Le cow-boy de chez Macmillan

neige2Nous n’avons pas eu un seul rendez-vous, cette semaine, où le nom de Macmillan n’a pas été prononcé. C’est le signe que cette affaire, que nous suivions depuis la France, a eu ici aussi, dans le monde du livre, un retentissement très important. Ce matin chez Hachette Book Group, la personne qui nous accueillait, tout glacés d’avoir parcouru 5 blocks en pataugeant dans la neige, face au blizzard,  a bien sûr évoqué cette affaire, tout comme celle qui nous a accueilis plus tard au siège de  Barnes & Noble. L’une et l’autre nous ont expliqué le buzzword absolu à New York ces jours-ci : le «  Agency Model«  .  Sarah McNally Jackson, qui nous a présenté plus tard la librairie qui porte son nom, et qui se pose de très nombreuses questions sur l’évolution de son métier si une part significative des lecteurs se décide à ne plus acheter que des livres numériques, a indiqué que pour elle John Sargent,  le CEO de Macmillan était un «  vrai cow boy  », qui avait su tenir tête à Amazon. Comment imaginer qu’un libraire indépendant puisse tenir s’il doit être en compétition avec un acteur prêt à perdre de l’argent sur chaque vente de livre numérique ? Fille de libraires canadiens, Sarah, une jeune femme rayonnante, nous dit réfléchir activement à l’ avenir de sa librairie. Il lui faudra savoir offrir ce qui ne peut être proposé en ligne : présence, rencontres IRL avec des auteurs, événements culturels, choix de livres qui perdraient de leur intérêt en version numérique. Elle imagine assez difficilement, comme le font Barnes & Noble, vendre des liseuses et promouvoir le livre numérique dans sa librairie.

A nouveau ce midi le cow boy de Macmillan s’est invité à notre table : assez naturellement, puisque nous déjeunions avec trois personnes de la maison d’édition Farrar Straus & Giroux,  qui appartient à ce groupe. Unanimité, donc,  pour soutenir une action basée sur une vision à long terme, basée sur le volonté de revenir, pour le développement du marché du livre numérique, à un modèle «  sustainable  ».

Nous échangeons également sur la manière dont nous travaillons, et il est assez satisfaisant de constater que nous déployons, des deux côtés de l’Atlantique des efforts très similaires pour aider les maisons d’édition à s’adapter à un monde numérique : même importance accordée au développement d’infrastructures, même nécessité de former à l’utilisation de ces outils, même irruption des réseaux sociaux dans les pratiques de promotion des livres, même interrogations concernant les question des droits.

Informer, expliquer, communiquer, accompagner, partager  : ces efforts, il est nécessaire pour les éditeurs de les faire dans toutes les directions : auprès des auteurs (et ici, des agents, incontournables), en interne, auprès des distributeurs et des libraires.

Si j’en savais déjà long sur le cow boy de chez Macmillan avant d’arriver ici, ayant suivi le western en direct depuis Paris via Twitter et Google Reader, nos interlocuteurs étaient pour la plupart d’entre eux informés des débats franco-français concernant la distribution numérique : la complexité pour les libraires de se connecter avec plusieurs plateformes, et celle, donc , de construire rapidement un hub permettant de router commandes et fichiers, en jouant un rôle d’interface entre les différentes plateformes existantes et les sites web des libraires.

Je suis de près, dès que je trouve un peu de disponibilité, l’actualité du numérique dans l’édition aux USA, et les trois quarts des fils RSS présents dans mon lecteur sont écrits en anglais. Mais j’ai été un peu surprise, de rencontrer ici plusieurs personnes au courant de la problématique actuelle en France concernant la gestion des plateformes de e-distribution. Visiblement, il n’y a pas que nous qui faisons de la veille…

3 réflexions au sujet de « Le cow-boy de chez Macmillan »

  1. F

    «  même importance accordée au développement d’infrastructures, même nécessité de former à l’utilisation de ces outils, même irruption des réseaux sociaux dans les pratiques de promotion des livres, même interrogations concernant les question des droits  »

    alors pourquoi 1 aussi peu de résultats visibles 2 cette méfiance de plus en plus caricaturale et même suicidaire à collaborer même le plus petit possible avec les sites de littérature ?

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @F Touché ! C’est vrai, ça prend du temps, et peu de résultats visibles, ce qui ne signifie pas : «  pas de résultats du tout  ». Patience. C’est le début, ça prend du temps, et l’idée, ce n’est pas de galoper à quelques uns, mais d’essayer de ne laisser personne derrière. Mais surtout, continue de nous houspiller, François !

    Ce voyage est très riche, et nous comptons bien travailler collectivement pour en faire une restitution à notre retour à tous ceux qui sont concernés : une manière de faire avancer les choses, en partageant les informations, avec plus de profondeur que ce que je peux faire seule en bloguant entre minuit et deux du mat…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>