Archives mensuelles : mars 2009

Guerre et paix

Guerre :

«  A la différence de la confrontation des majors avec le numérique, la guerre à venir à toutes les chances d’être plus brutale, plus rapide et plus efficace que celle que mène encore l’industrie du disque. Le plan de bataille édicté par le SNE est d’ailleurs un constat d’échec tant il n’est guère qu’un plan de défense face à une attaque qu’il devine, lui aussi, imminente. Si l’industrie du livre n’a de toute évidence rien appris de l’expérience des majors du disque, qui peut imaginer un instant que dans le camps adverse, aucune leçon n’at été apprise afin de mettre au point les stratégies de la guerre à venir ?  » (Fabrice Epelboin – ReadWriteWeb)

tags : confrontation guerre brutale bataille défense attaque adverse

Paix :

«  Dans un univers numérique, la clé du succès, c’est le dialogue. Dans le monde du livre, cela suggère le dialogue avec un auteur vivant, certes, mais aussi avec d’autres lecteurs, ou d’autres participants à l’écosystème qui prend forme autour d’une œuvre. Par conséquent, par delà les infrastructures, les formats, les modèles commerciaux, etc. ceux qui réussiront le mieux seront ceux sauront tirer profits des dialogues — par tous les moyens ; par ceux qui leur conviennent, ne serait-ce que par courriel, par un blogue, etc. Qu’ils soient auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, etc. Je m’émerveille d’ailleurs en voyant apparaître, chaque jour, de nouvelles initiatives qui s’inscrivent dans cette dynamique conversationnelle.  » (Clément Laberge – du cyberespace à la cité éducative)

tags : dialogue émerveille apparaître dynamique-conversationnelle

Je sais pas, vous, mais moi, je préfère la paix. Je préfère le travail de Clément auprès des éditeurs, en France pendant plusieurs années et maintenant au Québec, à l’agressivité d’Epelboin envers les éditeurs. Nous n’en sommes qu’au tout début d’un changement qui modifie la manière dont nous lisons, écrivons, publions, apprenons, nous informons, échangeons. Les modalités de ce changement, ses conséquences, méritent autre chose que les sempiternelles vociférations contre «  les éditeurs  ». Ce n’est pas un secteur que je défends ici, c’est une manière d’être.  Je préfère saluer les expérimentations plutôt que souligner les maladresses, aider à la compréhension plutôt que me gausser des retardataires. Accompagner le changement, et non le jeter à la face de ceux qu’il concerne.

PaaS : Publishing as as Service

Déjà mentionnée dans ce blog, la société SharedBooks propose une site sur lequel il est possible de personnaliser un livre, et d’en commander une version imprimée. SharedBooks vient de conclure un partenariat stratégique avec Mark Logic Corporation, une société qui propose des solutions pour la structuration XML des contenus éditoriaux. L’un fournit le «  workflow  » éditorial, ( la chaîne de production informatisée ), l’autre l’interface permettant d’assembler les contenus et offrant l’accès à l’impression à la demande, ainsi que la possibilité de toucher directement le client final : et voilà un service de création et de distribution de contenu complètement orienté «  plateforme  ».

<explication>Que siginifie «  structurer en XML des contenus éditoriaux  » ? Très schématiquement, cela signifie ajouter une couche d’informations à un texte, au moyen de balises insérées dans le fichier du texte. Quiconque a approché le langage HTML sait ce que sont des balises. Il s’agit de mentions qui se présentent précédées et suivies de chevrons. Les balises ne sont pas censées être affichées, le lecteur ne les verra pas. Elles portent une information destinée à être interprétée par des machines. Elles spécifient tout le texte situé entre une balise ouvrante <commeCeci> et une balise fermante </commeCeci> .  La différence entre les deux ? le signe «  /  » qui suit le chevron ouvrant d’une balise indique qu’il s’agit d’une balise fermante. Les balises peuvent fournir de l’information sur la structure du texte, de type : «  tout ce qui est situé entre ces deux balises constitue le titre d’un chapitre  ». Elles peuvent aussi donner de l’information sur le sens du texte, indiquer de quoi il parle : «  tout ce qui se situe entre ces deux balises est un recette de cuisine  ». Voici une explication bien schématique, mais il n’est vraiment pas difficile d’en apprendre plus sur XML en se livrant à quelques recherches sur le web…

Avec ce système somme tout assez simple, il est ensuite possible d’adresser des portions de texte, de les désigner, de les retrouver, de les manipuler. On obtient ainsi de l’information structurée, un petit peu comme l’est l’information contenue dans une base de données, mais avec une structuration offrant plus de souplesse et de possibilités.

</explication>

Le métier de Mark Logic, c’est d’aider avec une gamme d’outils XML les éditeurs à structurer leurs contenus, pour une publication qui peut se faire sur papier mais aussi en numérique. Les flux XML ainsi créés peuvent alimenter par exemple des plateformes de e-learning, tout comme ils peuvent, moyennant certaines transformations, être mis en forme pour une publication imprimée. En regardant la liste de leurs clients, on voit que les éditeurs professionnels et universitaires y sont plus nombreux que les éditeurs de littérature générale.

Le métier de SharedBooks, c’est de proposer au client final une interface qui va lui permettre à la fois d’intervenir sur le contenu d’un livre, et d’en commander une version imprimée. Il s’agit d’une forme particulière d’impression à la demande, couplée à de la personnalisation.

On voit immédiatement l’intérêt du partenariat ainsi créé : la possibilité pour les clients de Mark Logic, des éditeurs pour certains d’entre eux, d’utiliser les développements de SharedBooks pour accéder à la fois aux outils de customisation, et à l’impression à la demande. Et, une fois qu’on dispose de contenu structuré, de tels outils ouvrent la porte à quantité de produits nouveaux, qui peuvent être diffusés directement sur le web.

Voici le communiqué de presse :

SharedBook Inc., la solution d’édition personnalisée en ligne, et Mark Logic Corporation, qui fournit la solution leader du marché XML server, ont conclu un accord de partenariat stratégique qui va faire de SharedBooks la solution privilégiée de commercialisation des contenus XML délivrés via Mark Logic Server.

L’accord va permettre aux deux compagnies de conjuguer leurs services pour permettre aux éditeurs et aux détenteurs de contenus d’exploiter leurs actifs numérques en déployant rapidement des produits à haute valeur ajoutée.

La plateforme de personnalisation éditoriale SharedBook offrira aux clients de Mark Logic, actuels et futurs, une solution SaaS (Software as a Service), permettant la réutilisation de contenus, leur ré-agencement dans des œuvres dérivées des contenus traités par MarkLogic server en utilisant les connecteurs de contenus développés par SharedBooks.

«  Ce partenariat démontre la flexibilité de notre plateforme technologique  », a déclaré Caroline Vanderlip, CEO de SharedBook. «  Les outils de «  front end  » de SharedBooks complètent MarkLogic server pour offrir une solution «  go-to-market  ».

«  SharedBool  offre à Mark Logic une interface  utilisateurs innovante  » a déclaré Jeff Faraday, directeur des partenariats chez Mark Logic Corporation. «  MarkLogic et SharedBook sont positionnés sur ce marché pour offrir aux clients un service formidable. Nous prévoyons un partenariat de longue durée, dont bénéficieront les deux parties.  »

Alain Pierrot thinks digital

La première fois que j’ai rencontré Alain Pierrot, c’était dans les locaux qu’Hachette Livre occupait encore Boulevard St Michel. Il avait passé une tête dans le bureau de Véronique Schwab, alors que nous venions de recevoir la version CD-I de «  La Famille Papyrus  », et nous avions montré à celui qui était à cette époque le Monsieur Numérique du groupe quelques extraits de l’un des premiers titres multimédias ludo-éducatifs publiés par Hachette, destiné à la sensibilisation à la lecture des tous petits.

J’ignorais tout alors de SGML (et encore aujourdhui…), XML et la norme Onix n’existaient pas, et je ne connaissais du monde de l’édition que cet immeuble labyrinthique du boulevard St Michel. Mon projet de programme interactif autour de la lecture y était arrivé par la poste, quelques feuillets accompagnés d’une disquette contenant une pile Hypercard.  Il semblait encore magique à beaucoup qu’un clic à l’écran puisse déclencher un son, on prononçait le terme «  arborescence  » avec une pointe de timidité,  le CD-I semblait prometteur, l’usage du web était loin encore d’être généralisé. Alain et son équipe s’affairaient déjà depuis plusieurs années autour des dictionnaires et des encyclopédies, et parlaient couramment SGML (l’ancêtre de XML).
Alain était chez Cap Digital le 9 mars dernier. C’est toujours un plaisir de l’écouter, c’en est un aussi de pouvoir partager avec vous son intervention, grâce au travail de l’équipe de Think Digital.

(On peut voir la vidéo aussi sur La Feuille, les fauteuils sont confortables, et chez Aldus, il y a des esquimaux à l’entracte).

Nous sommes tous de petits éditeurs

Google conclut avec Sony un partenariat qui permet à Sony de proposer sur son site the ebook store from Sony 500 000 livres du domaine public en téléchargement gratuit. Les titres sont au format epub.

Google n’exclut pas de proposer à d’autres acteurs, «  partageant sa volonté de rendre accessible les livres  », le même accès à ses ouvrages. La guerre contre Amazon est déclarée ! Va-t-on continuer chez Amazon d’essayer d’imposer un modèle vertical (achetez chez moi, dans mon format, et lisez sur ma liseuse) ?

Ainsi s’agitent les géants, outre-atlantique, et ce n’est certainement pas fini :  il n’y a aucune raison pour que Google ne mette pas en vente prochainement des livres sous droits, s’appuyant sur l’accord conclu avec les auteurs et éditeurs américains.

De ce côté-ci de l’océan, la «  chaîne du livre  » tremble, discute et se rassemble au Salon du Livre. De l’espace «  lectures de dem@in  » aux Assises du Numérique, on essaye les liseuses, on s’interroge sur la définition du livre numérique, on s’inquiète pour les libraires, on fait le bilan de Gallica, on commente l’annonce faite par Gallimard et La Martinière, on se réjouit qu’il y ait du soleil et plein de monde tout de même Porte de Versailles, on parcourt les allées, on note que les lecteurs photographient les auteurs en signature avec leur portable, on feuillette de beaux livres qui ne donneraient pas grand chose sur un iPhone ou une liseuse, on déniche des pépites chez de petits éditeurs, et on se dit : «  Nous sommes tous de petits éditeurs  ».

#sdl09ldd : mettre un dièse aux mots

Mettre un bémol, on voit bien ce que ça veut dire, sans connaître le solfège. Mais, «  mettre un dièse  » ?

Hier soir, Peter Brantley twittait en direct d’un symposium à la Columbia Law School concernant le Règlement Google, et ses répercussions à long terme. On peut suivre, moyennant décryptage de quelques raccourcis (BRR = Books Rights Registry), ses notes de conférence avec le hashtag #gbslaw.

Qu’est-ce qu’un «  hashtag  » ? C’est une série de caractères précédée du signe #, dont les utlisateurs conviennent du sens. Tout message sur twitter comportant ce hashtag pourra être ainsi considéré comme faisant partie d’un ensemble de messages, auquel est associé un contexte défini.

Cela permet d’effectuer des recherches, et aussi de donner en quelques caractères le contexte d’un tweet.
Souvent, il s’agit d’un événement, comme dans le cas de #gbslaw. Le premier qui commence à twitter un événement propose le hashtag. Il existe aussi des hashtag thématiques, comme #followfriday. Il sert simplement à indiquer à ses followers des personnes intéressantes à suivre sous twitter…

Nombreux sont mes «  Following people  » d’outre atlantique qui assistent ces jours-ci à  SXSW , et utilisent le tag #sxsw.

Mais ici en France, on twitte aussi !  Le hashtag pour «  Dem@in le livre  » au Salon du Livre est : #sdl09ldd.

Peut-être se trouvera-t-il quelques twitterers pour couvrir les deux débats organisés par Alain Pierrot, et que j’ai le plaisir d’animer ?

Dimanche à 17h30 :

Bibliothèques numériques, de la consultation en ligne au téléchargement
Où en est-on de la consultation en ligne et du prêt par les bibliothèques numériques ? Aspects sociologiques de la lecture numérique.

Daniel BOURRION, conservateur des bibliothèques, Bibliothèque Numérique de l’Université d’Angers
Alain GIFFARD, spécialiste des technologies de l’écrit, président de la Mission interministérielle pour l’accès public à l’Internet
Yannick MAIGNIEN, directeur du TGE (Très Grand Equipement) ADONIS.
Lundi à 14h :

Comment « rematérialiser » les livres numériques au gré des lecteurs ? Impression à l’unité, fichiers numériques, sont-ils opposés ou complémentaires ?

Pierre-Henri COLIN, responsable de l’offre e-paper chez 4D Concept
Hervé ESSA, directeur marketing et  commercial chez Jouve
Frédéric FABI, président et fondateur du groupe Dupliprint
Moritz HAGENMÜLLER, directeur de Books on Demand.

La lettre de Mike aux auteurs (3)

Voici la  troisième partie de la «  lettre d’un éditeur à ses auteurs  », publiée aujourd’hui par Mike Shatzkin,  pour leur parler de ce que sera un «  livre numérique enrichi  ».  Il s’agit d’une lettre fictive, d’un éditeur imaginaire nommé NTP, à ses auteurs. Vous pouvez  lire si ce n’est déjà fait la traduction de la première et de la deuxième partie.

Ce billet traite des points deux et trois : qu’est-ce qui est attendu de la part de l’auteur pour arriver au résultat, et quel sera l’accord passé entre notre société imaginaire, la NTP et l’auteur.

Bien sûr, NTP ne pourra pas faire grand chose pour créer des livres numériques enrichis sans votre aide, et celle des autres auteurs. Alors, en quoi avons-nous besoin de vous pour que notre projet se réalise ?

La réponse s’articule en deux parties : les éléments de valeur que vous pouvez ajouter pendant le processus de création du livre, et ceux que vous pourrez ajouter après la publication.

Vous disposez d’un matériel bibliographique et de notes documentaires que nous n’allons pas inclure dans le livre ?  Avez-vous archivé les liens vers les sources que vous avez utilisées sur le Web ? Vous êtes-vous inspiré de personnages ou de lieux dans votre ouvrage, sans les révéler, et qui pourraient avoir un intérêt en tant que matériel supplémentaire pour les lecteurs de votre livre ?

Nous allons vous donner la possibilité de contribuer au dictionnaire qui accompagnera chaque livre numérique. Allez-vous la saisir ?

Vidéo et audio sont les bienvenus. Vous pouvez parler de votre livre à vos lecteurs, ou bien du prochain livre sur lequel vous travaillez déjà, ou d’un livre que vous avez envie de recommander. Nous vous fournirons des indications sur ce que nous pensons être le plus efficace, (en un mot : brief ), et nous définirons des critères de qualité et de pertinence, mais nous souhaitons proposer aux lecteurs de ces livres numériques enrichis une section « De la part de l’auteur » qui vous laisse une grande marge de manœuvre.

Nous souhaitons utiliser l’  « espace »  dont nous disposons dans un livre numérique pour  en dire plus sur le livre que vous avez écrit, à propos du monde dans lequel se déroule l’histoire (s’il s’agit de fiction), ou leur proposer un réel accompagnement  (s’il s’agit d’un document ). Cela peut se faire grâce à du texte que vous aurez écrit, ou par des éléments que vous pouvez nous signaler, dont nous pouvons acquérir les droits pour les ajouter au livre numérique ou simplement pointer vers eux grâce à un lien. Et ces éléments peuvent relever de n’importe quel média.

Ce qui nous conduit à la partie la plus délicate : quel va être notre accord ? (Note du blogueur ; je compte ajouter ici des chiffres. Les chiffres ne sont pas aussi importants que les conditions et les circonstances qui les accompagnent.)

Notre contrat standard pour les ventes de  livres numériques vous permet de percevoir 25% des montants nets perçus par l’éditeur (NTP) - (NDT : l’assiette en France est plus généralement le prix TTC, ce qui est différent ) Nous vous paierons la même chose pour les livres enrichis, même si certains des éléments qu’ils contiennent, comme le dictionnaire,  seront fournis par nous.

En supplément, nous vous demanderons seulement de nous céder des droits non exclusifs en ce qui concerne tout le matériel d’enrichissement des livres numériques. Si vous écrivez un texte original pour l’inclure dans ce matériel, vous pourrez nous le donner et le revendre pour qu’il soit inclus dans quelque chose d’autre, tant que notre droit de ventre le livre numérique que nous avons créé ne s’en trouve pas perturbé.  Bien que nous puissions certainement « extraire » plus facilement du matériel d’un livre numérique que d’un livre que nous stockons dans nos entrepôts sous forme imprimée, les coûts de gestion d’une telle entreprise seraient incontrôlables. (précision : nous pouvons nous arranger pour extraire du matériel si vous nous rémunérez pour ce faire.)

Nous prévoyons la possibilité d’ajouter de la  publicité dans un livre numérique enrichi, ainsi que le fait que la promotion d’un autre ouvrage puisse être accompagné d’un revenu additionnel pour vous. Nous donnerons aux auteurs un droit de veto, ils pourront ou non accepter ce type d’arrangement, et nous partagerons avec eux 25% des revenus issus de la publicité ou des ventes liées. Si c’est vous qui amenez l’annonceur, vous aurez un bonus de 10%.

C’est nous qui contrôlons entièrement la fixation du prix de nos livres numériques enrichis.. bien sûr. Notre stratégie consiste à augmenter leur prix, mais pour des raisons tactiques, nous pourrons être amenés à les distribuer gratuitement, dans le cadre d’opérations spéciales ou de promotions.

Nous souhaitons que nos livre numériques tirent parti des possibilités de la synthèse vocale, sur tous les terminaux qui le permettent, mais, à votre demande, nous la bloquerons sur les terminaux qui permettent cette option.

Le « deal » que nous recherchons avec vous est le suivant : nous, comme vous, allons faire des efforts supplémentaires pour promouvoir notre produit de base, votre livre, et pour améliorer la compréhension de ce que seront les « produits de base » de demain, les livres numériques enrichis. Nous espérons que nos auteurs seront nombreux à être enthousiastes au sujet de cette idée dès son apparition,  et que la plupart des autres nous rejoindront progressivement, au fur et à mesure que nous développerons le concept.

P.S. : Depuis que j’ai commencé cette série de billets, j’ai appris l’existence d’une étude sur les livres numériques réalisée par John Warren et la Rand Corporation. L’article de John est très complet et recense les points les plus importants concernant les capacités des livres numériques, y compris les liens hypertextes et le multimédia, et traite aussi des expériences en terme de fixation des prix, qui ne sont pas couvertes dans mes billets. Cependant, cela ne recouvre pas ce que je considère comme le point central de mon approche, qui est qu’un éditeur doit se doter d’une base de données, et d’un nouveau mode d’échanges avec ses auteurs, pour vraiment entrer dans l’ère du livre numérique.
L’approche livre par livre, qui est naturelle et qui est celle couverte par l’étude de Warren, ne sera pas rentable pour le livre numérique grand public pendant quelque temps, peut-être pendant plusieurs années.

Texte inséré initialement sur le blog de Mike Shatzkin dans un billet intitulé “Enhanced Ebooks, Part 3“.

La lettre de Mike aux auteurs (2)

Mike Shatzkin publie aujourd’hui la seconde partie de sa «  lettre d’un éditeur à ses auteurs  », pour leur parler de ce que sera un «  livre numérique enrichi  ». Il s’agit d’une lettre fictive, d’un éditeur imaginaire nommé NTP, à ses auteurs. Vous pourrez lire  la traduction de la première partie, et en voici la suite :

«  1. Qu’entendons-nous, chez NTP, par « livre enrichi » ?
2. Qu’aurez-vous à faire, vous, en tant qu’auteur, pour nous aider à en créer ?
3. Quel sera notre arrangement ?

Le terme « livre enrichi » désigne quantité de choses, probablement des douzaines, si ce ne sont des centaines, de choses différentes au fil du temps. Le seul exemple auquel on peut se référer actuellement est celui des bonus des DVD : l’offre de contenus additionnels, certains issus des rushes écartés au montage, d’autres du matériel promotionnel (bande annonce par exemple). Il faudra un bon moment pour penser à toutes les choses que nous pouvons faire avec les livres, et encore du temps et des expérimentations pour savoir ce qui pourra vraiment bien marcher. Nous savons que nous avons des outils et il est temps de nous mettre à les utiliser pour accomplir quelque chose d’utile.

Les outils comprennent les liens internes, les liens externes, les vidéos embarquées, du contenu additionnel ( textes et illustrations ) et même des applications logicielles.

Les objectifs ? Séduire plus le lecteur, mieux documenter les livres, promouvoir l’auteur, permettre à l’éditeur ou à l’auteur de promouvoir d’autres auteurs, ou délivrer des contenus additionnels, des produits, des services qui améliorent l’expérience utilisateur des lecteurs.

Les livres numériques en sont encore à leurs balbutiements, et une part de ces premiers efforts constituera à lever les blocages. Une grande partie de ce que nous proposons ici peut être réalisé avec des liens internes. Nous les utiliserons pour rendre les notes de bas de page accessibles de façon transparente dans tous les formats. Comme vous le savez, aujourd’hui elles ne le sont pas. Nous chargerons un dictionnaire lié à chacun des mots du livre (et nous permettrons aux auteurs d’ajouter des entrées comme ils l’entendent, incluant dans le dictionnaire les noms propres qui sont cités dans leur texte).

Les liens externes nécessitent une connexion web. Vous pourriez ajouter des liens vers Wikipedia, vers diverses sources d’information, pour offrir plus de détails sur tel ou tel personne ou événement mentionné dans votre ouvrage. Pour permettre aux lecteurs de  se mettre à l’abri des occasions de distraction que peuvent constituer les liens, nous offrirons la possibilité aux lecteurs de désactiver la fonction de colorisation des mots liés.  Mais nous sommes convaincus que les lecteurs peuvent tirer un grand bénéfice de ces liens et nous devons les leur fournir dans les livres numériques.

Mais dans un premier temps, il y aura  un véritable intérêt à introduire des éléments présents sur le web dans le fichier lui-même, pour avoir plus de contrôle sur les liens et permettre leur fonctionnement en mode déconnecté.

Passer de l’imprimé au numérique permet de fournir en même temps que le texte de la vidéo et de l’audio.  Nous savons que beaucoup de nos auteurs ont fait des vidéos, ou ont l’autorisation de disposer d’enregistrements de leurs apparitions télévisées. Nous voulons prendre en compte ce matériel dans la conception de ces livres augmentés.

Nous envisageons de promouvoir nos auteurs auprès de leurs lecteurs avec des biographies plus longues, des images, de la vidéo. Nous savons que les lecteurs sont intéressés par ce que lisent leurs auteurs préférés. Et nous voyons là une opportunité.

Nous ne savons pas ce qu’il en sera de la publicité dans le monde du livre numérique, ou s’il deviendra courant de trouver des revenus supplémentaires via des affiliations, en offrant des liens depuis un livre vers un autre, permettant son achat. Pour l’instant, notre idée est de travailler avec les auteurs qui veulent explorer ses possibilités de revenus, au moins tant que l’industrie n’aura pas encore de pratique établie.

Les livre numériques enrichis auront un dictionnaire interne ; ils contiendront des liens et des contenus issus du web ; ils proposeront des vidéos et de l’audio et des notes à propos d’autres auteurs ; et, dans le cas de certains livres du genre document, ils pourraient contenir des offres d’un revendeur ou d’un autre vendeur, avec plus de détails ou via des liens, qui sont irréalisables dans le cas du livre imprimé.

Prochainement nous devrons détailler ce que vous, auteurs, vous aurez à faire pour rendre vos livres numériques enrichis aussi bon qu’ils peuvent l’être.

(à suivre…)  »

Texte inséré initialement sur le blog de Mike Shatzkin dans un billet intitulé «  Enhanced Ebooks, Part 2«  .

La lettre de Mike aux auteurs (1)

Mike Shatzkin, fondateur et PDG de The Idea Logical Company, a une quarantaine d’années de pratique dans l’édition, dans diverses maisons pendant une partie de sa carrière, et à leur côté depuis qu’il est devenu consultant. Depuis le milieu des années 90, il a suivi les balbutiements et participé aux débats concernant l’impact du  numérique dans le monde de l’édition.

Jusque très récemment, Mike, invité dans de nombreuses conférences,  s’exprimait aussi très régulièrement dans des blogs qui l’invitaient, mais depuis quelques jours, il a son propre blog. Il a commencé aujourd’hui à publier, sous la forme d’une lettre imaginaire adressée par un éditeur fictif, dirigeant une maison hypothétique nommée National Trade Publishing (NTP) , à ses auteurs, une synthèse de ses réflexions concernant son approche stratégique du livre numérique enrichi. La lettre est longue, elle sera donc publiée en plusieurs fois. Voici la traduction (maison) de la première partie. Merci à Mike de m’avoir autorisée à la publier ici.

Mike précise dans l’introduction, que cette lettre fictive est plutôt destinée à informer des maisons d’édition généralistes et grand public, et non des maisons visant des marchés de niche ou dotées de marques connues du public ( il cite O’Reilly, Wiley ou Harlequin ) qui appliquent déjà en grande partie les principes exposés ici.

Cher auteur de la NTP,

Comme vous le savez, le marché qui grandit le plus rapidement aujourd’hui pour les éditeurs et les auteurs est celui du livre numérique : des fichiers numériques qui véhiculent des contenus que nous avions jusqu’à présent toujours vendus sous la forme de livres imprimés. Bien que ce soit le marché qui croisse le plus rapidement, et ce depuis des années, le marché du livre numérique ne représente encore qu’environ 1% de nos ventes (et probablement, des vôtres.) Mais parce que nous croyons que ces ventes pourraient atteindre 10% dans les prochaines années et croître encore plus rapidement ensuite, et parce que nous pensons que parmi les premiers à adopter le livre numérique  nombreux seront ceux qui constituent une partie très importante de notre audience (et de la vôtre) : critiques, auteurs et autres leaders d’opinion, nous, chez NTP, avons décidé d’un effort particulier pour proposer un programme plus solide dans le domaine du livre numérique. Ceci offre des opportunités pour tous nos auteurs, et j’espère que vous saurez en tirer avantage.

Il y a trois choses essentielles que nos auteurs doivent comprendre au sujet des livres numériques :

1. Ils permettent de proposer des contenus additonnels et des fonctionnalités aux lecteurs, sans coût supplémentaire pour l’éditeur. Chaque page supplémentaire dans un livre imprimé représente un coût supplémentaire. Ce n’est pas le cas pour le livre numérique. ( Cela ne signifie pas que  le livre numérique ne coûte rien : les livres enrichis que nous souhaitons produire demanderont un petit effort supplémentaire à nos auteurs, et un effort important en termes de développements de notre côté. Cette lettre est juste le signal de départ du déploiement d’une véritable infrastructure nous permettant d’essayer de faire émerger quelque chose de nouveau. )

2. Aujourd’hui, nous n’avons aucune idée de la façon dont va se définir le prix d’un livre numérique, autrement dit, de combien vont gagner l’auteur et l’éditeur pour chaque vente d’un livre numérique. Les éditeurs, nous inclus, ont tenté de maintenir le prix du livre numérique aussi proche que possible de celui du livre imprimé, et, sur la plupart des lieux de vente,  de vendre les titres au prix que nous pratiquons pour le livre imprimé. Mais nous constatons une forte  pression sur la fixation des prix, et nous voyons aussi une forte probabilité pour que différents modèles de commercialisation – ventes liées, abonnements -  deviennent incontournables dans le monde du livre. Aussi aurons-nous besoin de flexibilité dans la façon dont nous fixerons les prix de ces livres numériques enrichis. Nous aurons besoin de changer les termes de nos contrats pour répondre à cela.

3. Nous parlons de livres numériques comme si cela correspondait à une seule et même chose, mais cela n’est pas le cas. De nombreux livres numériques aujourd’hui sont lus uniquement sur des ordinateurs de bureau ou des portables, seule une minorité des ventes concerne les terminaux de lecture portables comme le iPhone ou le Kindle. Nous pensons que cela va évoluer : le Kindle va avoir un fort impact sur ce changement. Ce que cela signifie c’est que les possibilités offertes par le livre numériques, afficher de la vidéo, des liens sortants, des images de bonne qualité, ( en noir et blanc, et en couleurs ) sont variables. Nous ne pouvons offrir autant de possibilités à quelqu’un qui utilise un Kindle qu’à celui qui utilise son PC. Et ce que nous pouvons proposer à un lecteur sur iPhone, et prochainement sur Blackberry ou Androïd, dépendra de l’application de lecture qu’il utilise, celle de Stanza ou celle de Scrollmotion.

Ayant tout cela à l’esprit, NTP construit actuellement une base de données dynamique de ressources ( actifs numériques – en anglais :  digital assets NDT) pour fabriquer les meilleurs livres numériques possibles dans tous les formats, parce que nous avons compris ce que cela signifie, et en quoi cela consiste. Nous vous offrons la possibilité de contribuer à cet effort que nous faisons pour inventer le futur et, naturellement, pour en partager les revenus de manière appropriée.
Nous vous offrons également la possibilité de collaborer avec d’autres auteurs NTP pour le marketing de vos livres et des leurs, mais seulement si vous décidez de le faire.

(à suivre, mais pas demain…)

Texte inséré initialement sur le blog de Mike Shatzkin dans un billet intitulé «  Enhanced Ebooks, Part 1«  .