Chloé Delaume invite

J’ai assisté l’été dernier à la BNF à des leçons de littérature données par Chloé Delaume et Michel Butor, Oliver Rohe et Antoine Volodine, tous invités par Cécile Wasjbrot. Je n’avais lu de Chloé Delaume que son site web, beau et riche, lorsque je suis allée l’écouter, et c’était une curieuse expérience que de commencer par entendre parler un écrivain de son travail, puis de découvir ensuite certains de ses livres. Lors de son intervention, elle a ouvert grand les portes de son antre de sorcière, nous révélant le contenu de certains de ses grimoires, quelques unes des recettes de ses potions, et la richesse de son univers m’a donné immédiatement envie de lire ses livres.

Auparavant, je n’avais jamais cherché à rencontrer ou entendre des écrivains. Leurs livres me suffisaient, et d’ignorer leur visage et leur voix ne me gênait pas. Peut-être est-ce à cause de cette première expérience réjouissante à la BNF ? Depuis, je vais assez régulièrement à des lectures. Je l’ai fait hier soir, rejoignant la galerie Mycroft à Paris, où Chloé Delaume avait convié des auteurs de la collection Déplacements, (Le Seuil), dirigée par François Bon.

Un lieu minuscule et bondé, des visiteurs assis par terre, chaque auteur lisant un extrait de son livre, publié ou à paraître. J’ai retrouvé Jérôme Mauche, dont je suis de temps en temps les séances publiques de l’encyclopédie de la parole à Aubervilliers, lisant plusieurs extraits de «  La loi des rendements décroissants«  , textes jubilatoires qui subvertissent la langue de l’entreprise et du marketing, dans une joyeuse et incisive entreprise poétique de déconstruction / reconstruction.

J’ai pu découvrir également Pascale Petit, qui nous a ouvert ses jardins, et fait entrer dans l’intimité du Roi, de la Reine et du Coiffeur. J’ai attendu avec Arnaud Maïsetti la tombée de la nuit, me tenant avec lui près de la fenêtre d’une chambre tapissée de voix, j’ai hésité à faire du feu dans la cheminée de la maison de mon père disparu avec Lise Beninca, Hugo Bon m’a fait rouler dans les vagues, m’a projetée violemment sur les galets disposés par Michèle Dujardin, et j’ai oublié de respirer, soudain, avec Béatrice Rilos, en peu de mots : violents, dérangeants, que j’ai voulu prologer ce matin ici. (F. Bon publie également photos et enregistrements de la soirée ici.)

Rassurons ceux qui déplorent la montée en puissance du virtuel et des simulacres : je réalise que le type de socabilité permise par le web me conduit plutôt à multiplier et densifier les rencontres réelles, les facilite, les prolonge. J’ai d’ailleurs eu le plaisir de croiser dans cette soirée quelques personnes rencontrées via la bouquinosphère ainsi que des «  friends  » de Facebook.

Et vous, vos activités virtuelles se prolongent elles parfois dans la vraie vie, ou êtes vous plutôt de ceux qui numérisent une partie de leur existence ?

4 réflexions au sujet de « Chloé Delaume invite »

  1. Jérémie Lefebvre

    Bonjour !
    On a failli se croiser chez Mycroft, je voulais y aller mais je répétais… j’y suis allé début novembre écouter des jeunes auteurs «  expé  », c’était très stimulant, notamment Emily King… dans la foulée j’ai enfin lu Chloé D., «  le cri du sablier  » et «  Les Mouflettes d’Atropos  » et ça m’a beaucoup surpris, remué, intéressé…

  2. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    Oui, très agréable, et tu n’y es strictement pour rien. Heureusement, il y a beaucoup d’autres choses infiniment plus intéressantes à lire sur le web et ailleurs…

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