rendez-vous à Brooklyn

brooklynbridgePasser le pont de Brooklyn ? Non,  nous sommes venus ici en métro, dont nous émergeons tôt le matin, le soleil rasant découpe obliquement les façades. Ville debout, New York ? Non, c’est Manhattan qui est debout, Brooklyn est bien différent, immeubles trapus, le quartier où l’on nous attend  tient de la friche industrielle, requalifiée, bien sûr, à grande vitesse.

Aujourd’hui, toute la journée est consacrée à l’édition indépendante. Ça se passe à Brooklyn. Les groupes, les big boys, sont à Manhattan. Ici par contre,  revues d’avant garde, petites maisons d’édition, un monde à part, qui se revendique à part, qui s’assume en rupture avec les modèles «  business driven  » des Bix Six, comme sont désignés les 6 géants de l’édition américaine, non, ici on est «  mission driven  », on découvre, on déniche, on innove, on défriche.

Toutes ne sont pas «  non profit  », mais toutes fonctionnent selon des règles fort différentes de celles des groupes plus puissants. Faibles à valoir, mais grande disponibilité envers les auteurs. Frais réduits, fonctionnement en mode collaboratif, tous se connaissent et échangent les uns avec les autres, se retrouvent dans des événements.

Aucune des thématiques auxquelles on pourrait s’attendre de la part de jeunes éditeurs ne semble trouver de réel écho parmi eux : pas de discours sur la gratuité ou sur le piratage, pas plus d’envolées sur les communautés de lecteurs,  pas d’inquiétude particulière sur la distribution numérique (inquiétude plus simple à résoudre lorsque l’on est disposé à autoriser les revendeurs à stocker les versions numériques de ses livres.) Pourtant, tous s’accordent à dire que le web leur rend de grands services, simplement, ils en utilisent les applications avec beaucoup de naturel, certains ont bien développé une application iPhone,  mais pas la moindre  trace de syndrome geek parmi tous ceux qui nous recevront aujourd’hui.

Curieusement, l’attachement au livre imprimé semble plus fort chez les plus jeunes, comme Alex Rose, l’éditeur de Hotel St Georges, qui semble avoir moins de 25 ans,  fait de beaux livres curieux de manière presque artisanale, et ne semble que vaguement intéressé par l’édition numérique, pas plus que par la transposition numérique de ses expérimentations papier.

Tous ont un site web, tous utilisent couramment Twitter, dont un, Electric Literature,  pour une expérimentation de fiction avec l’auteur Rick Moody (que nous devons rencontre jeudi soir). Ils semblent regarder d’assez loin les tribulations des grands groupes avec Amazon, assument pleinement leur position d’indépendants, la défense des textes qu’ils aiment, le soin apporté à chaque titre, mettant en avant leur disponibilité auprès des auteurs, l’agilité que leur procure leur petite taille, qu’ils considèrent comme une force pour anticiper les changements et changer rapidement de cap.

Ils se considèrent comme complémentaires des maisons d’édition de plus grande taille, exerçant leur métier avec des contraintes bien différentes. Presque tous cependant  semblent  continuer d’avoir recours, sans remise en question particulière, manifestant un intérêt plus que réduit pour  l’édition numérique, aux formes d’édition les plus traditionnelles.

Quelques liens :

revues : Guernica Magazine, BOMB Magazine, Electric Litterature
maisons d’édition : Melville HouseWords without Borders, Akashic Books, Hotel St Georges, One Story, a Public Space, Tin House, Archipelago Books.

4 réflexions au sujet de « rendez-vous à Brooklyn »

  1. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Pas mal, oui, et comme Jill Schoolman d’Archipelagos me voyait admirer son Michaux, traduit par Richard Seeburth, elle m’en a fait cadeau, merci Jill !

    J’ai été un peu étonnée du peu d’intérêt pour la mise en forme de textes sous forme numérique : cela ne m’empêche pas de considérer le travail remarquable de nombre de ces éditeurs..

  2. F

    bis, marrant la fonction «  donate now  » avec bouton PayPal sur site Archipelago – à ça aussi qu’on s’aperçoit avoir changé de continent…

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