First Ladies, on Kindle first

Globe Pequot Press, l’éditeur des biographies de Cindy McCain et Michelle Obama, a conclu un accord d’exclusivité avec Amazon, pour diffuser les deux ouvrages au format numérique sur le Kindle. Celle de Michelle Obama paraîtra également sous forme imprimée, dans quelques semaines, quoi qu’il arrive. Celle de Cindy Mac Cain ne sera imprimée que si Monsieur gagne les élections.

Dans les nombreux débats qui accompagnent l’émergence d’une offre de livres au format numérique, l’aspect «  temps  » avait jusqu’ici été peu abordé. Les avantages de la dématérialisation du livre le plus souvent mis en avant sont plutôt liés à l’espace, à la mobilité. Posséder une liseuse, c’est pouvoir transporter sans se charger une grande quantité de livres et de documents textuels divers. C’est disposer en toutes circonstances d’un vaste choix de lectures. Cette annonce met en avant une autre caractéristique du livre numérique : la rapidité de sa mise en vente et de sa livraison : pas d’impression, pas de transport… Nombre d’éditeurs ont acquis des méthodes qui leur permettent de sortir des livres imprimés liés à un événement qu’ils ont pu anticiper à peine quelques jours après l’événement concerné. Désormais, ces livres qui sont souvent des «  coups  » seront accessibles encore plus rapidement, sous forme numérique.

Ian Freed, vice président d’Amazon Kindle a déclaré :

«  Nous sommes heureux d’offrir aux clients «  Kindle  » d’Amazon la chance de lire les biographies de Cindy McCains et Michelle Obama des mois avant que leur version imprimée ne paraisse cette année. (..) Grâce à la connexion sans fil de leur Kindle, les clients qui achèteront ces livres d’actualité pourront commencer à les lire en moins de 60 secondes  ».

Mais pourquoi, demande Katia Krozser sur Boosquare, s’il est si urgent que ces livres soient vendus, tellement urgent qu’on n’a même pas le temps de les imprimer, en réserver la lecture aux seuls possesseurs du Kindle ?

«  Bien sûr, il n’est pas indiqué (dans le communiqué ) que cet accord exclusif laisse de côté les lecteurs qui possèdent une liseuse Sony, un iPhone, un Palm, un ordinateur portable, ou tout autre terminal susceptible de lire un livre numérique. Il devrait être précisé que la population de lecteurs de livres numériques non utilisatrice de Kindle excède de beaucoup celle qui en possède un.

De fait, Globe Pequot a décidé qu’il était si important que ces livres soient mis à temps à la disposition des électeurs… qu’ils se sont coupé de la majorité de leur marché potentiel. Vive le progrès !  »

Et, pour que l  »édition de livres «  juste-à-temps  » soit disponible pour tous les lecteurs, Kassia s’emporte contre l’éditeur Globe Pequot :

«  Votre client n’a que faire de vos vantardises corporate concernant vos accords. Votre client veut son livre maintenant, ou le pus tôt possible. Non seulement les lecteurs de livres numériques souhaitent la disponibilité de lire leur livre dans leur format préféré, mais les lecteurs de livres imprimés ne devraient pas avoir à attendre aussi longtemps pour pouvoir lire un livre qui aura perdu de sa pertinence en quelques semaines. Les choses évoluent trop vite pour continuer de jouer avec de vieilles règles.  »

eBabel, ou la mutliplication inconsidérée des formats de livres numériques, va-t-elle disparaître avec une adoption de plus en plus massive du format ePub ? C’est une façon de considérer le problème. Une autre est de se demander : est-il beaucoup de livres que nous désirons à ce point lire maintenant, tout de suite, à l’instant, que nous ne pouvons supporter de les attendre un peu ? Nos achats de livres sont-ils si impulsifs ?

14 réflexions au sujet de « First Ladies, on Kindle first »

  1. ms

    je trouve très intéressante la piste de réflexion «  dématérialisation/temps  » ouverte ici ; appliquée à ce genre d’ouvrages les avantages sont aussi bien en aval qu’en amont de la mise à disposition qui préoccupe leurs éditeurs : ils disparaîtront aussi plus vite du paysage matériel et n’encombreront plus les étals des vide-greniers…

  2. Hubert Guillaud

    Ce n’est pas tant l’achat qui est impulsif, que le marketing qui doit surfer sur le buzz avec une très forte réactivité : sous forme complètement numérique donc, voire en utilisant de nouvelles techno comme le POD. Cela ne concerne donc que certains types de livres.

    Le plus dérangeant, ici, pour nous, c’est l’exclusivité de vente à un canal plutôt qu’à un autre. Or, j’ai bien peur que ce phénomène ne s’accélère, même si le format ePub permet demain de distribuer du contenu multicanal plus facilement. Car en fait, c’est le marketing qui dicte certaines exclusivité, ça n’a jamais été le format. Aujourd’hui, pour un chanteur, avoir une exclu avec iTunes ou le portail d’Orange (même si c’est 48 heures) est important en terme de positionnement, d’image associée. On peut tout à fait imaginer que ce sera pareil pour les éditeurs et le livre. Ce type de promotion va certainement se développer avec le numérique : le dernier Nothomb accessible 24h avant sa disponibilité en librairie au format numérique un coup sur Amazon, un coup sur iTunes, un coup sur Placedeslibraires, etc. On y va droit, non ?

    Tant que cette exclusivité est limitée et ne se transforme pas en monopole, cela me gène assez peu finalement. Mais là non plus, nous ne sommes sûr de rien, il n’y a qu’à voir le coup de sang de Pisani sur l’augmentation du prix des livres pour le Kindle une fois la promotion de la liseuse accomplie.

  3. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Hubert tu as tout à fait raison, il s’agit bien d’une opération marketing. Si on voit bien l’intérêt d’Amazon (si vous voulez lire ça avant tout le monde, vous n’avez qu’à acheter un Kindle et commander chez nous…), celui de l’éditeur peut être de renoncer à un lectorat potentiel immédiat (tous les pauvres américains qui n’ont même pas de Kindle) pour créer un événement (auquel chaque écho donné à l’opération, y compris ce modeste billet, participe), et «  créer de la rareté  », et donc du désir, pour mieux vendre ensuite à tous la version imprimée qui sortira plus tard…
    Et il est fort probable que de telles pratiques se développent, ainsi que bien d’autres, autour du livre numérique : téléchargement de divers «  bonus  » autour d’un titre, mise à disposition gratuite pendant un temps limité, constitution d’offres groupées etc
    On en discute aussi ici sur ReadWriteWeb : http://tinyurl.com/6nkvpo
    L’exemple de POD que tu as commenté sur La Feuille est également cité dans l’article de Kassia.

  4. Renaud

    @Hubert « Le plus dérangeant, ici, pour nous, c’est l’exclusivité de vente à un canal plutôt qu’à un autre. »
    Oui, ces accords d’exclusivité sont, selon moi, un véritable scandale. Parfois, ce que l’on entrevoit en réfléchissant sur le livre numérique fait un peu peur. Parfois, on a la faiblesse de croire que ça va un coup dur pour la culture. Quand on entend d’un côté les discours sur le soi disant « gratuit », le « no DRM » (Il ne faut, toujours selon moi, pas supprimer les DRM – ce serait une erreur – mais travailler encore pour les rendre attractifs pour l’éditeur et transparent pour le lecteur de livres numériques afin que celui-ci jouisse des même droits que le lecteur de livres papiers. Sans DRM, il est claire que les écrivains ne pouvant plus faire valoir leurs droits – ils vivotent déjà – vont disparaître purement et simplement, et certains éditeurs avec. Enfin, la nuance est importante, c’est le scénario dans un monde où le livre numérique a remplacer le livre papier) et, cerise sur le gâteau, les accords d’exclusivité. Franchement, il y a de quoi se demander où l’on va.
    Se rend-on compte que les accords d’exclusivité ne sont possibles que par la dématérialisation des livres ? Un livre papier, il faut le distribuer dans tous les points de ventes disséminés géographiquement. Il n’est donc pas a priori question d’exclusivité avec un revendeur (ou alors de façon marginale) sauf si celui-ci a un réseau énorme. Ce n’est pas la culture française. (Mais je ne suis pas spécialiste de la question et je me trompe peut-être.) Avec le numérique, vous vous connectez à LA plateforme qui a l’exclusivité et c’est terminé. Moralité ceux qui ont le plus de moyens ou de relations passent les contrats d’exclusivité et exit les autres. Cela ressemble à de l’abus de position dominante. Merci la diversité, merci la culture.
    Il faut souhaiter que les éditeurs qui pass(ent)(eront) ce type de contrats d’exclusivité se grilleront. Vraiment, c’est tout ce qu’ils méritent.
    Comme tu le dis Hubert, « on y va droit ». Tout cela pour dire que l’on s’éloigne quand même beaucoup de Alberto Manguel, de l’essentiel, non ?
    Enfin bon, qui vivra, verra ! ;-)

  5. Hubert Guillaud

    @Renaud : Attention, le système de l’exclusivité n’est pas né avec le numérique, au contraire. En France, on a la chance d’avoir une loi qui considère que le livre n’est pas un produit comme les autres, mais on voit bien que le terrain du marketing est en train de ronger ce pré-carré et faire entrer l’exclusivité un peu partout – et pas seulement dans le numérique.

    Nous n’avons pas encore connu me semble-t-il de diffusion exclusive (genre, le dernier Harry Potter pendant 24 h à la Fnac avant qu’il soit disponible ailleurs), mais nous connaissons depuis longtemps d’autres formes : livres cadeaux, livres à souscription uniquement, livre offert avec votre journal, etc. Mais on pourrait imaginer demain que des éditeurs ne travaillent que certains niveaux de librairie ou de grande surface – c’est déjà le cas d’ailleurs, il y a des livres qui sont conçus pour les grandes surfaces et d’autres qui n’entrent qu’en librairie (poésie par exemple).

    Donc y’a rien de vraiment neuf. Et encore une fois, le marketing est pour l’instant (et pour longtemps) bien plus offensif dans le monde réel que dans le numérique.

  6. Renaud

    @Hubert. Oui, le système d’exclusivité n’est pas né avec le numérique. D’ailleurs je connais assez mal le sujet. J’imagine que les montages marketing peuvent être complexes : exclusivité limitée dans le temps, dans l’espace, avec un ou plusieurs partenaires,…

    Cela dit quelques remarques :

    1. Le fait que ces pratiques existent depuis longtemps ne signifie pas que ce soit une bonne chose. Voir l’exclusivité de Windows sur les PC, la vente liée.

    2. Nous parlons tout de même de livres qui ont la particularité d’être des biens culturels : il ne s’agit pas de n’importe quels biens. Tout le monde a le droit à un accès identique à la culture. Cet accès ne doit pas être réservé à un type de matériel ou à l’accès à une plate-forme particulière.

    3. On s’indigne que le Kindle soit lié à la plate-forme d’Amazon. On s’indigne également de ce que les utilisateurs du Kindle aient accès à une information avant les autres utilisateurs. Cette indignation est légitime. Or on cherche à reproduire la même chose avec les accords d’exclusivité.

    4. On invente un format ouvert (ePub) pour qu’il y ait interopérabilité. Dans le même temps on passe des accords d’exclusivité, c’est-à-dire qui excluent les autres. Nous parlons de livres, je rappelle.

    Bien que je ne connaisse pas la question, honnêtement je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’accords d’exclusivité (mais je peux me tromper encore une fois) en France aujourd’hui pour ce qui est de la revente des livres, j’entends. En moyenne, on peut acheter Anna Gavalda ou Alberto Manguel dans n’importe quelle librairie (grande enseigne ou librairie indépendante). On a le choix.

    Le marketing concernant les livres papiers n’est pas offensif au point de privé l’accès de certains livres à certains utilisateurs (ou alors de façon marginale). Je ne crois pas que les enjeux soient sur « les livres cadeaux, livres à souscription uniquement, livre offert avec votre journal ».

    Les accords d’exclusivité qui se dessinent sont très ciblés sur les livres numériques du fait de la spécificité de leur mode acquisition (téléchargement à partir d’une plate-forme) et de leur mode de consultation (à partir d’un périphérique électronique). Ces spécificités font que le lecteur peut devenir captif d’un périphérique et/ou d’une plate-forme. Voir à ce propos la déconvenue de Pisani.

    La différence de nature entre un livre papier (matériel) et un livre numérique (immatériel) est à mon avis sous-estimée. C’est très dommage parce que tout numérique qu’il soit le livre dématérialisé n’en reste pas moins un bien culturel.

    Virginie choisi bien ses sujets et je m’étonne du peu de réactions. Mais peut-être suis-je mal informé sur le sujet ce qui expliquerait que je sois le seul à m’étonner (m’indigner).

  7. Hubert Guillaud

    Il va falloir hélas continuer à vous indigner Renaud, comme le montre le lancement du reader de Sony en partenariat avec Hachette et la Fnac : «  Hachette proposera 2000 références de livres qui seront distribués en exclusivité pendant six mois dans les 81 Fnac de France.  »

    Oui, en exclusivité pendant 6 mois. Oui, le livre électronique n’est pas un livre. D’où la nécessite de renforcer la Loi Lang pour qu’elle intègre le livre électronique dans sa définition, afin qu’on évite ce qui risque bien de se démultiplier (attention pourtant, le problème du prix du bien dématérialisé ne peut ni ne doit être le même que celui du support papier : regardez cette première réaction sur le prix annoncé des ouvrages (15 à 20 % de moins en format électronique par rapport au papier).

  8. Ping : La Feuille » Archive du blog » La liseuse Sony/Hachette/Fnac

  9. Renaud

    Oui Hubert, j’ai tout lu et deux fois un peu partout sur les blogs. :-)

    «  le livre électronique n’est pas un livre  » : C’est bien là le problème. Il est traité comme un fichier informatique plutôt que comme un texte dématérialisé. Dans ses conditions, on peut être sûr que ce sont les informaticiens qui vont le prendre en charge. Si on est à la recherche d’un modèle économique, il faudra peut-être regarder du côté des logiciels. ;-) (Je plaisante à peine.)

    Le livre électronique sera peut-être encore plus impactant pour le monde du livre que le MP3 ne l’a été pour le monde de la musique. En effet, le MP3 est un format destructeur et il y a beaucoup plus de plaisir à écouter un CD qu’un MP3. A contrario, le livre numérique consulté avec un livre électronique (liseuse) aurait plus tendance à augmenter le plaisir de lecture : tous les avantages d’une bibliothèque sans les inconvénients. Et la numérisation du livre électronique n’est pas destructrice, bien au contraire, elle peut être enrichie.

    Comme tout le monde s’accorde à le dire, le livre électronique est très avantageux pour les gros lecteurs. Or les gros lecteurs sont indispensables aux librairies indépendantes.

    Du coup, on serait tenter de dire aux libraires : «  Ben vendez des livres électroniques et les livres numériques avec.  » C’était sans compter les accords d’exclusivité (et la complexité technique, les risques de piratages,…)

    D’ailleurs, en y réfléchissant, les DRM, outre le fait qu’ils seront toujours contournés (ce que les accords d’exclusivité ne manqueront pas d’encourager d’ailleurs) sont finalement inutiles. Quand on aura terminé de scanner nos bibliothèques personnelles et jeté (ou revendu) tous nos livres papiers, il va bien se trouver des gens altruistes pour partager. Pour les nouveautés, il suffit simplement de les numériser.

    Finalement, le danger pour la chaîne du livre, c’est la simple pénétration des liseuses sur le marché. Pas de chance, parce que contrairement à la réglementation, à l’infrastructure informatique (une plate-forme unique de distribution de livres numériques mutualisée et sécurisée utilisée par l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre numérique),… c’est la seule chose qui soit prête. ;-)

    Alors, si j’étais libraire je crois que je me concentrerai sur mon métier : animer ma librairie et vendre des livres… papier.

  10. Renaud

    Remplacer «  il va bien se trouver des gens altruistes pour partager  » par «  il va bien se trouver des gens altruistes pour prêter leurs livres  » (en référence à un billet F ;-)

  11. Hubert Guillaud

    Oui Renaud, il est plus que temps de dire ce qu’est un livre électronique et sous quel régime il se place.

    Mais je ne suis pas tout à fait d’accord Renaud sur la concurrence entre le numérique et le physique. Enfin, en l’Etat. Le numérique va avoir un impact important sur l’édition physique. Il va falloir que celle-ci se renouvelle profondément pour développer ses attraits : usage de la couleur, mise en page sophistiquée, jeu sur les formats, etc. Bref, qu’elle combatte le principe de l’industrialisation qu’elle a connu jusqu’à présent qui font que tous les produits se ressemblent. Il faut qu’elle développe des avantages par rapport aux limites des liseuses et des formats de fichers et de mises en page que celle-ci peut accueillir. Je me faisais cette réflexion en regardant récemment la tristesse de la composition de bien des livres : tous sur le même modèle, en noir, sans aucun atout à leur usage, renvoyant les notes de bas de page en fin de volume (même au XIXe, on ne faisait pas toujours ça !). Oui, cette édition industrielle est en péril.

    Comme tu le dis très bien, les gros lecteurs risquent de basculer les premiers. Est-ce pour autant qu’ils achèteront tous leurs livres au format numériques ? Je ne suis pas sûr que la substitution soit intégrale, même pour longtemps. Mais tu as peut-être raison, c’est peut-être une illusion liée à l’absence d’offre de livres au format électronique ? Je ne crois pas à la substitution intégrale. Le marché du disque accuse le choc, mais il existe encore : tout le monde n’achète pas sa musique en .mp3. Je ne suis pas sûr que demain tout le monde achète ses livres au format numérique, au moins parce que beaucoup de produits s’y prêteront mal.

    Ce que cela dit d’important à la chaine du livre (libraires, éditeurs, etc.) : c’est qu’il faut innover encore plus fort pour garder leur attrait. Arrêter de se plaindre et agir pour développer des offres qui sachent compenser, voire permette de retourner ce qui a terme, oui, risque d’être un bouleversement radical.

  12. Ping : La Feuille » Archive du blog » Equation économique à résoudre

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