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précurseur

Son commentaire sur un post précédent me conduit sur le site publié par Thibaud Saintin, enseignant en lettres, qui faisait en 1998 ce dont nous discutions à la non-conférence Education 2.0 samedi dernier. Le site vaut vraiment le détour.

Extrait de sa page d’introduction :

Mise en ligne commentée de textes écrits en classe au cours de séances d’ateliers d’écriture : premiers pas sur Internet en 1998, à l’heure où l’interactivité s’inventait encore, où l’idée du blog et des «  commentaires  » immédiatement publiés n’avait pas encore fait son chemin – l’idée du «  retour  » sur un texte imposait alors un email.

A cette époque, il était vraiment nécessaire de s’y mettre sérieusement pour publier un site comme celui-ci. Aujourd’hui, c’est vraiment techniquement à la portée de la plupart des gens : il n’est plus du tout nécessaire de connaître le html ou de posséder un logiciel particulier. Je ne dis pas, à la portée de tous, car c’est faux. Pour ceux, nombreux, qui n’ont de l’ordinateur que l’expérience de Word, et du web que ce que leur propose la page d’accueil par défaut de leur fournisseur d’accès, ouvrir un blog demeure une aventure stressante.

Aujourd’hui, Thibaud utilise le blog avec ses élèves.
En dehors des considérations techniques (marre parfois aussi de la technique, tiens), la lecture du site de Thibaud est tout à fait intéressante et… encourageante. Autre extrait :

Essayer de rendre palpable, même en classe de français, où les petites cases sont attendues, que «  parler n’est pas communiquer. Parler n’est pas s’échanger et troquer – des idées, des objets –, parler n’est pas s’exprimer, désigner, tendre une tête bavarde vers les choses, doubler le monde d’un écho, d’une ombre parlée ; parler c’est d’abord ouvrir la bouche et attaquer le monde avec, savoir mordre. Le monde est par nous troué, mis à l’envers, changé en parlant.  » (Novarina, Devant la parole).

La production des ordinateurs à 100 $ a commencé

laptop2.jpglaptop.jpg Les portables à 100 $ imaginés dans le cadre de l’opération «  one laptop per child«  , sous l’impulsion de Nicholas Negroponte du MIT, déjà testés au Nigéria et au Brésil, sont maintenant en train d’être produits en série, par l’entreprise Quanta (Taïwan). Les premiers devraient être livrés en octobre 2007.

J’en ai manipulé un brièvement pendant Ludovia. Cette vidéo de la BBC montre ce que la petite bête verte a dans le ventre et explique comment elle économise l’énergie.

J’aime bien que Nicholas Negroponte dise : «  ce n’est pas un projet d’ordinateur portable, c’est un projet éducatif  ».

Je trouve très beau aussi le design du site du projet. À nous maintenant de proposer des ressources qui permettent de tirer le meilleur parti de ces machines, là où elles seront utilisées. Un projet comme «  conte-moi la francophonie«  , porté par mon amie Josette Naiman de l’association Deci-delà, en partenariat avec Tralalere et plusieurs organismes et associations africaines (enda Sénégal, enda Mali, IFAN ) s’inscrit dans cette perspective.
Et aussi : c’est l‘article numéro 100 de ce blog. Si c’était un blog à 100 articles, il faudrait que je m’arrête là. Mais j’ai choisi un modèle beaucoup plus cher. Un blog formule premium : «  autant d’articles que vous aurez le courage d’en écrire  ». Et vous, la patience de lire…

Ils étaient à Ludovia

Cedric Montet et Brice Vercoustre, 44 ans à eux deux, se sont rencontrés au lycée, et n’ont pas attendu d’avoir terminé leurs études pour monter leur société. Ils ont créé Libcast, plateforme de création, d’hébergement et de diffusion de podcasts. Le podcasting, ou baladodiffusion (hmm… prendra ? prendra pas ?) intéresse de plus en plus le monde de l’enseignement. Plusieurs expérimentations ont été faites, consistant à équiper les élèves de lecteurs mp3 et à utiliser les lecteurs pour l’apprentissage des langues.

Et le podcasting, on l’a vu dans le post précédent, ne concerne pas seulement l’enseignement des langues. Est-ce que l’  »effet iPod  » peut jouer dans le secteur de l’éducation comme il a joué dans le grand public ? Le lecteur de mp3, peu importe sa marque, a l’effet immédiat de permettre à un utilisateur de bénéficier de la puissance du réseau et des avantages de la dématérialisation, sans devoir être rivé devant un ordinateur. (Il implique cependant un minimum d’apprentissages : comment se connecter à l’ordinateur, maîtriser le contenu du lecteur, se procurer des fichiers sons.) On obtient aussi un accès à quelque chose de très puissant, via un objet d’un maniement simple. A la différence des médias de flux traditionnels (radio, télé), les flux rss agrègent l’accès à des informations que l’utilisateur peut consulter au moment qu’il détermine. La télévision et la radio nous ont en partie dispensés de sortir de chez nous pour nous distraire ou nous informer : elles nous ont affranchi de la contrainte spatiale (pour peu qu’on apprécie les contenus qu’elles proposent, mais ceci est une autre question). Le podcast nous dispense de respecter un horaire particulier pour accéder à un contenu sonore ou vidéo : il nous affranchit de la contrainte horaire.

S’affranchir ainsi des contraintes spatiales et horaires présente pour l’enseignement de grands avantages. On sait que ces contraintes pèsent très fortement sur la vie scolaire, qu’elles sont partie intégrante de ce que l’on appelle la «  forme scolaire  » : un peu moins d’une heure de cours, avec un groupe d’une trentaine d’élèves , rassemblés dans une classe, à heure fixe, tout au long de l’année scolaire.

Et voilà cette petite machine qui pèse quelques grammes, avec son casque, et qui peut accompagner l’élève dans ses trajets, à son domicile. Il l’utilise certainement également à d’autres fins que l’écoute de textes en espagnol ou en anglais, mais elle lui permet déjà de prolonger le cours au delà du temps passé avec l’enseignant, au delà de la salle de classe, une fois franchie la grille du collège. Peut-être une manière discrète d’aller vers la «  cité éducative  » , de faire tomber des murs ?

Le soleil est arrivé à Ludovia

Le soleil est arrivé à Ludovia : dès le deuxième jour, port des lunettes noires obligatoire sur la terrasse, permettant éventuellement de masquer un bref assoupissement dans un transat entre deux conférences.

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Sans me lancer dans des comptes-rendus des ateliers que vous trouverez sur le blog, quelques échanges intéressants (parmi d’autres) :
- avec Fred Quay, instituteur en Avignon, utilisateur de Moodle, plateforme eLearning plus habituellement utilisée dans l’enseignement supérieur mais qu’il adapte pour l’école élémentaire. Il doit faire bon être élève dans la classe de Fred. Cette année, c’était classe kayak, et il a joliment conclu sa présentation en disant : la montagne était notre salle de classe, la pagaie notre crayon. Et le numérique ? Un Travail collectif sur les fleuves et rivières, recherche de documents, publication de textes et de photos. On passerait des heures à écouter Fred parler de son métier.

- avec Emmanuelle Pradalié, professeur d’histoire-géo au collège du Vic-Bilh de Lembeye. Pour aider les enfants dyslexiques, qui ont un accès problématique à la trace de leurs cours car leurs notes sont souvent peu lisibles, Emmanuelle a eu l’idée de proposer aux élèves de travailler en binôme : un enfant non dyslexique lit à voix haute à destination de son ou sa camarade les éléments de la leçon dont il a pris note, et les enregistre. Puis il charge sur un lecteur mp3 le fichier ainsi créé. Ainsi, la barrière de la mauvaise prise de note + mauvaise lecture saute, l’enfant peut écouter le cours qu’il doit apprendre, et les consignes concernant le travail à la maison. Cela n’a pas vocation à traiter le problème de dyslexie, mais à en limiter les effets. Une vraie bonne idée, simple et efficace. Autre exemple : Parcours de poilus du canton de Lembeye, un dossier en ligne réalisé par trois élèves.

édition sans éditeurs

J’emprunte à André Schiffrin le titre de l’un des livres qu’il a écrits, après en avoir publié de très nombreux, pour vous encourager à aller lire l’article de Clément Laberge intitulé : «  Avec Internet on n’a plus besoin d’éditeurs !  ». Derrière ce titre un brin provocateur , l’auteur, directeur du développement numérique d’un groupe d’édition, adopte une forme qui, du point de vue pédagogique, a fait ses preuves : Il nous invite chez lui, un dimanche matin, pour l’écouter parler avec ses enfants de son travail :

— Alors ton travail c’est d’aider les éditeurs à faire des livres sur Internet?, demande Capucine, comme pour vérifier qu’elle comprend toujours où j’en suis dans ma réponse à sa question.

— On peut dire ça. Sauf qu’un livre sur Internet, ça ne ressemble pas toujours à un livre. Bien sûr, c’est fait avec des idées, des mots et des images, mais cela peut aussi contenir des sons, des vidéos, des activités comme celles de certains de vos jeux vidéos. Transformé pour Internet, un manuel scolaire pourrait prendre bien d’autres formes, et peut-être même inclure des moyens de communiquer avec d’autres gens qui apprennent en même temps que nous, ou faire des projets avec d’autres classes ailleurs en France ou ailleurs dans le monde. On peut penser, par exemple, que les enseignants et les élèves pourraient transformer les manuels scolaires pour les adapter à leur goût, ou pour qu’ils s’adaptent à leurs difficultés.

— Et pourquoi on n’en a pas dans notre école de livres comme ça ? demande Étienne, grand amateur de jeux vidéo.

— Eh bien justement, imaginez-vous donc que les éditeurs sont encore tout juste en train d’apprendre comment on peut faire des livres de ce genre, on ne le sait pas trop encore. Je les aide à le faire, mais c’est encore un peu compliqué…

Voyez la suite, (ou : «  quand, resté seul, l’auteur se plonge dans la réflexion…  »), et dans les commentaires, celui de Laurent Capéraà. Je partage son avis sur quelques points. Comme lui, j’ai constaté que très nombreux sont encore les gens qui s’imaginent qu’une bonne formation à Photoshop permet de faire une bonne image, une bonne formation à Flash permet de faire une bonne animation etc. On aime toujours la magie, on a envie que les outils soient magiques, que l’appareil photo nous transforme en photographe (ou le robot ménager en cuisinère… j’ai essayé, ça ne marche pas…).

Laurent et Clément se rejoignent sur un point : il faut du temps. Il faut du temps pour apprendre et transmettre. L’école s’inscrit dans ce temps long de l’enfant qui grandit, de l’ado qui se construit. Alors que le web et les nouvelles technologies s’inscrivent dans un temps nié, dans une vitesse hallucinante : des projets se montent en quelques semaines, les matériels sont caducs avant qu’on ait pu finir de les payer, et dans les entreprises on se demande où est passé quelqu’un qui n’a pas répondu à un e-mail dans le quart d’heure qui suit son envoi. Le web est probablement encore largement animé d’une part par des gens dont le web est le métier, d’autre part par des jeunes dits «  digitals natives  ». Pour les autres, qui forment la majorité, ce temps du web est dérangeant, trop rapide : il les bouscule, il est anxiogène. C’est en acceptant cela que l’on pourra le mieux accompagner le changement, et non en utilisant des incantations du type «  c’est facile, on peut tout faire, c’est super simple…  »

Ce n’est ni facile, ni simple. C’est intéressant, ça s’apprend. Et ensuite, ça devient facile. Quand on a appris. Quand on comprend. Quand on maîtrise un peu. Quand on est devenu un «  good enough user  ». Elle est pas jolie cette petite formule en anglais pour conclure mon post article ?

mise en scène, interactivité, interface

Quand les équipements sont là, quand les ressources sont là, quand les enseignants sont au rendez-vous, quand les nouvelles technos sont réellement utilisées dans les classes, ne croyons pas que c’est gagné…
Hubert Guillaud rapporte dans Internet Actu les propos d’Henning Breuer publiés sur le site japonais Ping Mag. Ce designer allemand a étudié longuement l’usage des tableaux blancs interactifs, au Chili et en Allemagne :

«  …on a observé que l’usage de tableaux blancs interactifs, par exemple en Allemagne ou au Chili, est totalement chaotique, avec un professeur qui passe sans cesse de son ordinateur au tableau. Sans compter que les profs l’utilisent souvent d’une manière linéaire pour y projeter leurs présentations Powerpoint… La technologie est mal utilisée si bien que l’interaction en face à face est occultée par le professeur qui regarde son moniteur et les élèves qui regardent l’écran.”

On sait que lorsqu’une interface atteint un certain degré de perfection (réponse à un besoin, simplicité extrême de l’usage, apprentissage ultra rapide et intuitif), les usages décollent à toute vitesse. Qui a jamais parlé d’un iPod «  mal utilisé ?  » Mais la difficulté, en ce qui concerne le TBI, est redoublée, car c’est un outil d’usage collectif. Il ne s’agit pas seulement de faire interagir un individu avec un système informatique, mais, et c’est beaucoup plus complexe, un individu avec un groupe d’individus via un système informatique. Ce n’est pas seulement l’interface du TBI qui est en cause, d’ailleurs ce terme ne signifie pas grand chose, le TBI permettant d’interagir avec un ordinateur directement, et permettant l’affichage de toutes sortes d’interfaces, dont effectivement, mais non exclusivement, celle du logiciel proposé par le constructuer. C’est aussi la mise en scène que l’enseignant va créer pour intégrer l’usage du TBI dans son enseignement. Et là, il semble tout à fait normal que les usages premiers connaissent une période de tâtonnements.
Ceci noté, ne devrait-on pas consacrer d’avantage de moyens à des recherches telles que celle menée par Henning Breuer ?

Une précisions : H. Breuer ne se consacre pas exclusivement à l’observation, il développe et teste des systèmes d’interfaces utilisant le TBI et des assistants personnels distribués aux élèves.

il est là…

LE rapport dont bruisse le micro-monde des TICE depuis quelques jours : Rapport sur la contribution des nouvelles technologies à la modernisation du système éducatif. J’ai mis un peu de temps (genre quelques minutes…) à trouver le lien vers le rapport complet, (rapport + réaction du MEN + réponse des rapporteurs à cette réaction…)., un peu plus de temps à parcourir le rapport. Comme Clément je m’interroge : quand prendrai-je le temps de le lire réellement ? Cela me fait penser au titre du livre de Pierre Bayard, (que je n’ai pas lu) «  Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?   » – Comment parler des rapports que l’on n’a pas lus ?

Tiens, un livre que j’ai lu et apprécié : Beckett avant la lettre, de Brigitte Le Juez. Ou :  » Comment parler d’un cours de littérature française donné par le jeune Samuel Beckett auquel vous n’avez pas assisté.  » Magistral. Donne envie de relire Dostoïevski, Flaubert, Gide, Racine, Proust. Et Beckett, bien sûr. Pas grand chose à voir avec les TICE, à moins de charger leurs œuvres complètes sur ma liseuse