le pratique semblent des candidats naturels à une mutation de cet ordre, la notion de «  contenu  » y étant peut-être plus facilement acceptable que dans d’autres secteurs. Il me semble qu’en éducation, la complexité des notions autour des «  objets pédagogiques  » entraîne la réflexion très au-delà de considérations sur les conditions de production ou de consommation d’éléments d’information, ce qui ne favorisera pas l’émergence des règles industrielles revendiquées par la presse (pas du tout les mêmes processus métier).

  2. Hadrien GARDEUR

    Oui en effet il y a surement une différence à faire pour les publications constituant un tout et nécessitant une cohérence quand aux différents éléments, et la presse d’information classique dont on pourrait très facilement séparer les éléments.

    La révolution à venir, c’est de pousser en avant le flux comme élément constitutif de l’information. Au lieu d’acheter un «  journal  » ou de lire un «  site web  », on devrait pouvoir piocher à droite à gauche pour se constituer une lecture personnalisée. La section économique d’un tel journal, les informations régionales venant d’un site web précis, des petites annonces personnalisées etc…
    Outre cette possibilitée de personnalisation et d’intégrer plusieurs médias dans un unique format, il y aura des retombées en terme d’enrichissement du contenu lié à cela. On pourra dès lors facilement suggerer du contenu, le filtrer, bref le manipuler comme n’importe quelle information numérique.
    Quand à la présentation, elle peut très bien devenir completement indépendante dans un tel scénario.

  3. virginie.clayssen Auteur de l’article

    On retombe, cher Marcel, avec une grande régularité sur cette question de la possibilité de créer des ressources éducatives par agrégation d’objets pédagogiques, et sur la question de la définition de l’objet pédagogique, de sa granularité etc. Le «  processus métier  », en tout cas ce que je peux en apercevoir chez un éditeur scolaire, semble très fortement imprégné par les caractéristiques de tous ordres de l’objet livre. L’idée d’une conception / rédaction en amont, suivie par une mise en page, suivie par toutes les étapes de la fabrication est fausse. Dès l’étape de sa conception, le livre scolaire porte la marque de son support. La double page en est le cadre de référence, qui met en relation de façon très étudiée ses différents éléments, en aucun cas indépendants les uns des autres.
    Le concepteur multimedia est rompu à cette gymnastique qui consiste à penser l’écran comme un objet très différent de la page, non seulement par son aspect, sa définition, (qui en feraient une page de fort médiocre qualité) mais aussi par son fonctionnement : on «  convoque  » des contenus à l’écran, plutôt qu’on ne conçoit, écran par écran, l’affichage successif de contenus. Plus le contenu est correctement structuré et indexé, plus on peut envisager des modes de «  convocation  » souples et variés.  Cette dynamique est très différente de celle qui conduit à la conception de la fameuse double-page, et effectivement il semble que l’on ait affaire à des métiers bien distincts. Devenir une entreprise qui produit des contenus éducatifs plutôt que des livres scolaires semble du coup une affaire autrement plus complexe et discutable que de passer d’une entreprise de production de presse papier à une entreprise de production de contenus journalistiques.
    Quant à cette notion de «  flux  », Hadrien, c’est effectivement un terme qui rend bien compte de ce que j’indique plus haut, de cette «  convocation  » des contenus, opposée à l’affichage de pages fixes. Il ne faut pas sous estimer notre difficulté à penser en termes de flux. Rien d’étonnant à cela, car tous nos apprentissages structurés se sont faits à l’écart des flux, se sont appuyés sur des objets stables, fixes : le livre, le tableau noir, le cahier, la copie double (à l’exception notable de l’apprentissage musical, inégalement répandu, mais qui entraîne à penser dans le mouvement et la durée). La seule information dispensée sous forme de flux dans l’école d’hier était la parole de l’enseignant. Serait-ce encore le cas aujourd’hui ?

  4. Clément Laberge

    «  Devenir une entreprise qui produit des contenus éducatifs plutôt que des livres scolaires semble du coup une affaire autrement plus complexe et discutable que de passer d’une entreprise de production de presse papier à une entreprise de production de contenus journalistiques.  »

    J’appuie tout à fait Virginie dans cette analyse. Je le vis de la même façon, aux premières loges, comme elle, avec d’autres éditeurs.

    Heureusement, le fait que cela soit « une affaire autrement plus complexe…  » ne la rend pas pour autant impossible, ni même improbable… et nous allons y arriver… il ne faut pas en douter !

    Mais nous n’aurons aucune chance si, trop pressés, nous n’admettons pas cette complexité et si nous ne respectons pas le temps qui est nécessaire aux professionnels des différents métiers de l’édition pour comprendre et accepter les changements qui se présentent à eux.

    …temps d’autant plus court qu’on prendra le temps de les informer, de les former et de les accompagner dans les premières étapes de ces changements.

    Rien ne sert de courir, dit une fable…

    (bien sûr, il ne faut pas trop tarder non plus…)

  5. Alain Pierrot

    Les remarques d’Hadrien Gardeur sur deux pratiques des flux et l’e-paper (appliquées au monde de la presse, à propos du billet de Bruno Rives Les Echos e-paper, Ganaxa et Tebaldo) me paraissent utiles, stimulantes et éclairantes pour la réflexion sur la création et l’usage de documents (à des fins) pédagogiques :

    […]même sur Internet, le passage du flux à l’e-paper comporte ses problématiques : beaucoup de sites utilisent le flux comme une voie d’accès vers leur site par exemple, plutôt que comme un véhicule pour l’information. Aux USA beaucoup de sites proposent soit un flux se contentant de rediriger le lecteur, soit un flux avec l’intégralité de l’information mais comportant de la publicité en contrepartie[…]
    Des services d’extraction de données comme Dapper devraient considérablement enrichir l’offre en matière de flux, mais ce sont des problèmes de propriété intellectuelle qui surgissent alors.
    Le traitement du flux ne s’arrêtera pas d’ailleurs à sa simple selection pour former un aggrégat remplaçant le journal, il y aura aussi tout un travail de filtrage possible : que ce soit automatique avec un service comme Yahoo Pipe ou en passant à travers des filtres communautaires, quelque chose de similaire à Digg par exemple.

    Quand est-il pertinent de confronter/exposer les « apprenants » à des documents « bruts », publiés pour un public non spécifiquement scolaire ? Un flux de redirection sera alors utile.

    Quand faut-il filtrer (et éditer ?) l’information, et quel est le statut du résultat ? Comment faire un Digg éducatif ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>