Archives mensuelles : mars 2008

Impression à la demande : demande à Amazon !

Mouvement de mécontentement dans la biblio-blogosphère internationale, après l’annonce d’Amazon : en ce qui concerne les livres imprimés à la demande, désormais ne pourront être proposés à la vente sur la librairie en ligne que ceux imprimés via la plateforme BookSurge appartenant à Amazon. En clair, les auteurs utilisant par exemple le service proposé par lulu.com ne pourront plus utiliser le site d’Amazon pour mettre en vente leurs ouvrages.

«  Guerre de l’impression à la demande«  , annonce La Feuille. PersonaNonData déplore également :

Avec la migration vers une édition orientée plateforme, (une version édition d’iTunes par exemple), nous apercevons en germination un monde où il n’existera plus qu’un ou deux canaux d’accès vers le consommateur. Si leurs actions dans le monde de l’impression à la demande ces deux derniers mois se poursuivent dans la même direction, on peut affirmer qu’Amazon a de réelles tendances au monopole.

L’impression à la demande n’est pas un phénomène à négliger, comme le rappelle booktwo.org

Amazon contrôle entre 15 et 20% du marché du livre (au Royaume Uni) mais la grande majorité du marché des livres en ligne, qui ne cesse de croître. Par ailleurs, l’impression à la demande est passé de la niche «  auto-édition  » (vainity publishing), à une option d’impression très courante. Les Presses Universitaires de Cambridge viennent de franchir la barre des 10 000 titres (communiqué en PDF) mis à disposition chez Lightning Source. Les grands éditeurs se tournent de plus en plus vers le POD pour diffuser leurs titres de fond de catalogue, tandis que les nouveaux éditeurs utilisent cette option pour s’affranchir de l’impression traditionnelle, avec ses coûts élevés, et de tout ce qu’elle implique : stockage, système des retours. (…)

Ne doutons pas que l’impression à la demande va croître très vite. 50% des livres imprimés aujourd’hui ne sont jamais lus – ceci, ainsi que la croissance du livre électronique (une autre opportunité de monopole pour Amazon) fait penser que l’impression à la demande va concerner la majorité des livres publiés dans un futur pas si éloigné que cela. Pour le moment, il y a encore des petits problèmes de coût et de qualité, mais cela va changer rapidement.

Comme le note également PersonaNonData, on ne peut s’empêcher d’admirer la façon dont Amazon développe de nouveaux services, tire parti à toute vitesse des possibilités offertes par Internet, propose presque chaque jour de nouvelles fonctionnalités aux visiteurs de son site (en particulier sur la version américaine, toujours en avance sur la version française). Mais en serons-nous réduits à une sorte de «  syndrome de Stockholm  » ? Pris progressivement en otage par un acteur omnipotent, nous développerions pour lui une sorte de sympathie un brin névrotique, faute de pouvoir lui résister, en étant aussi rapides, aussi créatifs, aussi déterminés, et aussi inexcusablement «  monopolistic and unethical   » ?

Ils ont de la chance à l’ENS

J’ai avancé un peu vite, de retour de la journée sur la recommandation à laquelle j’ai eu le plaisir d’assister la semaine dernière, le terme d’AV-Pro, pour désigner ceux qui, chacun dans leur écosystème professionnel, font à la fois un travail de sentinelle et de passeur.
Et voici qu’un AV-Pro nous offre aujourd’hui un long texte très intéressant à bien des égards, texte qui décrit l’activité de l’Unité Numérique de l’ENS-SHS LSH, qu’il dirige. Cet AV-Pro c’est Pierre Mounier, Piotrr pour les lecteurs de Homo-Numéricus et Blogo Numéricus. Ce qu’il décrit à la fin de son texte me semble faire partie de la définition même du contexte où évoluent les AV-Pro, quelque soit l’univers métier dans lequel s’inscrit leur démarche. Le témoignage d’Olivier Tacheau aux Polyphonies du livre m’avait déjà fait ce même effet, à la limite d’un sentiment de «  déjà-vu  ». Je cite Piotrr :

Du point de vue des compétences elles-mêmes, la particularité de l’Unité Numérique est d’allier des compétences diverses et complémentaires, en édition, en communication, en informatique, en documentation et en conception web. Cette diversité est essentielle, à mon avis, parce qu’elle empêche l’Unité Numérique de tomber en tant que structure dans le giron d’un des corps professionnels constitués. Pour dire les choses brutalement, l’Unité Numérique est une structure nouvelle qui répond à une situation nouvelle. On peut penser qu’elle est une manière particulière, comme d’autres le font différemment ailleurs, d’inventer un nouveau métier, celui d’éditeur numérique. Elle ne pourrait faire ni l’un ni l’autre (répondre à la situation et inventer un métier) si son centre de gravité se déplaçait et la faisait tomber de l’un ou l’autre des côtés (dans une bibliothèque, un service informatique ou une maison d’édition traditionnelle).

Tous les acteurs sont très conscients de cela, bien évidemment. C’est pour cette raison que le positionnement d’une structure de ce type est extrêmement difficile au sein d’un établissement. Si les chercheurs et équipes de recherche voient très vite l’intérêt de cette structure qui répond bien aux besoins de la situation dans laquelle la recherche se pratique quotidiennement pour eux, les autres acteurs, qui eux, sont engagés dans des routines et des procédures correspondant à un état antérieur, ont du mal à accepter ce qu’ils voient comme un corps étranger tantôt fantaisiste, tantôt menaçant. C’est le cas des politiques et administratifs de la recherche aussi, non par mauvaise volonté individuelle, mais tout simplement parce que les cadres dans lesquels ils travaillent sont assez radicalement orthogonaux à une logique d’innovation.  »

(…)

Le saut qualitatif, la réorganisation de l’activité sur la base d’une prise en compte de changements structurels est difficile à concevoir dans ces cadres. Or, c’est exactement ce que fait l’Unité Numérique en tentant de répondre par un réassemblage inédit d’activités et de compétences aux conséquences de la révolution numérique dans le domaine des sciences humaines et sociales. La révolution numérique est une révolution. Tout la question pour l’institution est donc de savoir si elle prend le pari de se repositionner dans son nouvel environnement ou pas. J’ai du mal à imaginer les choses autrement que sur le mode de la rupture : le pari est fait, ou non. Mais je peux me tromper et d’autres ont peut-être imaginé des transitions mieux aménagées. Pour moi en tout cas, le débat reste ouvert.

Pierre et son équipe ne sont pas seulement des AV-Pro, ils ne se contentent pas de veiller et de réveiller. Ils agissent, inventent, créent, développent, réfléchissent, apprivoisent et approfondissent les technologies et les processus. Ils ont de la chance de les avoir, à l’ENS !

Interview d’Adrian Hon, à propos de « We Tell Stories ».

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«  We Tell Stories  », c’est le nom du site événementiel que Penguin a ouvert cette semaine. 6 textes classiques, 6 auteurs contemporains invités à revisiter ces classiques, et à raconter une histoire, en faisant appel aux possibilités offertes par Internet. Un concours, également, permettant au gagnant de remporter une bibliothèque de 1200 ouvrages.

Il se trouve que le site «  We Tell Stories  » a été réalisé par Six to Start, une société fondée par Adrian Hon, expert des jeux dits «  ARG  », pour Alternate Reality Games, (jeux de réalité alternée). J’avais traduit dans teXtes il y a quelques mois un long texte qu’Adrian Hon avait publié sur son blog, lorsqu’il avait fait l’acquisition d’une liseuse, et imaginé l’impact que le développement du livre électronique pourrait à terme avoir sur l’édition. Depuis cette traduction, il était un Facebook friend, et je lui ai demandé s’il accepterait de répondre à quelques questions au sujet de We Tell Stories. Le premier des 6 récits est en ligne depuis le 18 mars. Adrian et son équipe ont réalisé une très belle application basée sur l’histoire écrite par Charles Cummings à partir du livre «  les 39 marches  », et intitulée «  les 26 marches  ». Adrian a fait de Google Maps une utilisation saisissante, allez voir  !

Comment est né ce projet ?
Penguin a toujours été très intéressé par de nouvelles formes de narration – l’an dernier ils avaient créé un roman wiki intitulé A Milion Penguins – ils voulaient trouver moyen de faire travailler quelques uns de leurs meilleurs auteurs avec Six to Start (dont je suis le Directeur Artistique), pour produire de nouvelles formes de récits, des histoires qui ne pourraient être racontées que sur le web. Lire la suite

Polyphonies

Dans son intervention aux Polyphonies du livre à La Rochelle, Isabelle Aveline parle des «  Pro-Am«  . Qui sont les Pro-Am ? Les Professionnels-Amateurs, ceux qui constituent aussi en partie le «  U  » de CGU (Contenu généré par les utilisateurs). Ceux qui répondent à l’injonction muette du Web 2.0 : «  Toi aussi tu peux  ». Ceux qui commentent sur leur blog un livre qu’ils ont aimé ou qui les a déçus. Celui qui ajoute un commentaire dans Amazon, ou même un commentaire sur un commentaire. Ceux qui indiquent dans facebook les derniers livres qu’ils ont lu. Ceux qui numérisent leur bibliothèque dans Babelio ou Library Thing. Les Pro-Am, cible des contempteurs de blogs, des pourfendeurs de Wikipedia, des détracteurs du Crowdsourcing, cible de ceux qui disent «  et voiià, maintenant, n’importe qui peut dire n’importe quoi.  »

Les Polyphonies ont superposé les voix de l’auteur, du chercheur, de l’éditeur, de l’animateur de communauté sur le web, du bibliothécaire. Qu’est-ce qui harmonisait ces voix superposées ? Peut-être un rôle commun joué par chacun dans son domaine, celui d’ «  Av-Pro  », comme «  Avertisseur de Professionnels  ». Les Av-Pro seraient ceux qui, voyant la place occupée aujourd’hui par les «  Pro-Am  », ne poussent pas de grands cris effrayés, mais se demandent ce qui a permis leur apparition, tentent de comprendre ce qui est en train de se passer sur Internet, et s’en approprient les usages. Ceux qui s’adressent à leurs pairs, chacun dans son domaine et leur disent : «  Ohé, ohé, éditeurs et critiques, auteurs et bibliothécaires, il se passe quelque chose d’important sur le web. Les Pro-Am arrivent. Les Digital Natives aussi. Ça bouge ! Et vous allez devoir bouger aussi, faire évoluer vos façons de pratiquer votre métier. Vous êtes des experts, sachez diffuser votre expertise là où les choses se passent aujourd’hui !  »

Et voici quelques specimens d’  »Av-Pro  », présents à La Roche sur Yon, de gauche à droite, François Bon, Isabelle Aveline, Constance Krebs, Michel Fauchier, Olivier Tacheau, et notre hôte, que je remercie : Olivier Ertzscheid.

francois.jpg isabelle.jpg constance.jpg michel.jpg oliviert.jpg olivier.jpg

Podiobooks, des livres audio en podcast

Sur le site de Podiobooks, on retrouve de nombreux ingrédients discutés ici et là dans la bouquinosphère : gratuité, livre audio, licence Creative Commons, contenu généré par les utilisateurs…

Il s’agit d’un site qui diffuse des livres audio sous forme de podcasts. Les œuvres sont sous le régime Creative Commons. On peut les acquérir gratuitement. On est encouragé (argumentation ici) à faire une don (dont 75% du montant est reversé à l’auteur). Les titres sont évalués par les utilisateurs du site, avec 4 notations sous forme de nombres d’étoiles : qualité de l’enregistrement, qualité de la narration, qualité de l’écriture, qualité globale. Les visiteurs peuvent ajouter leurs commentaires sur la fiche de chaque titre.

Podiobooks propose également aux auteurs qui le souhaitent les services d’un speaker professionnel (18,75 $ pour mille mots), ainsi que l’enregistrement en studio (175 $ de l’heure), et le découpage en épisodes. Si vous voulez enregistrer vous-même votre texte, quelques conseils sont donnés sur le site, mais je conseillerais également la lecture des «  astuces pour la lecture publique«  , publiées aujourd’hui par François Bon.

Peut-être la fin de la guerre des formats pour le livre : et si c’était finalement le mp3 qui l’emportait ?

(repéré chez Joe Wikert)

Vendre ou donner ?

Pléthore de débats sur la gratuité, en écho à l’article de Jeff Bezos Chris Anderson (merci Guillaume, ce que c’est de bloguer à pas d’heure…) dans Wired.

Petit revue des blogs :
- Chez André Gunthert, à propos d’une vive discussion sur la liste Revues SHS, concernant la gratuité des revues en ligne.
- Sur Affordance, où sont répertoriés les différents modèles proposés par Anderson
- Chez Pierre Assouline (commentaires malheureusement très souvent ineptes, Pierre, faites quelque chose, c’est chez vous tout de même !)
- Sur Internet Actu (nouveau design et nouvelles fonctionnalités pour le site)
- Sur le blog des éditions Léo Scheer.

Peut-être le moment de relire Walter Benjamin, «  l’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique  » ?
Ou bien «  Le Prix de la vérité : Le Don, l’argent, la philosophie«   de Marcel Hénaff ?
Extrait de sa quatrième de couverture :

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5 ou 6 choses que je sais d’elle

1- Elle est joueuse, alors elle joue volontiers au petit jeu envoyé par Andre Gunthert.

2- Elle est curieuse, alors elle est allée voir ce qu’Olivier a écrit sur Affordance avant de s’y mettre.

3- Elle est timide, alors elle n’a rien envie de raconter qui la concerne personnellement.

4- Elle est paresseuse, alors elle ne fait pas plus d’efforts que ça pour chercher un 4° point.

5- Elle est distraite, alors elle a oublié ce qu’elle allait écrire en 5°.

6- Elle est menteuse, alors méfiez-vous des affirmations qui précèdent.

Elle est aussi taquine, alors elle réexpédie c’t'affaire à Christian Fauré, Alain Pierrot, Hervé Bienvault, Constance Krebs, Dominique Hasselmann, Laure Limongi, Claro, avec la règle du jeu.

à plusieurs, on est meilleurs

Allez voir sur le blog d’Aldus : il a monté à la suite les unes des autres dans un même fichier la première page de «  Crime et Châtiment  » de Dostoïevski dans différentes versions. Le commentaire d’Hadrien éclaire bien l’exemple. Et le tout illustre à merveille la longue discussion qui a eu lieu sur le post précédent, à propos des formats de fichier pour le livre numérique. Et merci à tous de vos contributions, c’est un plaisir d’abriter de tels échanges. Qu’est-ce que ça va être au Salon du Livre ! Et dans quelques semaines, au Bookcamp

Apprenons à éditer des textes numériques

Nos livres en version numérique ? Bien sûr, ils existent déjà. Depuis des années, la chaîne de production des livres s’est informatisée : le manuscrit, déjà, est fourni à l’éditeur sous la forme d’un fichier, le plus souvent un fichier Word. Le fichier est transmis à la PAO, qui va se charger de sa mise en page, à l’aide d’un logiciel dédié, généralement XPress ou Indesign. Une fois terminées les corrections, on adresse à l’imprimeur un fichier PDF, dit le «  PDF imprimeur  ». Nos livres sont donc bien prêts pour le numérique, pas de doute… Sauf que…

Sauf que le fichier destiné à imprimeur a été conçu pour un usage précis, l’impression d’un livre à un format donné. Le numérique, aime-t-on penser, arrache le texte à la page, le rend indépendant de son support. Sauf que… un fichier destiné à l’impression «  re-soude  » le texte à la page, en mélangeant des informations de contenu et des informations de mise en forme. (L’indépendance contenu/mise en forme est d’ailleurs discutable, car la mise en forme véhicule un sens, qui ne se distingue pas forcément si facilement du «  sens du contenu  » mais interfère largement avec… mais cette indépendance est techniquement réalisable.)

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