Archives mensuelles : juin 2007

Facebook vs MySpace

Un intéressant article de Danah Boyd (étudiante PhD à la School of Information à Berkeley) défend la thèse d’une répartition des jeunes américains entre les réseaux sociaux MySpace et Facebook, qui regrouperaient chacun deux classes sociales bien distinctes. Pour résumer, sur Facebook les WASP, surdiplômés et que les entreprises vont s’arracher. Sur MySpace les autres. Je cite :

«  MySpace is still home for Latino/Hispanic teens, immigrant teens, «  burnouts,  » «  alternative kids,  » «  art fags,  » punks, emos, goths, gangstas, queer kids, and other kids who didn’t play into the dominant high school popularity paradigm. These are kids whose parents didn’t go to college, who are expected to get a job when they finish high school. These are the teens who plan to go into the military immediately after schools. Teens who are really into music or in a band are also on MySpace. MySpace has most of the kids who are socially ostracized at school because they are geeks, freaks, or queers.  »

Pour ne pas avoir de l’article une image caricaturale, il faut replacer ce propos dans son contexte, bien plus nuancé : l’article in extenso

Dans l’article, Danah revient sur la définition du terme de classe sociale. Les différences entre ces jeunes ne se réduisent pas au niveau de revenu de leurs parents. Les deux réseaux mettent en évidence des différences d’habitus : goûts, préférences, références, valeurs, représentations.
(via Internet Actu)

reCaptcha : une pierre, deux coups

Une très belle idée, magnifique démonstration de la puissance du web : proposer à tous ceux qui ont besoin d’installer un captcha d’installer plutôt un reCaptcha : un captcha alimenté par les mots sur lesquels «  butent  » les OCR, et que les visiteurs utilisateurs du captcha sont invités à désambiguiser. Installez ce système sur votre blog : vos visiteurs contribueront au travail de numérisation d’Internet Archive.

captcha.jpg

Vous avez probablement déjà rencontré un «  captcha  » dans vos pérégrinations sur le web. A la fin d’un formulaire, des lettres déformées s’affichent à l’écran, et vous êtes prié(e) de les déchiffrer et de les saisir dans un champ de texte. Ce faisant, vous prouvez que vous êtes un être humain et non un robot (et en particulier un vilain robot spammeur), parce que bon, les robots sont malins, certes, mais on peut les avoir assez facilement, juste en tordant un peu des lettres.

C’est justement à ce problème de lettres un peu déformées que se heurtent les logiciels de reconnaissance de caractères (OCR) utilisés pour numériser les livres anciens. Les pages sont scannées, puis l’image issue du scanner est transformée en texte, automatiquement, grâce à l’OCR. Un certains nombres de mots ne sont pas identifiables par l’OCR : la page a été altérée, les lettres sont déformées : un intervention humaine est alors nécessaire. Et quelle est la nature de cette intervention, si ce n’est exactement l’action que demande le captcha à l’internaute ?

(via Alain Pierrot, qui m’a envoyé le lien par mail).

Chutes d’étoiles

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Chutes d’étoiles au Grand Palais, Anselm Kiefer s’est emparé du lieu. Pourquoi en parler ici ? Allez-y, vous comprendrez. Vous entrerez dans les maisons de tôle, sous la grande verrière, et vous entendrez tomber les plaques de verre en déséquilibre entre des livres en plomb, les livres de Kiefer sont en plomb. Le plomb est souple, comme le papier, on peut le rouler, comme certains papiers électroniques. Les livres de plomb de Kiefer s’entassent dans des bibliothèques en danger, ils peuplent, dépenaillés, les ruines de béton et d’acier de tours écroulées, ils ont souffert, ils ne seront plus jamais lus. Il n’y a rien de numérique dans l’univers de Kiefer, il y a de la boue et de la pluie, des poètes – Ingeborg Bachman, Paul Celan – des palmiers, des inscriptions, des voyages, des bateaux, des étoiles. Et des livres.

Affordance tout de go

Olivier Ertzcheid (Affordance) nous invite à écouter Mario Asselin  (mario tout de go) parler de l’utilisation des blogs avec les élèves en milieu scolaire. Les professeurs sont de plus en plus nombreux à tenir un blog, et quelques uns font aussi bloguer leurs élèves.
Pour en savoir plus sur les usages d’Internet des jeunes, la synthèse pour la France, réalisée par le CLEMI d’une étude européenne sur la question.

Espresso : ce n’est pas une machine à café
What else ?

Sur O’Reilly Radar, Peter Brantley, bibliothécaire à l’Université de Californie, nous présente une machine qui a suscité le plus vif intérêt lors des TOC. (Tools of Change, conférences organisées par O’Reilly et destinées au monde de l’édition)

«  L’une des nouveautés les plus excitantes en impression à la demande a pour nom Espresso. C’est une machine, destinée à l’impression à la demande, de la société «  On Demand Books  » fondée par Jason Epstein, (autrefois attaché à The New York Review of Books et Random House) et Dane Neller. L’Espresso cherche à être pour l’impression locale ce que la Haloid Company (ancien nom de Xerox) fut pour la reproduction de documents dans les bureaux.

Espresso est une machine en réseau, et imprime un livre de bonne qualité rapidement et à bas prix – un livre broché jusqu’à 500 pages, avec une couverture en quadri, peut être imprimée en quelques minutes. C’est assez encombrant – 2,50 m x 1,55 m x 1,55 m – et plutôt lourd – environ 700 kg. Cependant, on peut facilement imaginer que ces machines, une fois perfectionnées, seront installées dans une série de lieux, qui inclueront les librairies et les bibliothèques qui auront conclu des accords de licence avec les éditeurs, ou qui accèderont à des dépôts en ligne de contenus du domaine public avec une bonne qualité d’impression. On demand présente une courte vidéo qui montre la machine en action.  »

Jason Epstein, après une longue carrière dans l’édition, travaille sur ce projet depuis des années. Il l’évoquait déjà dans cet article qui date de 2001.

Est-ce l’effet de la conférence où celle du post de Peter Brantley ? Ce matin, le site de On Demand Books est inaccessible (Bandwith Limit Exceeded). Peut-être ce message apparaîtra-t-il sur l’Espresso de votre bibliothèque, si soudain trop de monde décide d’imprimer le même livre que vous en même temps que vous ?

(On parle aussi d’Espresso sur Publishers Weekly,  sur Gadget Lab, un «  Wired blog  », et chez Joe Wikert.)

Après le podcast, le godcast

(Vu sur Yahoo news) Deux mots parmi ceux issus du cyberespace vont faire leur entrée dans le Collins English Dictionary :

Un godcast (celui-là, je ne l’avais vraiment jamais rencontré…) soit un podcast de nature religieuse…
Les me-media, ou sites à contenu personnel (et non des sites réservés aux mémés), comme Facebook, MySpace, mais aussi Twitter, Jaiku, Me.dium

Dans le même article, le «  top five  » des mots les plus irritants sur le web (top-five étant un mot composé anglais également irritant, mais pas autant que le mot anglais abrégé «  prime  », comme dans «  je flippe trop à l’idée du praïme  » = «  je suis un peu angoissée à l’idée de chanter dans l’émission qui va passer en première partie de soirée sur tf1″)  :

1 – folksonomy (moi, j’adore, ça mixe des univers si distants, «  folk  » (qui me fait penser à Dylan période Woody Guthrie) et «  taxonomie  » (qui me fait penser à Michel Foucault, parce que c’est dans l’un de ses livres que je l’ai rencontré la première fois.) Il y a de la poésie dans un tel rapprochement… mais bon, 4 syllabes, c’est vrai que c’est beaucoup.

2 – blogosphere (je préfère ne pas imaginer quel accueil aurait été fait à bouquinosphère, à mon avis il aurait battu folksonomy, mais il est à nous, on se le garde !

3 – blog  : Les Québecois écrivent «  blogue  », parce qu’ils défendent leur langue, eux.

4 – netiquette : je croyais que plus personne ne parlait de ça, que ça appartenait au temps des dinosaures. Mais si ça énerve, c’est que ça traîne encore quelque part…

5 – blook – un «  book  » tiré d’un «  blog  ». Un blivre ? Un livrog ? Non. Comment diront-ils les Québecois ? Ils écriront «  blouque  ». Trop coule !

RIA – RDA : pour mieux s’y retrouver

aysoon.jpgJe ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve ces acronymes épouvantables, difficiles à retenir, et trop proches l’un de l’autre.

RIA = Rich Internet Application
RDA = Rich Desktop Application

Pour nous perdre un peu plus, les outils permettant de les développer changent sans arrêt de nom entre la version alpha et la version beta, et on dirait qu’il en sort un chaque semaine, que ce soit chez Adobe, Microsoft ou d’autres.

Déjà, on voit tout de suite que ça nous arrive des US, personne ici n’aurait (encore) l’idée de lancer un concept en le qualifiant de «  riche  »… – Quoique… le fait de se «  décomplexer  » à se sujet semble devenir plutôt tendance.

Je suis régulièrement les infos publiées sur le thème des interfaces riches sur le blog de Fabien Deshayes. Fabien et Frédéric Cozic, alias Ayson, se sont mis à deux pour nous expliquer ce que sont les RIA et les RDA :

«  L’Internet riche est le terme souvent employé pour qualifier toutes les nouveaux types d’interface, d’ergonomie ou d’usages que l’on trouve sur Internet. D’un scope très large, ce terme a du mal à trouver une définition exacte car il ne s’agit pas d’un concept nouveau, apparu à une date précise mais plutôt, et comme bien souvent, d’évolutions faites petit à petit sur le Web. Chaque acteur créant une nouvelle application web regarde toujours ce que la concurrence a fait précédemment et c’est en reprenant de bonnes idées et en les améliorant que les grandes évolutions voient le jour. C’est un peu de cette manière que l’Internet riche s’est construit mois après mois. Si des ergonomies nouvelles et par conséquent des usages nouveaux d’Internet ont été les fondations de ce que l’on nomme Internet riche, ce concept englobe aujourd’hui beaucoup de choses et de notions différentes. (… la suite sur blog aysoon.com)  »

Articles très clairs, déjà deux, et j’attends le troisième avec impatience. Encore étudiants, déjà pédagogues et très pro.

Gates out ?

Lu sur le blog de Joe Wikerts, toujours, cet extrait d’un article du Time Magazine, intéressant non pas dans les coups de griffe à Bill Gates, (dont le journaliste salue par ailleurs les engagements philanthropiques), mais dans la façon de déclarer emblématiques de la «  révolution  » du moment un objet et deux sites, tous les événements étant décrits dans ce passage comme des «  révolutions  ».

«  Gates a probablement pris ses distances au bon moment avec la technologie. De façon assez étrange, nous ne sommes plus vraiment aujourd’hui dans un challenge de «  nerds  ». Gates a été au centre de la révolution de l’ordinateur personnel et de la révolution Internet, mais maintenant les grandes évolutions portent justement sur les domaines dans lesquels il est mauvais : L’iPod, une révolution esthétique, MySpace, une révolution dans les interactions sociales, YouTube, une révolution dans le divertissement. Ce n’est pas le métier de Bill Gates. La technologie n’a plus besoin de lui.  » (traduction maison, n’hésitez pas à me signaler un éventuel contresens)

La méchanceté amuse, même si le propos sonne un peu faux. Pourquoi le citer alors ? Parce qu’il ne me semble pas anodin qu’un magazine grand public mette ainsi en avant l’iPod, MySpace et YouTube. Le web 2.0 , ce n’était pas du buzz. Peut-être sonne-t-il la fin d’une époque où les technologies informatiques offraient plus que ce que les usages pouvaient «  éponger  » en termes d’innovation. Désormais, il semble que chaque jour quelqu’un ait une nouvelle idée d’usage inattendu et susceptible de «  prendre  ». De quoi alimenter nos blogs et surtout notre réflexion.

Non ?