Archives pour la catégorie éducation

précurseur

Son commentaire sur un post précédent me conduit sur le site publié par Thibaud Saintin, enseignant en lettres, qui faisait en 1998 ce dont nous discutions à la non-conférence Education 2.0 samedi dernier. Le site vaut vraiment le détour.

Extrait de sa page d’introduction :

Mise en ligne commentée de textes écrits en classe au cours de séances d’ateliers d’écriture : premiers pas sur Internet en 1998, à l’heure où l’interactivité s’inventait encore, où l’idée du blog et des «  commentaires  » immédiatement publiés n’avait pas encore fait son chemin – l’idée du «  retour  » sur un texte imposait alors un email.

A cette époque, il était vraiment nécessaire de s’y mettre sérieusement pour publier un site comme celui-ci. Aujourd’hui, c’est vraiment techniquement à la portée de la plupart des gens : il n’est plus du tout nécessaire de connaître le html ou de posséder un logiciel particulier. Je ne dis pas, à la portée de tous, car c’est faux. Pour ceux, nombreux, qui n’ont de l’ordinateur que l’expérience de Word, et du web que ce que leur propose la page d’accueil par défaut de leur fournisseur d’accès, ouvrir un blog demeure une aventure stressante.

Aujourd’hui, Thibaud utilise le blog avec ses élèves.
En dehors des considérations techniques (marre parfois aussi de la technique, tiens), la lecture du site de Thibaud est tout à fait intéressante et… encourageante. Autre extrait :

Essayer de rendre palpable, même en classe de français, où les petites cases sont attendues, que «  parler n’est pas communiquer. Parler n’est pas s’échanger et troquer – des idées, des objets –, parler n’est pas s’exprimer, désigner, tendre une tête bavarde vers les choses, doubler le monde d’un écho, d’une ombre parlée ; parler c’est d’abord ouvrir la bouche et attaquer le monde avec, savoir mordre. Le monde est par nous troué, mis à l’envers, changé en parlant.  » (Novarina, Devant la parole).

Les Petits Livres : une grande idée

«  Les Petits Livres  » : une maison d’édition créée et gérée par des élèves. Lire l’interview de Nicolas Vallot, professeur des écoles depuis 11 ans à l’école Federico García Lorca de Vaulx-en-Velin sur le Café Pédagogique. L’établissement vient de remporter un des Prix de l’innovation éducative 2007 organisé par la Ligue de l’enseignement et l’Association Pour l’école.

(signalé par mail par Alain Pierrot).

éducation 2.0

Une ancienne institutrice devenue éditrice me confiait aujourd’hui que lorsqu’elle avait commencé à enseigner, au début des années 70, les parents d’élèves lui demandaient «  Alors, est-ce que ça se passe bien ? Il a l’air heureux dans la classe ?  ». Elle a décidé de changer de métier lorsque la question est devenue systématiquement «  Alors ? Il va passer en sixième ?  ».

Chercher dans le déferlement médiatique de la rentrée, (désastreux documentaire «  Education Nationale, un grand corps malade  » sur Canal +, rapport sur l  »école primaire, lettre de N.S. à tous les profs, supplément du nouvel Obs sur le scandale de l’illettrisme, et j’en oublie), chercher, donc, dans tout ça, si le mot «  épanouissement  » apparaît ne serait-ce qu’une seule fois.

Non. Fini de rigoler. Epanouissement et puis quoi encore ? Commence par savoir tes tables. Par accorder tes participes correctement. Non mais…

montimalbilder-079.jpgJ’ai appris à lire en maternelle dans une école Montessori. Pour nous aider à mémoriser la forme des lettres, je me souviens que nous avions à notre disposition tout un alphabet fait de lettres découpées dans du papier de verre et collées sur des plaques de contreplaqué. Cela permettait de toucher les lettres du bout des doigts et de sentir leur forme à chacune, de s’en imprégner. J’ai conservé le souvenir de cet apprentissage tactile. Est-ce que cette méthode serait aujourd’hui taxée de «  pédagogisme  » ? Du papier de verre, n’importe quoi. Et pourquoi pas des ordinateurs, pendant que vous y êtes ?
Au fait, il y a un groupe Education 2.0 dans Facebook (qui démarre). Il y en a aussi un (en anglais) sur Ning.

La production des ordinateurs à 100 $ a commencé

laptop2.jpglaptop.jpg Les portables à 100 $ imaginés dans le cadre de l’opération «  one laptop per child«  , sous l’impulsion de Nicholas Negroponte du MIT, déjà testés au Nigéria et au Brésil, sont maintenant en train d’être produits en série, par l’entreprise Quanta (Taïwan). Les premiers devraient être livrés en octobre 2007.

J’en ai manipulé un brièvement pendant Ludovia. Cette vidéo de la BBC montre ce que la petite bête verte a dans le ventre et explique comment elle économise l’énergie.

J’aime bien que Nicholas Negroponte dise : «  ce n’est pas un projet d’ordinateur portable, c’est un projet éducatif  ».

Je trouve très beau aussi le design du site du projet. À nous maintenant de proposer des ressources qui permettent de tirer le meilleur parti de ces machines, là où elles seront utilisées. Un projet comme «  conte-moi la francophonie«  , porté par mon amie Josette Naiman de l’association Deci-delà, en partenariat avec Tralalere et plusieurs organismes et associations africaines (enda Sénégal, enda Mali, IFAN ) s’inscrit dans cette perspective.
Et aussi : c’est l‘article numéro 100 de ce blog. Si c’était un blog à 100 articles, il faudrait que je m’arrête là. Mais j’ai choisi un modèle beaucoup plus cher. Un blog formule premium : «  autant d’articles que vous aurez le courage d’en écrire  ». Et vous, la patience de lire…

mieux connaître les réseaux sociaux

Olivier Ertzscheid nous offre une synthèse très compléte sur les réseaux sociaux.

Je lui emprunte cette citation de Danah Boyd, qui a trait à la gestion de l’identité numérique et à celle de la distinction espace public /espace privé :

- la persistance : ce que vous dites à 15 ans sera encore accessible quand vous en aurez 30 …
- la searchability (littéralement, capacité à être recherche/retrouvé) : avant les réseaux sociaux, votre mère ne pouvait pas savoir où vous étiez en train de faire la fête avec vos amis ou ce que vous pensiez d’elle. Maintenant … c’est possible.
- la reproductibilité : ce que vous avez dit/publié/posté/photographié/filmé peut être recopié et replacé dans un univers de discours totalement différent.
- les audiences invisibles : la médiation particulière que constituent ces réseaux sociaux et la conjugaison des trois critères précédemment cités fait que la majorité des publics/destinataires est absente au moment même de la médiation (= la transmission du message = par exemple, la publication d’un message texte), créant ainsi un effet non pas simplement de voyeurisme mais une temporalité numérique particulière.

J’ai été surprise que les «  réseaux sociaux  » soient encore apparemment peu connus dans le monde de l’éducation. Peu connus, ou peu observés, car assimilés aux «  inévitables pratiques des ados  », pratiques que l’école devrait «  bien se garder d’encourager  ». Bonne idée. Les ados savent ce qu’ils ont à faire, c’est bien connu. Peu importe si Marion ne saura absolument pas comment s’y prendre dans quelques années pour faire disparaître cette page qu’elle a elle-même publiée, où sa photo, prise dans une soirée, tenant une bouteille à la main, porte une légende gênante pour elle. Les employeurs «  googelisent  » les candidats, c’est aujourd’hui systématique. Il peut s’avérer très cruel que les années d’apprentissage laissent des traces visibles, publiques et indélébiles. Gérer son identité numérique n’a rien d’un snobisme geek. C’est une vraie question, pour de très nombreux ados, et qui les aidera à le faire, si les enseignants s’en désintéressent ?

Facebook vs MySpace

Un intéressant article de Danah Boyd (étudiante PhD à la School of Information à Berkeley) défend la thèse d’une répartition des jeunes américains entre les réseaux sociaux MySpace et Facebook, qui regrouperaient chacun deux classes sociales bien distinctes. Pour résumer, sur Facebook les WASP, surdiplômés et que les entreprises vont s’arracher. Sur MySpace les autres. Je cite :

«  MySpace is still home for Latino/Hispanic teens, immigrant teens, «  burnouts,  » «  alternative kids,  » «  art fags,  » punks, emos, goths, gangstas, queer kids, and other kids who didn’t play into the dominant high school popularity paradigm. These are kids whose parents didn’t go to college, who are expected to get a job when they finish high school. These are the teens who plan to go into the military immediately after schools. Teens who are really into music or in a band are also on MySpace. MySpace has most of the kids who are socially ostracized at school because they are geeks, freaks, or queers.  »

Pour ne pas avoir de l’article une image caricaturale, il faut replacer ce propos dans son contexte, bien plus nuancé : l’article in extenso

Dans l’article, Danah revient sur la définition du terme de classe sociale. Les différences entre ces jeunes ne se réduisent pas au niveau de revenu de leurs parents. Les deux réseaux mettent en évidence des différences d’habitus : goûts, préférences, références, valeurs, représentations.
(via Internet Actu)