Ne faire que lire

Comment lirons-nous dans quelques années ? Sur l’écran de nos ordinateurs ? Celui de notre téléphone portable ? Sur la feuille de papier électronique de notre liseuse ? Sur papier ? Probablement sur les uns et les autres supports, selon le moment, le type de lecture et bien d’autres critères.

Mais la blogosphère du livre résonne de combats singuliers, de pronostics : qui va l’emporter, Amazon avec son Kindle ? Apple avec son iPhone ? Sony avec son Reader ? Et la liseuse de Bookeen, Cybook, et l’Iliad d’iRex, pourront-ils résister ? Il va falloir compter aussi avec les netbooks

A côté de la mise en scène de cette guerre commerciale, qui a bel et bien lieu, mais se trouve magnifiée par le goût que nous avons des légendes, des affrontements et des paris qui vont avec il existe aussi des divergences de vues entre des gens qui ne sont pas des acteurs commerciaux, mais des observateurs, penseurs, auteurs, blogueurs… Certains apprécient les liseuses, peut-être justement pour ce qui apparaît aux yeux des autres comme leur défaut. Ils apprécient d’utiliser un objet dédié à la lecture, qui ne sait faire que ça : afficher des textes, page après page. D’autres vivent cette dimension mono-fonctionnelle comme une limitation absurde  : ne pas pouvoir cliquer sur un lien hypertexte, ni copier-coller, ni partager en un clic un passage avec un ami.

Il y a quelque chose de reposant dans les objets dédiés, les grille-pain, les presse-oranges. On les utilise sans s’interroger, ils marchent généralement assez longtemps, réclament peu d’entretien. Ils trouvent leur place dans notre quotidien, et rendent humblement de précieux services en se faisant oublier. Ces objets ne sont plus des «  technologies  », ils sont simplement des objets familiers. Telle pourrait être la liseuse, un objet reposant nous permettant simplement, à certains moments, de ne faire que lire.

(photo : francois et fier de l’être – flickr )

49 réflexions au sujet de « Ne faire que lire »

  1. Lorenzo Soccavo

    Grrrrrr, ah que j’aurais aimé écrire ce dernier paragraphe : «  Il y a quelque chose de reposant dans les objets dédiés…  »
    Je me demande même si je ne vais pas le citer ou le mettre en exergue d’une partie du livre, sur ce thème justement, que je suis en train d’écrire…
    Est-il encore utile de préciser que je suis d’accord, autant que si je l’avais écrit moi-même ;-)

  2. Aldus

    ne faire que lire exactement, se poser aussi cette question assez simple :
    combien est-ce que j’achète de livres par an ? moins de vingt livres, passer son chemin, pas plus compliqué que cela.

  3. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @F Exactement. Quelques dribbles pour me remettre en jambes après l’interruption estivale…
    @Lorenzo Je crois que je vais adorer être citée dans votre livre !
    @Aldus Pour toi, pas besoin d’entraînement, ton blog est déjà au top de sa forme !

  4. F

    @Lorenzo : c’est insupportable de n’avoir de nouvelles que via commentaires ? tu nous dois quelques explications !

    @ Aldus : passage hier chez Sauramps, c’était bien curieux de causer en tel lieu, Sony en main, avec Jean-Marie et son fils (qui s’occupe de l’informatique en sous-sol – scoop : Sauramps techniquement prêt à ristourne sur sites qui widgetisent livres via leur site vente en ligne, port gratuit à partir 30 euros) – impossible parler de ce qui nous concerne, la lecture numérique, en le séparant des mutations internes à la librairie même, le poids décisif des poches, le poids des ‘  »grosses ventes  » («  si tu veux afficher les meilleures ventes sur ton site  », eh ben non, je veux pas…). C’est indiscutable, pour qqun dans mon genre pour qui le budget livre a toujours été un point fixe important, depuis au moins 25 ans (j’imagine, même ces dernières années, à peu près 100 euros/mois quel que soit l’étiage phynancier), j’achète très différemment et, à heures de lecture/jour constantes, le numérique doit bien représenter 60 à 70%, et donc, depuis 1 an, nette régression de ce budget librairie, transféré en partie sur hardware. Pour ça que dans La Feuille j’avais repris cette phrase de Florence Trocmé sur les «  fous de lecture  » comme ceux qui utiliseront le mieux une Sony : nos pratiques sont totalement marginales dans l’économie du livre, alors qu’elles représentaient encore il y a peu (ce que le métier présentait comme «  gros lecteurs  ») un repère symbolique important. A part ça, à discuter avec JMS, l’impression que c’est acquis des 2 côtés que la librairie ira son chemin d’un côté, la diffusion numérique de l’autre – ils sont parfaitement conscients que l’ensemble des éditeurs sont prêts à diffusion directe, et semble-t-il parfaitement résolus dans l’idée que ça ne vaut pas le coup pour eux de s’impliquer dans ventes dématérialisées, qu’on le regrette ou pas… Ça devrait d’ailleurs aider à des relations bien moins tendues, d’autant que l’évaluation à 40% pour les acheteurs s’étant préalablement enquis sur le Net du livre qu’ils achètent semble partout confirmée : aube d’une prise au sérieux plus sereine des sites littérature qui font leur travail (voir Kuffer, Blongre, Claro, Lignes de Fuite, Lettrine, Poezibao et tant d’autres…)

  5. F

    PS : j’ajoute qu’avec JM (et le bien que ça fait, des gens de cette implication et cette énergie, et, évidemment, toujours la magie n° 1 d’une librairie comme Sauramps, ou Ombres Blanches, Kleber, Dialogues etc : la «  géolocalisation  » de recherches analogiques dont on ne sait pas où elles nous mènent, mais nous mettent face au non prévisible – or, c’est précisément aussi ce que l’échange «  réseau  » de blog à blog permet progressivement d’organiser, de façon peu à peu similaire), on a aussi parlé numérique et lecture publique : suis extrêmement surpris, là, de la non implication des libraires, alors que la prescription numérique en bibliothèques est un enjeu spécifique, complètement différent de la lecture numérique via liseuses pour particuliers

  6. Hubert Guillaud

    Autant de lectures, autant de lecteurs, disait Alberto Manguel.

    Je ne dois pas être très fan des objets mono-usages si je comprends bien. ;-)

    Pourtant, entre le grille-pain et le presse-orange, on se fait un petit déjeuner quand tu veux Virginie ;-).

    Pas plus que quand je lis je ne fais que cela (je réfléchis aussi, je rêve, je note, je m’exaspère, je m’énerve, je suis sous le charme, je cherche la définition d’un mot, je chercher une référence, je lis en chantonnant, j’écoute de la musique qui rythme ma lecture, etc.).

  7. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Hubert Quand tu veux pour le petit déj, avec ou sans musique, toasts et jus d’orange obligatoires…
    Autant de lectures, autant de lecteurs, bien sûr. Mais aussi des moments différents, j’ai aussi des lectures morcelées, connectées, interrompues, ou bien studieuses, copier-colleuses, annotées. Mais parfois, j’ai besoin de silence, de continuité, de solitude, de temps suspendu, juste le texte, ce qu’il dit et qu’il ne dit pas, et moi.

  8. bruno Rives

    Ne pourrait-on pas parler aussi bien du moulin à café qui a disparu et de la machine à écrire qui s’est fondue dans des systèmes multi-fonctions ?

  9. Hubert Guillaud

    Moi aussi, parfois, je débranche tout et me plonge dans des livres ou des textes. Et parfois même, on n’en ressort pas avant le petit matin (jus d’orange frais et toast obligatoires) ;-)

  10. F

    @Bruno : décidément mauvais esprit, ton MacAir sera confisqué et offert par concours au meilleur collectionneur de moulins à café à manivelle

  11. Florence Trocmé

    Je n’avais pas pensé, à l’origine, en achetant la liseuse Reader PRS 505 de Sony, à cette dimension d’objet dédié principalement (pas tout à fait uniquement) à la lecture. Une anecdote significative : en visite quelque part ce matin, je repars disant «  j’ai oublié mon bouquin  » et il s’agissait de l’e-bbok que je n’ai pas eu l’idée d’appeler liseuse, ordinateur, e-book, etc. Mon bouquin, notez le possessif également.
    Il est vrai qu’il est reposant d’avoir un objet qui ne sert qu’à un usage, lire. Et qui de plus le fait parfaitement (alors que d’autres objets multipotents, suivez mon regard côté IPod, iPhone et cie, ne le font pas bien, même si Stanza et cie c’est très bien. On en a marre au bout de dix minutes, alors que sur la liseuse, on lit longuement sans aucune fatigue.
    Pour l’instant je teste, je télécharge des choses différentes, pour voir. Par exemple l’énorme index de mon site Poezibao (ça m’arrangerait bien parfois de l’avoir avec moi, sur moi) et bien là, c’est catastrophique, l’index est entièrement constitués de liens, il doit y en avoir 3000, la liseuse n’arrive pas à se débrouiller avec ça et plante avec constance. J’essaie aussi de lire des fils RSS via feedbooks mais pour l’instant impossible de comprendre les manoeuvres à effectuer malgré multiples tentatives (sinon c’est formidable, lu ainsi tranquillement le grand article de François Bon sur Led Zeppelin que j’aurais sûrement zappé autrement)….. Formidable aussi pour les fichiers perso, car ça les met à distance, ça permet de les lire comme une production presque étrangère à soi et donc de prendre du recul pour en juger…. N’ai téléchargé pour l’instant que quelques livres gratuits, Aurelia de Nerval par exemple…..
    Mais oui, en fait, à l’objet à utilisation unique (je n’ai même pas écouté une seule fois le fichier mp3 livré avec la machine qui sert en principe aussi à écouter de la musique, c’est tout dire)…..

  12. Renaud

    @ Aldus : «  ne faire que lire exactement, se poser aussi cette question assez simple : combien est-ce que j’achète de livres par an ? moins de vingt livres, passer son chemin, pas plus compliqué que cela.  »
    Passer son chemin, c’est vite dit ! C’est quand même sous-estimer le potentiel de ces périphériques en terme de lecture. Voir l’Irex sur lequel on peut lire les journaux par ex. D’autre part, c’est également sous estimer le potentiel de ces lecteurs pour les documents d’entreprise. C’est d’ailleurs le marché de l’Irex me semble-t-il. Que le texte soit littéraire ou professionnel (littérature grise), on a le droit à la même mobilité (lecture dans les transports en commun par ex.) et au même confort de lecture (papier électronique). Je n’ai aucun mal à imaginer à l’avenir une fonction «  enregistrer sous…  » avec l’option format .epub dans Word ou Writer pour convertir les documents d’entreprise. (Quoiqu’on s’oriente davantage vers la suite bureautique de Google… Super ce Chrome !)

    @ Virnigie. A mon avis, les constructeurs ont tout intérêt à segmenter leur clientèle pour offrir le périphérique adapté à chacun (c’est-à-dire de Virginie à Hubert d’après ce que je comprends) en terme de prix/fonctionnalités. Un peu à l’image des options sur les voitures : lecture | prise de note | échange de message | téléphonie | musique | vidéo |…
    C’est la réflexion que je m’étais faite par exemple pour les livres de François : un livre sur Jimmy Hendrix avec des extraits musicaux c’est plutôt pertinent, non ? D’autant plus pertinent que le lecteur est à priori mélomane. Et que dire d’une histoire de la musique ? Bref, à chacun ses usages et aux constructeurs de proposer un produit adapté à chaque segment de population.
    Pour ma part, il est vrai que je rêve d’un périphérique de lecture électronique, d’un objet d’une épure totale qui permettrait de se synchroniser ponctuellement sur Internet, autoriserait également la prise de note (stylet) et capable de se recharger à l’énergie solaire. Les fonctionnalités les plus consommatrices en énergie (connexion Internet et prise de note) seraient débrayables afin d’augmenter l’autonomie. L’idée étant d’obtenir un objet complètement autonome (pas de recharge de batterie par secteur), sans aucune connectivité… comme le livre.

  13. Renaud

    :-) Les brevets, c’est peu trop complexe pour moi. Et puis, il n’y a rien de très innovant et tout doit déjà être dans les cartons… et même plus !

    Justement François, j’ai eu une discussion avec ma libraire avant qu’elle ne parte en vacances. Le fils d’un de ses amis à elle lui a prêté son Iphone et elle a joué avec. Elle a été emballée. Elle a même ajouté que l’ergonomie «  créé une émotion  ». Cette expérience l’a émue. Cela m’a rappelé un de vos post écrit depuis les US – ce que je lui ai dit d’ailleurs. Comme quoi… A ces libraires !

  14. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @Florence : Bienvenue sur teXtes ! J’ai trouvé très intéressant votre témoignage sur la liseuse Sony publié dans Actualitté. Et merci pour Poezibao !
    @Renaud : Ajouter à un ebook sur Hendrix des extraits musicaux poserait un rude problème de droits… C’est peut-être possible (de les obtenir), mais cela coûterait probablement assez cher.
    C’est sûr qu’il doit y avoir pas mal de choses dans les cartons des fabricants, on voit de beaux prototypes en vidéo de temps en temps sur le web, comme une liseuse à double écran, des écrans enroulables etc.
    J’aime bien cette idée exprimée par votre libraire,  » l’ergonomie qui crée une émotion  », un plaisir de manipulation assez indéfinissable. La firme Apple sait bien parvenir à cette émotion avec nombre de ses produits, et c’est probablement le résultat d’une culture du design très particulière, qui place le design au centre, alors que de nombreux fabricants considèrent encore le design comme quelque chose de cosmétique et oublient l’utilisateur en se focalisant sur «  les fonctionnalités  ».

  15. Renaud

    Oui, effectivement, les droits seraient délicats à gérer. Cela dit on pourrait imaginer un accord entre un éditeur livre et un éditeur musique. Voir même il se pourrait que ce soit un éditeur musique qui prenne en charge l’édition de ce type de livre. Dans ce cas, ce serait un peu comme si le livret vendu avec le CD (et disparu avec le mp3) devenait livre à part entière et électronique.
    Je crois effectivement que l’ergonomie «  créatrice d’émotion  » avec les écrans tactiles tels que sur l’Iphone est l’avenir du web. Voir «  Minority report  », par exemple. Peut-être plus que la 3D au sens de Second life. A voir. ;-)

  16. F

    oui, il faut inventer pour l’audio – mais je crois que la question du «  multi usage  » doit être plus importante que celle de l’outil dédié

    exemple : là j’ai même l’auteur chez moi, Bernard Ollivier, qui a marché à pied d’Istanbul au Pamir par la Route de la soie, c’est publié en 3 tomes chez Phebus, j’ai les livres, OK, mais j’aimerais bien la version numérique pour quand je pars en vacances, sur la Sony, et ce qu’il est en train de raconter dans la cuisine, ça pourrait être un fameux podcast – lire ou écouter (dans la voiture par exemple) pour moi ce ne sont pas des exercices simultanés

    autre question, que je n’ai pas vue trop évoquée : en lecture, la Sony ne consomme rien (suffit de la raccorder un peu à l’USB de l’ordi de temps en temps, si j’avais su j’aurais même pas acheté l’adaptateur secteur), mais en audio la batterie se vide grand V

    très important la remarque de Florence sur l’usage incroyable qu’on peut faire de la liseuse pour les fichiers perso, dès qu’on écrit ou qu’on blogue, indépendamment de l’ordi portable

  17. Renaud

    Et oui, si on souhaite un périphérique de lecture léger et autonome, mieux vaut éviter le multimédia et la connexion internet.

    On peut lire tous types de texte (personnels et professionnels), prendre des notes aussi mais pourra-t-on réellement bloguer et écrire avec le livre électronique ? Là, il faudra peut-être davantage regarder du côté des «  netbooks  » si l’on souhaite un périphérique nomade «  ultraportable  ».

  18. Renaud

    En fait, ce qu’il faudrait c’est un livre électronique qui fasse également machine à écrire électronique.

    Pouvoir écrire avec un clavier et lire sur du papier électronique.

    En somme le Kindle mais avec un vrai clavier ou un netbook mais avec du papier électronique.

    Finalement, je vai peut-être déposer un brevet. ;-)

  19. Nadine

    Les «  objets dédiés  » ont aussi leurs mystères : j’ai vu hier un «  moulin à gelées  »…

  20. Alain Pierrot

    @F «  lire ou écouter (dans la voiture par exemple) pour moi ce ne sont pas des exercices simultanés  »
    Ce besoin parfois de fermer les yeux pour mieux écouter musique et encore plus souvent parole (enregistrement de Stiegler proposé par Christian Fauré ) pour repousser la distraction de l’empan visuel.

    Attention, ne pas essayer au volant !

  21. F

    écouter Stiegler en conduisant, il serait cap de prendre le volant à notre place !

    certaines musiques il peut m’arriver de suivre partition en même temps que j’écoute, mais lire non

  22. bruno Rives

    L’iPhone est l’exemple type de dispositif qui fait changer d’avis sur mono ou multi fonctions. Grâce effectivement à «  l’homme dans la boucle  » cher à Apple. Jusque-là, je ne pensais pas intéressant d’avoir de la video connectée dans mon téléphone, mais quel plaisir désormais d’y retrouver Michel Serres (sur beaucoup de sujets, je préfère le voir et l’entendre que le lire). Au point que j’ai hâte d’emporter sa voix associée à des passages de ses écrits dans mon reader (le Sony le permettrait, mais c’est un peu compliqué à composer).
    La grande difficulté (elle a demandé plus de 500 ans au livre imprimé), c’est de réussir l’alchimie des livres électroniques. Un rapport avantages/freins qui les fait préférer aux autres supports, qu’ils soient classiques ou électroniques. Le niveau d’acceptation étant fonction de l’usage et de l’utilisateur, l’exercice est délicat.

  23. F

    je trouve que le passage ci-dessous de cette réflexion d’André
    http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/09/06/803-six-questions-pour-comprendre-la-photo-numerique-1
    rejoint pleinement notre discussion grille-pain

    [JE CITE]
    2. La photo numérique produit-elle des images virtuelles ?

    On peut transmettre, échanger ou détruire un fichier JPEG. On peut perdre ses photos suite au plantage du disque dur, à la magnétisation d’une carte mémoire ou à une rayure sur un CD. Comme tous les fichiers numériques, les photos restent donc des objets bien réels, dotés d’une place physique et soumis à la propriété. Ce qui s’est modifié est plus subtil. Avec le numérique, la photographie a rejoint les systèmes à lecteur.

    Comme avec le disque audio, il ne sera désormais plus possible d’accéder à l’enregistrement sans un intermédiaire technique adapté. Pendant près de deux siècles, les produits de la photographie ont été le plus souvent accessibles sous la forme de supports autonomes directement visibles. Comme le montrent les difficultés matérielles des historiens du disque pour travailler sur les archives sonores, les systèmes à lecteur compliquent grandement la consultation des sources, dès que celles-ci appartiennent à un système technique périmé. La lecture directe facilite au contraire cet accès. Elle n’est cependant pas exempte de défauts. Lorsqu’un type d’image est plus facilement accessible, celui-ci est avantagé au détriment des autres. On peut constater que l’histoire actuelle de la photographie est pour l’essentiel une histoire des tirages sur papier, qui a négligé les corpus de plaques négatives ou de supports exotiques.

    L’entrée de la photographie dans les systèmes à lecteur est un tournant majeur de son histoire. Ce phénomène complique l’accès aux images, sans pour autant représenter un obstacle insurmontable. Il se pourrait même que la question qu’il soulève de l’accès futur aux images ait des effets bénéfiques sur leur conservation. Alors que la pratique photo du XXe siècle ne s’était que peu préoccupée de la pérennité des images, occasionnant des pertes importantes, la photo numérique a fait de l’archivage une question cruciale.
    [/CITATION]

  24. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @F La problématique traitée par André est un peu en amont de notre discussion. Sa réflexion porte sur une opposition entre «  supports autonomes directement visibles  » (la photo tirée sur papier) et «  systèmes à lecteur  » (photo numérique, qu’on lit grâce à un ordi ou un autre appareil nécessaire à son affichage). Cette problématique concerne bien sûr aussi le livre, avec une opposition livre imprimé accessibles directement / livre numérique consultable via un dispositif technique. Mais notre duscussion «  grille-pain  » portait plutôt sur la nature de ce dispositif concernant le livre : y a-t-il un intérêt à disposer de systèmes dédiés (liseuses), autorisant simplement la lecture, ou bien la lecture numérique est-elle indissociable des fonctionnalités auxquelles l’ordinateur nous a habitués : proximité lecture/écriture, annotation, connectivité, prise de notes, écoute simultannée de musique etc. ?

  25. F

    je m’en faisais la réflexion hier, dans les rangements de bureau pour rentrée : même si l’ordi est la pièce centrale du dispositif, le bureau reste une suite d’appareils dédiés – le son via mini-console yamaha, parce que même si je peux enregistrer ou travailler du son avec le Mac, le lien source/enregistreur/diffusion passera mieux par la Yam – de même mini-chaîne image avec appareil photo (qui enregistre aussi, mais moins bien que le Zoom H4, mais photographie bien mieux que le téléphone etc) – je crois même que je vais bientôt revenir, mais il y a les sous évidemment, à configuration où mon Mac portable ne servait qu’au boulot perso, tandis qu’un brave iMac éclusait le courrier, la compta et autres servitudes – on vit dans une sorte de qui quincaillerie de plastique préhistorique, avec les 2 disques dur de sauvegarde en alternance, la borne wifi, l’imprimante dans le garage etc – et quel bonheur d’aller se faire un café dans la pièce à côté avec cafetière dédiée et vieux grille-pain auquel je ne demande rien informatiquement

    dans tout ça, oui, le livre dispose d’une ambiguïté propre : il matérialise spatialement, dans la bibliothèque, un dépôt de savoir, beauté ou mémoire – l’ambiguïté des appareils comme la Sony, c’est de matérialiser une part de ce dépôt (manque la disposition spatiale, les livres sur Baudelaire ici, les livres sur Rabelais là, la socio et la philo ici etc), mais de la sauvegarder, via le confort de lecture, hors cet ordinateur qui centralise nos usages numériques (il n’y aucune part commune entre la lecture sur ordi et la lecture sur liseuse, alors qu’il y a grande part commune entre la lecture livre et la lecture liseuse)

  26. Aldus

    @florence , même chose pour moi pour les fichiers MP3 sur le Sony, j’ai écouté une fois seulement ! alors je suis à plusieurs centaines d’heures de lecture !
    @renaud, bien sûr pour les documents longs, ce que je voulais dire simplement dire c’est que comme Florence les acheteurs potentiels sont forcément du côté des gros lecteurs, j’ai souvent remarqué autour de moi que ceux qui les critiquent le plus finalement, sont loin d’être dans cette catégorie-là !

  27. Aldus

    c’était en effet un réel bonheur d’échanger avec bernard ollivier (chez françois), grand marcheur et grand lecteur. nous avons aussi parler de ces nouveaux lecteurs qui allégerait son sac à dos ! j’ai commencé à lire son livre, extraordinaire, quel bonhomme !

  28. bruno Rives

    Certains nouveaux usages du livre impliquent sans doute de l’informatique non invasive. Ainsi, une société japonaise propose pour les personnes âgées une bouilloire qui semble dédiée à sa seule fonction. Elle recèle en fait un dispositif électronique qui prévient le médecin ou les proches en cas d’anomalies dans l’utilisation. C’est l’approche de la robotique comportementale et communicante. La fonction première reste la même, d’autres, discrètes, lui sont adjointes.
    @F Concernant la lecture reader et ordinateur, la différence devrait s’estomper. Le MacBook Air est lisible au soleil, le XO également, et bientôt des tablettes hybrides le seront. Je doute que la plupart des readers aujourd’hui sur le marché durent bien longtemps, même s’ils apportent quelques plus par rapport aux autres supports. Je reste néanmoins convaincu du futur de livres électroniques dédiés dignes de ce nom.

  29. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @F ta description de ton espace de travail me rappelle mes premiers pas sur le web, vers 95. Il y avait une communauté en ligne, appelée «  electric minds  » et animée par Howard Rheingold, avec plusieurs topics, et l’un des thèmes de discussion s’intitulait «  where I sit  ». Chacun décrivait son espace de travail. On n’échangeait pas d’images encore, mais c’étaient mes premiers échanges sur internet, et c’était fascinant de lire ces descriptions souvent drôles du bureau de ces gens, des geeks pour la plupart d’entre eux, que je ne connaissais que de cette curiosité nouvelle du web… Je me souviens de ma timidité lorsque j’ai posté pour la première fois, de l’étrangeté de voir mon post s’afficher, de mes voisins à qui j’avais raconté ça et qui me trouvaient complètement barrée…

  30. Renaud

    @Aldus. Effectivement, ce type de périphérique s’adressent en priorité aux grands lecteurs parmi lesquels il ne faut pas non plus oublier les élèves/étudiants et donc les manuels scolaire et universitaires, voire les cahiers de vacances. Autres usages, autres usagers en plus des lecteurs de livres grand publics, des lecteurs de journaux et des lecteurs de documents professionnels. Il faut également ajouter les lecteurs de blogs et de sites web via les flux rss. Bref, les reader ne sont pas simplement destinés aux grands lecteurs de livres mais aux grands lecteurs de tous les textes.

    La morale, c’est peut-être qu’on a du mal à penser texte sans le livre-objet (ou objet-livre) quand on parle de livre électronique. Le livre électronique est plus qu’un lecteur de livres numériques, c’est un lecteur de textes.

  31. F

    en accord avec Renaud, et ça rejoint certaines analyses de Bruno ou Lorenzo : le déplacement des usages se fera par les usagers – difficile d’imaginer, nous, les pratiques de lecture e-ink lorsque les manuels scolaires et documents facs se seront généralisés sur supports e-ink OU généralisation de l’ordi portable – ce qui me surprend plus, c’est 1, la lenteur avec laquelle se propagent les softs qui permettent réellement de «  lire  » sur écran ordi (Digital Editions), 2, la façon dont les PDF «  utilitaires  » qu’on reçoit de tous côtés sont quasi chaque fois du A4 pour imprimante transposé, l’idée que le PDF écran a son ergonomie propre a encore bien du chemin à faire (corollaire : écrire sur ordi, c’est écrire pour l’imprimante?)

  32. bruno Rives

    @F Tu as un Mac, regarde aperçu dans impression, c’est le mieux pour avoir un mode page. Sinon, tu as raison. Dès le Librié nous avions vu qu’il était illusoire de considérer le reader comme une imprimante, malgré tous les utilitaires de Sony pour les flux RSS, les drivers d’impression dédiés, les menus que Jinke et eRead ajoutent à Word ou Excel. Trop de différences de taille, de polices, de graisse… La composition sur reader demande une attention particulière pour être pertinente.

  33. Aldus

    @Renaud Pour la lecture des blogs sur les lecteurs eInk, je suis assez réservés, toujours associés à des liens hypertextes, de la vidéo, en plus ce ne sont pas forcément des billets très longs qui d’une lecture rédhibitoires sur l’ordinateur ! non, franchement la lecture de blogs (viaFeedbooks notamment), j’ai jamais accroché : bien comprendre que ces lecteurs ne remplacent pas l’ordinateur et l’internet, les usages sont différents ; je regarde beaucoup du côté des netbooks, je sauterais peut-être le pas d’ici la fin de l’année, un bon complément au Sonyreader !

  34. F

    @Bruno : c’est seulement depuis que je «  produis  » des PDF différents formats pour publie.net que la fonction «  aperçu/mise en page  » dans impression m’est devenue un outil journalier, et que quasi plus jamais de A4 – pour les polices, résultats à peu près corrects en se servant uniquement des polices «  propriétaires  » Adobe, donc encore un peu plus dépendant…

    @Virginie : en faisant la vaisselle, et le grille-pain dans le champ de regard, me venait la considération suivante : «  lire  » a dû être pour moi, les 10 dernières années, une fonction à peu près constante, disons 5 heures/jour (normal, c’est mon taf)
    il y a 10 ans, donc déjà avec le Net depuis 2 ans, ça devait se répartir ainsi : lecture flux (journaux papier principalement) 1h, lecture documents non livres (manuscrits, documentation, documents pro) 1h30, lecture dense (livre imprimé exclusivement) 2h30
    aujourd’hui, je dirais lecture flux (fils rss et veille numérique, y compris presse et info) 1h30 (plus aucun achat journaux papier, mais différentes ressources web payantes, dont lemonde.fr), lecture non livre (manuscrits, documentation, documents pro) 1h, lecture dense 2h30 (dont livre imprimé 1h30 et liseuse 1h, parce que suis loin d’avoir suffisamment de ressources numérisées)

  35. F

    @Aldus : oui, Netbooks on les attend, et on se débrouillera pour leur caser du livre à plein écran – moi aussi, mes heures veille numérique c’est directement sur l’ordi, et mon achat le plus important de l’an dernier (avec la Sony!) c’est écran Samsung 22″ branché sur le MacBook, désormais j’ai bien du mal à lire les longs blogs si ce n’est pas sur mon écran extérieur : je le dis, parce que ça fait encore un terminal dédié (et infirme, je peux pas l’emporter en balade) – mais les longs articles de fond qu’on trouve sur blog, genre Salaün :-) je les intègre depuis longtemps dans fichier word qui me sert de doc globale, où il y aussi du Chartier et autres trucs de fond, rapport Zwirn/Europeana, Patino etc : c’est ce fichier que j’actualise sur la liseuse

  36. Virginie Clayssen Auteur de l’article

    @F, @tous : Vous êtes toujours les bienvenus. La maison est grande, le jus d’orange et les toasts sont offerts, installez-vous confortablement, faites comme chez vous !

  37. Ping : teXtes » Blog Archive » du papier au numérique, du numérique au papier

  38. Ping : teXtes » Blog Archive » Lancement imminent de Shortcovers. Un “Kindle killer” ?

  39. Ping : controverse du grille-pain, suite… « teXtes

  40. Ping : Pour faire un livre augmenté « teXtes

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