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« We have removed the kobo store from the within application »

Apple l’avait annoncé, un changement devait se produire après le 30 juin, pour les applications de ses concurrents permettant l’achat et la lecture de livres numériques sur iPAd – iPhone – iPod Touch. Ces applications, qui permettent à des clients d’Amazon, de Kobo, de la Fnac, d’acheter, de télécharger et de lire leurs livres numériques directement depuis leur mobile, ne pourront plus conserver de fonction «  acheter  », sauf si elles proposent l’inApp Purchase, soit la solution de vente d’Apple, qui permet le paiement via le compte iTunes du client. Et Apple demande 30% du montant de la transaction à ceux qui utlisent l’inApp Purchase.  Jusqu’à présent, rien de concret ne s’était produit, mais voici qu’arrive la nouvelle version de l’application Kobo,  et, de fait, elle ne permet plus l’achat de livres numériques . Accepter de reverser à Apple 30% du montant des transactions effectuées via leur application iPad est hors de question : cela signifierait pour Kobo reverser à Apple la totalité ou plus du montant perçu pour chaque vente.

Coup dur pour Kobo, et les autres plateformes qui seront probablement contraintes de se soumettre à la même règle au fur et à mesure de leurs mises à jour. (mise à jour 25 juillet : c’est fait pour l’appli Kindle, et aussi pour Bluefire…)

On sait que la simplicité d’achat est un élément clef dans la fidélisation des clients, et pour tous ceux qui lisent en numérique exclusivement sur leur terminal Apple, l’obligation de quitter l’application de lecture, d’ouvrir le navigateur, d’acheter le livre numérique sur le site web, pour ensuite ouvrir ce fichier via l’application est un vrai handicap. Miser sur les tablettes non iOS ? Il semble qu’aucune d’elle ne décolle réellement pour le moment, et qu’Apple risque de continuer à dominer le marché pendant une longue période, réitérant la performance réalisée avec le couple iPod /iTunes.

La solution : à terme, probablement des applications web, écrites en HTML5, et sur lesquelles Apple ne pourra imposer cette règle, qui ne s’applique qu’aux applications soumises à son approbation, celles qui sont téléchargeables sur l’Appstore. Plus ça va, plus il semble qu’HTML5 va introduire de profonds changements sur le web, même si aujourd’hui le fait qu’il ne soit pas ou mal supporté par les versions encore largement utilisées d’Internet Explorer (IE8) constitue un problème. Il existe cependant déjà des applications de lecture, comme Ibis Reader, qui utilisent cette technologie.

La société Apple a fait beaucoup parler d’elle cette semaine, avec la publication de résultats records, et  le lancement de son nouvel OS,  Lion, que je n’ai pas encore trouvé le temps d’installer. Un petit fait intéressant qui indique peut-être une tendance qui pourrait bien se développer dans l’édition numérique : le long article de John Siracusa passant en revue l’ensemble des fonctionnalités de Lion, publié dans la revue en ligne Ars Technica, a  fait l’objet d’une «  Kindle Single édition  » : L’article est devenu un livre numérique en format court, vendu 5 $, alors qu’il est par ailleurs disponible gratuitement sur le web. Il semble que certains soient prêts à payer pour disposer de cet article en version Kindle, (le livre numérique a été téléchargé 3000 fois en 24h, comme l’indique cet article du Nieman Journalism Lab …)

Mais cet article/ebook, décrivant par le menu le dernier iOS d’Apple sera-t-il achetable directement via la prochaine version de l’application Kindle sur iPad ?

La puissance d’Apple lui permet de changer les règles en cours de route, d’imposer ses règles à d’autres acteurs (les premiers concernés par cette règle de l’inApp puchase ont été les acteurs de la presse, dont certains s’y sont pliés, d’autres ont cherché des échappatoires). Cette puissance, conquise par une firme qui a su créer des produits incroyablement attractifs, génère aussi des résistances : certains refusent de se laisser enfermer dans le confort des solutions Apple, les mêmes souvent qui résistent aux sirènes de Facebook et de Google, bien décidés à ne pas s’offrir en pâture publicitaire, bien décidés à conserver le contrôle de leurs données, de leur identité numérique. Karl Dubost fait partie de ceux qui résistent, et il s’en explique dans un billet joliment titré : «  pour une communication ouverte sublime«  .  François Bon, qui utilise machines et logiciels Apple, s’est emparé tôt de Facebook,  a ouvert sans tarder un compte Google+, François, qui aime aussi à penser tout haut sur Twitter dès les premières heures du matin, se défend de faire exactement une réponse à Karl, mais entre en résonance avec lui, dans un long billet intitulé, avec un clin d’œil à La Boétie, «  de la servitude réseaux«  . Par mes usages des réseaux sociaux  je crois bien que je suis moi aussi plutôt du côté de la «  servitude volontaire  », même si teXtes, auquel j’essaie vaillamment de redonner un peu vie ces jours-ci, est installé sur un serveur auquel j’ai accès chez mon hébergeur, et si je suis bien propriétaire de l’improbable nom de domaine archicampus.net.

Nuages, nuages…

Il n’est pas question de l’édition, ni, à aucun moment, du livre, dans cet article de the Economist, qui commence par nous parler de Windows 7, dont, je dois dire, je me soucie  fort peu, pas plus que je ne me suis intéressée à Vista dont la seule chose que je peux dire à son sujet est que,  depuis qu’il l’utilise, l’homme de ma vie semble avoir enrichi son vocabulaire de jurons.

Mais le lancement de Windows 7 est présenté, dans cet article, non comme le commencement de quelque chose, mais bien comme la fin d’une époque pour les systèmes d’exploitation, et dans les rivalités qui existent entre les géants de l’informatique. Le centre de gravité, avec le Cloud Computing, s’est déplacé.

«  L’avènement du cloud computing ne se contente pas de déplacer le centre de gravité de Microsoft. Cela modifie la nature de la concurrence au sein de l’industrie informatique. Les développements technologiques ont poussé la puissance de calcul en dehors des hubs centraux : d’abord des  ordinateurs centraux  vers les minis, ensuite vers les PC. Maintenant, la combinaison de processeurs de plus en plus puissants  et de moins en moins chers, et de réseaux toujours plus rapides et doués d’ubiquité, renvoie la puissance vers le  centre en quelque sorte, et même bien au delà, peut-être. Les «  données dans le nuage  » sont, en effet, comme hébergées dans un gros ordinateur  central, sauf que cet ordinateur est public et mutualisé. Et au même moment, le PC est bousculé par une série de terminaux plus petits, comme les smartphones, les netbooks, et peut-être bientôt, les tablettes (des ordinateurs à écran tactile de la taille d’un livre). «  

Il pourrait être tentant de considérer «  l’informatique à la demande  » telle qu’elle est proposée avec le Cloud Computing comme un retour vers  l’informatique dite «  mainframe  », avec ses ordinateurs centraux et ses terminaux. Mais les choses sont cependant bien différentes et la comparaison ne tient pas vraiment la route.

On est bien loin du livre, apparemment. Loin ? Pas si sûr. Car parmi les géants du Cloud Computing, deux ont fait récemment des annonces qui confirment leur intérêt pour le livre :
- Google avec son programme Google Editions, dont le démarrage est prévu courant 2010, j’évoque la chose dans mon précédent billet.
- Amazon, avec l’annonce de son Kindle international, qui vient déjouer les prévisions : il avait été question d’une arrivée du Kindle au Royaume-Uni, suivie d’une ouverture en France et en Allemagne. Cela se fera peut-être aussi, mais Amazon, avec cette annonce, empêche Google d’occuper seul l’espace des médias, qui, ces dernières semaines, font une place considérable à tout ce qui concerne le livre numérique.

Le troisième, Apple, laisse se développer un gros buzz  au sujet de la tablette tactile qui pourrait voir le jour en janvier, et occupe déjà le terrain de la lecture numérique avec le couple iPhone/iPod. Il prend pied aussi dans le Cloud Computing, investissant dans la construction d’un énorme datacenter.

Ces géants de l’informatique et des réseaux s’intéressent à nous. Intéressons-nous à eux, essayons de suivre leurs mouvements, de comprendre ce qui les rassemble et les oppose, les buts qu’ils poursuivent, ce qui les fait courir, toujours plus vite, toujours plus loin.

Un ciel normand

Dan Clancy, directeur de l’ingénierie chez Google, nous donne la vision de Google du futur du livre,  dans cette intervention donnée au Musée de l’histoire des ordinateurs à Mountain View. À  ceux qui s’inquiètent du rôle que pourront jouer les libraires dans un monde où va se développer progressivement le «  cloud publishing  », Dan Clancy envoie un signal qui se veut rassurant :

«  Mais aujourd’hui, les librairies physiques sont une part essentielle de l’écosystème du livre. Et en fait un nombre important de livres sont achetés parce que des gens vont dans des librairies physiques et disent «  hé, je veux celui-ci, je veux celui-là.  »

Et je pense que c’est une erreur de penser qu’à l’avenir, numérique signifiera «  en ligne  » et «  physique  » voudra dire «  off line  ». Parce que s’il advenait que 10% des livres passent au numérique, ce serait vraiment dur pour tous les libraires de maintenir leur modèle économique.

Une partie de notre modèle consiste à imaginer comment nous allons syndiquer à nos partenaires tous les livres récents que nous vendons,  de sorte que chaque libraire puisse vendre une édition Google et trouve un moyen pour que les gens puissent les acheter dans leur librairie «  brick and mortar  ».

Et en définitive, notre projet c’est que vous soyez en mesure de lire sur n’importe quel terminal. Notre projet c’est : quelques uns liront leurs livres sur un ordinateur portable, quelques uns les liront sur un netbook, et d’autres liront sur leur liseuse. Et nous allons travailler avec tout fabricant de liseuse qui veut faire en sorte de pouvoir recevoir ses livres du nuage de Google.

Ainsi, avec ces principes concernant un monde futur, nous sommes en train de construire un monde où il y aura de nombreux acteurs qui revendront des livres, lus sur toutes sortes de terminaux, mais cela sera encore hébergé dans le nuage. Et lorsque nous discutons avec des éditeurs et des libraires, je pense que c’est le bon modèle, parce que nous essayons de faire ce qui devrait être un modèle ouverrt qui encourage la concurence.

Autant de pierres jetées dans les jardins d’Apple et d’Amazon, qui mènent une stratégie bien différente, cherchant chacun à capturer des clients et à les retenir en leur proposant des solutions intégrées et propriétaires. Côté Amazon, une librairie numérique qui compte aujourd’hui plus de 300 000 titres, et une gamme de Kindle, seules liseuses capables de lire ces fichiers.  Côté Apple,  pas encore pour le livre de modèle équivalent à celui du couplage «  iTunes – iPod  » pour la musique. Il y a bien quelques livres dans l’App Store, mais le gros des catalogues est accessible via des applications comme Stanza, (créée par Lexcycle, racheté par Amazon…), qui proposent un accès direct aux livres numériques sans passer par l’App Store. Cependant les supputations vont bon train concernant la tablette Apple, qui devrait sortir à l’automne, et les projets d’Apple autour du livre numérique qui pourraient lui être associés. Et, pendant qu’Amazon nous fait prendre conscience à chacun, à travers un lamentable épisode orwellien, de la fragilité de ce que nous considèrions à tort comme nos «  possessions  » numériques, Google fait ami – ami avec les libraires, et tente de banaliser l’idée d’une forme de cloud-publishing respectant l’écosystème du livre, et en particulier ses acteurs probablement les plus vulnérables, les libraires.

Dan Clancy décrit un univers du livre numérique servi par un seul nuage,  celui de Google. De nombreux revendeurs, et des terminaux variés, certes, mais qui tous s’approvisionnent auprès du gros nuage de Google. Et si les éditeurs souhaitaient héberger eux-mêmes leurs contenus ? Et s’ils voulaient bien du «  cloud publishing  », mais à condition que la concurrence ne se limite pas aux revendeurs, mais qu’elle s’applique aussi à l’hébergement et à la distribution des livres numériques ?  Non pas un seul gros nuage, mais plein de petits nuages, comme ceux d’un ciel normand.