Au banquet du livre

Au Banquet du Livre, à Lagrasse, j’ai acheté des livres. Comment résister ? Comment ne pas me saisir de l’Éloge des voyages insensés de Vassili Golovanov après en avoir entendu de longs extraits lus par Jacques Bonnaffé dans le petit cloître ? La lecture, ensuite, se doublera du plaisir de retrouver les passages qu’il avait choisi de lire. Comment, après avoir entendu Tiphaine Samoyault dialoguer avec Martin Rueff, ne pas feuilleter quelques uns de ses livres, et me décider pour celui qu’elle a écrit autour de l’exposition de Louise Bourgeois ? Comment ne pas m’emparer de ce recueil de poèmes de Giuseppe Conte, après la lecture croisée qu’il nous a donnée avec Jean-Yves Masson, et tiens, un livre de Masson aussi… Christian Thorel, de la librairie Ombres Blanches à Toulouse a lui-même fait le choix des livres proposés dans la grande librairie, et il me fait part de sa satisfaction de constater que son choix thématique autour de la question posée cette année au Banquet : «  le monde existe-t-il ?  » a été largement validé par le contenu des différentes interventions. Une question autour de laquelle il a rassemblé des ouvrages de philosophie, d’histoire, de littérature, de cinéma, de religion, de voyage, de poésie, d’architecture. Et, me demande-t-il, attrapant un livre au hasard et le feuilletant rapidement sous mes yeux, à quoi ressemblera cette librairie provisoire dans 10 ou 20 ans si réellement le numérique remplace le papier ? Les invités du Banquet circuleront-ils, avec le même plaisir, la même aisance, et les mêmes tentations au milieu d’écrans ?

5 réflexions au sujet de « Au banquet du livre »

  1. F

    et pourtant…. souvenirs des 1ères éditions du Banquet, quand François Gouverneur apportait en semi-remorque l’énorme Rank-Xerox où on entrait d’un côté les disquettes, et le livre sortait tout imprimé de l’autre, où on bossait sur nos 1ers PowerBook pour sortir avec JF Mariou le «  quotidien  » du Banquet, tout surpris aussi des 1ers appareils photo numériques (1995…)

    alors oui, tout ça se complète, Tiphaine est sur chaoid, Rueff sur remue etc… quant à Bonnaffé, aller direct sur son «  cafougnette.com  »

    et combien de textes contemporains (je pense pour moi à «  Temps machine  ») qu’on pouvait éditer il y a 10 ans pour diffusion traditionnelle et on ne le pourrait plus maintenant ? – alors plutôt convaincre l’ami Christian qu’il y aussi possibilité de diffuser des liseuses et des clés USB (ou, comme Borders, des cartes d’achat de textes numériques avec code pré payé) comme il diffuse ses livres de voyage ou ses poches etc – ou convaincre les amis de Verdier qu’on pourrait diffuser sans crainte les livres parus il y a 10 ans (dans mon cas) à prix poche en pdf, sans concurrencer personne ni mettre en danger la maison…

    bon courage pour la reprise, les ciels parisiens sont moins favorables !

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @F Pas encore la reprise pour moi, après le banquet, les vacances continuent… Bloguer est toujours pour moi un plaisir, et bloguer tranquillement pendant mes vacances, un plaisir encore plus grand.

    Je ne souhaitais pas avec ce billet ouvrir un nième débat opposant livre papier à livre numérique, mais plutôt faire écho à ce sentiment de «  douceur  » (je ne trouve pas d’autre mot) que procure la déambulation dans cette librairie. Oui, une douceur de l’analogique, qui fait coïncider si parfaitement l’œuvre et le support dans des objets immédiatement accessibles, différents les uns des autres, de couleur, de formats et de poids distincts. Je me souviens que là où je parlais de l’irruption du numérique comme de «  l’arrachement du texte à la page  » Lorenzo préférait parler d’  »envol  » : les deux termes sont justes, probablement, et décrivent l’un quelque chose qui peut-être douloureux, la perte de la matérialité du livre qui structure notre perception des textes depuis si longtemps, et l’autre quelque chose d’heureux, qui rend le texte disponible à de nouveaux usages, à de nouveaux échanges, à de nouvelles recherches.

    Peut-être en viendra-t-on à penser un livre imprimé non comme LA référence, mais comme une occurrence parmi d’autres d’une œuvre à laquelle on sera en mesure d’accéder de plusieurs autres manières. La librairie du Banquet ne perdrait rien de son charme si elle proposait, en plus de cette déambulation parmi des objets physiques tentateurs, quelques postes de consultation, des bornes de téléchargement, des clés USB ou des cartes préchargées…

    Viennent ensuite les considérations économiques : il est bien possible qu’il devienne fort coûteux de maintenir la disponibilité de l’ensemble des livres dans leur version imprimée, et que ce qui semble aujourd’hui naturel, un vaste ensemble de livres imprimés proposé dans le cadre d’une manifestation dédiée au livre, devienne progrssivement quelque chose de luxueux.

  3. Martin Lessard

    Vue de loin, l’image du billet fait rêver : «  est-ce que le banquet du livre existe ?  » ;-) Voilà une belle façon d’occuper ses vacances !

    En fait, amoureux des livres, et blogueur à la fois, je ne peux tout de même laisser sous silence l’impression fugace que cette image (et le questionnement posé dans le billet) m’a procurée  : dans 10-20 ans, se pourrait-il que notre fascination pour la chose imprimée s’apparente à celle que d’autres ont en ce moement pour les «  livres anciens’  » et autres incunables ? Je m’explique.

    La chose imprimée restera toujours. Mais le public sera de plus en plus restreint : une part non négligeable de littérature dite populaire, ou de gare, passera au numérique.

    Restera alors les versions «  de luxes  » pour les ceux et celles qui cherchent à contempler en plus le «  contenant  », comme les amateurs de livres rares et anciens aujourd’hui qui possèdent leurs circuits, bibliothèques et autres foires…

    Le plaisir du livre imprimé sera peut-être éternel, mais ce plaisir risque de ne plus être partagé par tous, j’en ai bien peur…

  4. Ping : Lutz Bassman et Le Titanic « amontour

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